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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Le roi fronça le sourcil; c’est une rude épreuve que fait subir à son infidèle la femme jalouse qui, quoique en proie à la jalousie, s’observe avec assez de puissance pour ne pas donner de prétexte à la colère.

Néanmoins, le roi ne pouvait refuser: il accepta donc, descendit, donna le bras à la reine, et fit avec elle plusieurs pas, tandis que l’on changeait de chevaux.

Tout en marchant, il jetait un coup d’œil envieux sur les courtisans qui avaient le bonheur de faire la route à cheval.

La reine s’aperçut bientôt que la promenade à pied ne plaisait pas plus au roi que le voyage en voiture. Elle demanda donc à remonter en carrosse.

Le roi la conduisit jusqu’au marchepied, mais ne remonta point avec elle. Il fit trois pas en arrière et chercha, dans la file des carrosses, à reconnaître celui qui l’intéressait si vivement.

À la portière du sixième, apparaissait la blanche figure de La Vallière.

Comme le roi, immobile à sa place, se perdait en rêveries sans voir que tout était prêt et que l’on n’attendait plus que lui, il entendit, à trois pas, une voix qui l’interpellait respectueusement. C’était M. de Malicorne, en costume complet d’écuyer, tenant sous son bras gauche la bride de deux chevaux.

– Votre Majesté a demandé un cheval? dit-il.

– Un cheval! Vous auriez un de mes chevaux? demanda le roi, qui essayait de reconnaître ce gentilhomme, dont la figure ne lui était pas encore familière.

– Sire, répondit Malicorne, j’ai au moins un cheval au service de Votre Majesté.

Et Malicorne indiqua le cheval bai de Monsieur, qu’avait remarqué Madame.

L’animal était superbe et royalement caparaçonné.

– Mais ce n’est pas un de mes chevaux, monsieur? dit le roi.

– Sire, c’est un cheval des écuries de Son Altesse Royale. Mais Son Altesse Royale ne monte pas à cheval quand il fait si chaud.

Le roi ne répondit rien, mais s’approcha vivement de ce cheval, qui creusait la terre avec son pied.

Malicorne fit un mouvement pour tenir l’étrier; Sa Majesté était déjà en selle.

Rendu à la gaieté par cette bonne chance, le roi courut tout souriant au carrosse des reines qui l’attendaient, et malgré l’air effaré de Marie Thérèse:

– Ah! ma foi! dit-il, j’ai trouvé ce cheval et j’en profite. J’étouffais dans le carrosse. Au revoir, mesdames.

Puis, s’inclinant gracieusement sur le col arrondi de sa monture, il disparut en une seconde.

Anne d’Autriche se pencha pour le suivre des yeux; il n’allait pas bien loin, car, parvenu au sixième carrosse, il fit plier les jarrets de son cheval et ôta son chapeau.

Il saluait La Vallière, qui, à sa vue, poussa un petit cri de surprise, en même temps qu’elle rougissait de plaisir.

Montalais, qui occupait l’autre coin du carrosse, rendit au roi un profond salut. Puis, en femme d’esprit, elle feignit d’être très occupée du paysage, et se retira dans le coin à gauche.

La conversation du roi et de La Vallière commença comme toutes les conversations d’amants, par d’éloquents regards et par quelques mots d’abord vides de sens. Le roi expliqua comment il avait eu chaud dans son carrosse, à tel point qu’un cheval lui avait paru un bienfait.

– Et, ajouta-t-il, le bienfaiteur est un homme tout à fait intelligent, car il m’a deviné. Maintenant, il me reste un désir, c’est de savoir quel est le gentilhomme qui a servi si adroitement son roi, et l’a sauvé du cruel ennui où il était.

Montalais, pendant ce colloque qui, dès les premiers mots, l’avait réveillée, Montalais s’était approchée et s’était arrangée de façon à rencontrer le regard du roi vers la fin de sa phrase.

Il en résulta que, comme le roi regardait autant elle que La Vallière en interrogeant, elle put croire que c’était elle que l’on interrogeait, et, par conséquent, elle pouvait répondre.

Elle répondit donc:

– Sire, le cheval que monte Votre Majesté est un des chevaux de Monsieur, que conduisait en main un des gentilshommes de Son Altesse Royale.

– Et comment s’appelle ce gentilhomme, s’il vous plaît, mademoiselle?

– M. de Malicorne, Sire.

Le nom fit son effet ordinaire.

– Malicorne? répéta le roi en souriant.

– Oui, Sire, répliqua Aure. Tenez, c’est ce cavalier qui galope ici à ma gauche.

Et elle indiquait, en effet, notre Malicorne, qui, d’un air béat, galopait à la portière de gauche, sachant bien qu’on parlait de lui en ce moment même, mais ne bougeant pas plus sur la selle qu’un sourd et muet.

– Oui, c’est ce cavalier, dit le roi; je me rappelle sa figure et je me rappellerai son nom.

Et le roi regarda tendrement La Vallière.

Aure n’avait plus rien à faire; elle avait laissé tomber le nom de Malicorne; le terrain était bon; il n’y avait maintenant qu’à laisser le nom pousser et l’événement porter ses fruits.

En conséquence, elle se rejeta dans son coin avec le droit de faire à M. de Malicorne autant de signes agréables qu’elle voudrait, puisque M. de Malicorne avait eu le bonheur de plaire au roi. Comme on comprend bien, Montalais ne s’en fit pas faute. Et Malicorne, avec sa fine oreille et son œil sournois, empocha les mots:

– Tout va bien.

Le tout accompagné d’une pantomime qui renfermait un semblant de baiser.

– Hélas! mademoiselle, dit enfin le roi, voilà que la liberté de la campagne va cesser; votre service chez Madame sera plus rigoureux, et nous ne vous verrons plus.

– Votre Majesté aime trop Madame, répondit Louise, pour ne pas venir chez elle souvent; et quand Votre Majesté traversera la chambre…

– Ah! dit le roi d’une voix tendre et qui baissait par degrés, s’apercevoir n’est point se voir, et cependant il semble que ce soit assez pour vous.

Louise ne répondit rien; un soupir gonflait son cœur, mais elle étouffa ce soupir.

– Vous avez sur vous-même une grande puissance, dit le roi.

La Vallière sourit avec mélancolie.

– Employez cette force à aimer, continua-t-il, et je bénirai Dieu de vous l’avoir donnée.

La Vallière garda le silence, mais leva sur le roi un œil chargé d’amour.

Alors, comme s’il eût été dévoré par ce brûlant regard, Louis passa la main sur son front, et, pressant son cheval des genoux, lui fit faire quelques pas en avant.

Elle, renversée en arrière, l’œil demi-clos, couvait du regard ce beau cavalier, dont les plumes ondoyaient au vent: elle aimait ses bras arrondis avec grâce; sa jambe, fine et nerveuse, serrant les flancs du cheval; cette coupe arrondie de profil, que dessinaient de beaux cheveux bouclés, se relevant parfois pour découvrir une oreille rose et charmante.

Enfin, elle aimait, la pauvre enfant, et elle s’enivrait de son amour. Après un instant, le roi revint près d’elle.

– Oh! fit-il, vous ne voyez donc pas que votre silence me perce le cœur! oh! mademoiselle, que vous devez être impitoyable lorsque vous êtes résolue à quelque rupture; puis je vous crois changeante… Enfin, enfin, je crains cet amour profond qui me vient de vous.

– Oh! Sire, vous vous trompez, dit La Vallière, quand j’aimerai, ce sera pour toute la vie.

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