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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Alors, dit-elle, le comte aura obligé deux personnes à la fois, car M. de Bragelonne aussi doit à M. de Guiche une grande reconnaissance; d’autant plus grande, que, partout et toujours, Mlle de La Vallière passera pour avoir été défendue par ce généreux champion.

Manicamp comprit qu’il demeurait un reste de doute dans le cœur de la princesse, et son esprit s’échauffa par la résistance.

– Beau service, en vérité, dit-il, que celui qu’il a rendu à Mlle de La Vallière! beau service que celui qu’il a rendu à M. de Bragelonne! Le duel a fait un éclat qui déshonore à moitié cette jeune fille, un éclat qui la brouille nécessairement avec le vicomte. Il en résulte que le coup de pistolet de M. de Wardes a eu trois résultats au lieu d’un: il tue à la fois l’honneur d’une femme, le bonheur d’un homme, et peut-être, en même temps, a-t-il blessé à mort un des meilleurs gentilshommes de France! Ah! madame! votre logique est bien froide: elle condamne toujours, elle n’absout jamais.

Les derniers mots de Manicamp battirent en brèche le dernier doute demeuré non pas dans le cœur, mais dans l’esprit de Madame. Ce n’était plus ni une princesse avec ses scrupules ni une femme avec ses soupçonneux retours, c’était un cœur qui venait de sentir le froid profond d’une blessure.

– Blessé à mort! murmura-t-elle d’une voix haletante; oh! monsieur de Manicamp, n’avez-vous pas dit blessé à mort?

Manicamp ne répondit que par un profond soupir.

– Ainsi donc, vous dites que le comte est dangereusement blessé? continua la princesse.

– Eh! madame, il a une main brisée et une balle dans la poitrine.

– Mon Dieu! mon Dieu! reprit la princesse avec l’excitation de la fièvre, c’est affreux, monsieur de Manicamp! Une main brisée, dites-vous? une balle dans la poitrine, mon Dieu! Et c’est ce lâche, ce misérable, c’est cet assassin de de Wardes qui a fait cela! Décidément, le Ciel n’est pas juste.

Manicamp paraissait en proie à une violente émotion. Il avait, en effet, déployé beaucoup d’énergie dans la dernière partie de son plaidoyer.

Quant à Madame, elle n’en était plus à calculer les convenances; lorsque chez elle la passion parlait, colère ou sympathie, rien n’en arrêtait plus l’élan.

Madame s’approcha de Manicamp, qui venait de se laisser tomber sur un siège, comme si la douleur était une assez puissante excuse à commettre une infraction aux lois de l’étiquette.

– Monsieur, dit-elle en lui prenant la main, soyez franc.

Manicamp releva la tête.

– M. de Guiche, continua Madame, est-il en danger de mort?

– Deux fois, madame, dit-iclass="underline" d’abord, à cause de l’hémorragie qui s’est déclarée, une artère ayant été offensée à la main; ensuite, à cause de la blessure de la poitrine qui aurait, le médecin le craignait du moins, offensé quelque organe essentiel.

– Alors il peut mourir?

– Mourir, oui, madame, et sans même avoir la consolation de savoir que vous avez connu son dévouement.

– Vous le lui direz.

– Moi?

– Oui; n’êtes-vous pas son ami?

– Moi? oh! non, madame, je ne dirai à M. de Guiche, si le malheureux est encore en état de m’entendre, je ne lui dirai que ce que j’ai vu, c’est-à-dire votre cruauté pour lui.

– Monsieur, oh! vous ne commettrez pas cette barbarie.

– Oh! si fait, madame, je dirai cette vérité, car, enfin, la nature est puissante chez un homme de son âge. Les médecins sont savants, et si, par hasard, le pauvre comte survivait à sa blessure, je ne voudrais pas qu’il restât exposé à mourir de la blessure du cœur après avoir échappé à celle du corps.

Sur ces mots, Manicamp se leva, et, avec un profond respect, parut vouloir prendre congé.

– Au moins, monsieur, dit Madame en l’arrêtant d’un air presque suppliant, vous voudrez bien me dire en quel état se trouve le malade; quel est le médecin qui le soigne?

– Il est fort mal, madame, voilà pour son état. Quant à son médecin, c’est le médecin de Sa Majesté elle-même, M. Valot. Celui-ci est, en outre, assisté du confrère chez lequel M. de Guiche a été transporté.

– Comment! il n’est pas au château? fit Madame.

– Hélas! madame, le pauvre garçon était si mal, qu’il n’a pu être amené jusqu’ici.

– Donnez-moi l’adresse, monsieur, dit vivement la princesse: j’enverrai quérir de ses nouvelles.

– Rue du Feurre; une maison de briques avec des volets blancs. Le nom du médecin est inscrit sur la porte.

– Vous retournez près du blessé, monsieur de Manicamp?

– Oui, madame.

– Alors il convient que vous me rendiez un service.

– Je suis aux ordres de Votre Altesse.

– Faites ce que vous vouliez faire: retournez près de M. de Guiche, éloignez tous les assistants; veuillez vous éloigner vous-même.

– Madame…

– Ne perdons pas de temps en explications inutiles. Voilà le fait; n’y voyez pas autre chose que ce qui s’y trouve, ne demandez pas autre chose que ce que je vous dis. Je vais envoyer une de mes femmes, deux peut-être, à cause de l’heure avancée; je ne voudrais pas qu’elles vous vissent, ou plus franchement, je ne voudrais pas que vous les vissiez: ce sont des scrupules que vous devez comprendre, vous surtout, monsieur de Manicamp, qui devinez tout.

– Oh! madame, parfaitement; je puis même faire mieux, je marcherai devant vos messagères; ce sera à la fois un moyen de leur indiquer sûrement la route et de les protéger si le hasard faisait qu’elles eussent, contre toute probabilité, besoin de protection.

– Et puis, par ce moyen surtout, elles entreront sans difficulté aucune, n’est-ce pas?

– Certes, madame; car, passant le premier, j’aplanirais ces difficultés, si le hasard faisait qu’elles existassent.

– Eh bien! allez, allez, monsieur de Manicamp, et attendez au bas de l’escalier.

– J’y vais, madame.

– Attendez.

Manicamp s’arrêta.

– Quand vous entendrez descendre deux femmes, sortez et suivez, sans vous retourner, la route qui conduit chez le pauvre comte.

– Mais, si le hasard faisait descendre deux autres personnes que je m’y trompasse?

– On frappera trois fois doucement dans les mains.

– Oui, madame.

– Allez, allez.

Manicamp se retourna, salua une dernière fois, et sortit la joie dans le cœur. Il n’ignorait pas, en effet, que la présence de Madame était le meilleur baume à appliquer sur les plaies du blessé.

Un quart d’heure ne s’était pas écoulé que le bruit d’une porte qu’on ouvrait et qu’on refermait avec précaution parvint jusqu’à lui. Puis il entendit les pas légers glissant le long de la rampe, puis les trois coups frappés dans les mains, c’est-à-dire le signal convenu.

Il sortit aussitôt, et, fidèle à sa parole, se dirigea, sans retourner la tête, à travers les rues de Fontainebleau, vers la demeure du médecin.

Chapitre CLX – M. Malicorne, archiviste du royaume de France

Deux femmes, ensevelies dans leurs mantes et le visage couvert d’un demi-masque de velours noir, suivaient timidement les pas de Manicamp.

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