Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Sire, je ne sais rien, je n’ai rien entendu, rien surpris; mais je tiens de Guiche pour un grand cœur, et, s’il s’est momentanément substitué au protecteur de La Vallière, c’est que ce protecteur était trop haut placé pour prendre lui-même sa défense.
Ces mots étaient plus que transparents; aussi firent-ils rougir le roi, mais, cette fois, de plaisir.
Il frappa doucement sur l’épaule de Manicamp.
– Allons, allons, vous êtes non seulement un spirituel garçon, monsieur de Manicamp, mais encore un brave gentilhomme, et je trouve votre ami de Guiche un paladin tout à fait de mon goût; vous le lui témoignerez, n’est-ce pas?
– Ainsi donc, Sire, Votre Majesté me pardonne?
– Tout à fait.
– Et je suis libre?
Le roi sourit et tendit la main à Manicamp.
Manicamp saisit cette main et la baisa.
– Et puis, ajouta le roi, vous contez à merveille.
– Moi, Sire?
– Vous m’avez fait un récit excellent de cet accident arrivé à de Guiche. Je vois le sanglier sortant du bois, je vois le cheval s’abattant, je vois l’animal allant du cheval au cavalier. Vous ne racontez pas, monsieur, vous peignez.
– Sire, je crois que Votre Majesté daigne se railler de moi, dit Manicamp.
– Au contraire, fit Louis XIV sérieusement, je ris si peu, monsieur de Manicamp, que je veux que vous racontiez à tout le monde cette aventure.
– L’aventure de l’affût?
– Oui, telle que vous me l’avez contée, à moi, sans en changer un seul mot, vous comprenez?
– Parfaitement, Sire.
– Et vous la raconterez?
– Sans perdre une minute.
– Eh bien! maintenant, rappelez vous-même M. d’Artagnan; j’espère que vous n’en avez plus peur.
– Oh! Sire, dès que je suis sûr des bontés de Votre Majesté pour moi, je ne crains plus rien.
– Appelez donc, dit le roi.
Manicamp ouvrit la porte.
– Messieurs, dit-il, le roi vous appelle.
D’Artagnan, Saint-Aignan et Valot rentrèrent.
– Messieurs, dit le roi, je vous fais rappeler pour vous dire que l’explication de M. de Manicamp m’a entièrement satisfait.
D’Artagnan jeta à Valot d’un côté, et à Saint-Aignan de l’autre, un regard qui signifiait: «Eh bien! que vous disais-je?»
Le roi entraîna Manicamp du côté de la porte, puis tout bas:
– Que M. de Guiche se soigne, lui dit-il, et surtout qu’il se guérisse vite; je veux me hâter de le remercier au nom de toutes les dames, mais surtout qu’il ne recommence jamais.
– Dût-il mourir cent fois, Sire, il recommencera cent fois s’il s’agit de l’honneur de Votre Majesté.
C’était direct. Mais, nous l’avons dit, le roi Louis XIV aimait l’encens, et, pourvu qu’on lui en donnât, il n’était pas très exigeant sur la qualité.
– C’est bien, c’est bien, dit-il en congédiant Manicamp, je verrai de Guiche moi-même et je lui ferai entendre raison.
Alors le roi, se retournant vers les trois spectateurs de cette scène:
– Monsieur d’Artagnan? dit-il.
– Sire.
– Dites-moi donc, comment se fait-il que vous ayez la vue si trouble, vous qui d’ordinaire avez de si bons yeux?
– J’ai la vue trouble, moi, Sire?
– Sans doute.
– Cela doit être certainement, puisque Votre Majesté le dit. Mais en quoi trouble, s’il vous plaît?
– Mais à propos de cet événement du bois Rochin.
– Ah! ah!
– Sans doute. Vous avez vu les traces de deux chevaux, les pas de deux hommes, vous avez relevé les détails d’un combat. Rien de tout cela n’a existé; illusion pure!
– Ah! ah! fit encore d’Artagnan.
– C’est comme ces piétinements du cheval, c’est comme ces indices de lutte. Lutte de de Guiche contre le sanglier, pas autre chose; seulement, la lutte a été longue et terrible, à ce qu’il paraît.
– Ah! ah! continua d’Artagnan.
– Et quand je pense que j’ai un instant ajouté foi à une pareille erreur; mais aussi vous parliez avec un tel aplomb.
– En effet, Sire, il faut que j’aie eu la berlue, dit d’Artagnan avec une belle humeur qui charma le roi.
– Vous en convenez, alors?
– Pardieu! Sire, si j’en conviens!
– De sorte que, maintenant, vous voyez la chose?…
– Tout autrement que je ne la voyais il y a une demi-heure.
– Et vous attribuez cette différence dans votre opinion?
– Oh! à une chose bien simple, Sire; il y a une demi-heure, je revenais du bois Rochin, où je n’avais pour m’éclairer qu’une méchante lanterne d’écurie…
– Tandis qu’à cette heure?…
– À cette heure, j’ai tous les flambeaux de votre cabinet, et, de plus, les deux yeux du roi, qui éclairent comme des soleils.
Le roi se mit à rire, et de Saint-Aignan à éclater.
– C’est comme M. Valot, dit d’Artagnan reprenant la parole aux lèvres du roi, il s’est figuré que non seulement M. de Guiche avait été blessé par une balle, mais encore qu’il avait retiré une balle de sa poitrine.
– Ma foi! dit Valot, j’avoue…
– N’est-ce pas que vous l’avez cru? reprit d’Artagnan.
– C’est-à-dire, dit Valot, que non seulement je l’ai cru, mais qu’à cette heure encore j’en jurerais.
– Eh bien! mon cher docteur, vous avez rêvé cela.
– J’avais rêvé?
– La blessure de M. de Guiche, rêve! la balle, rêve!… Ainsi, croyez-moi, n’en parlez plus.
– Bien dit, fit le roi; le conseil que vous donne d’Artagnan est bon. Ne parlez plus de votre rêve à personne, monsieur Valot, et, foi de gentilhomme! vous ne vous en repentirez point. Bonsoir, messieurs. Oh! la triste chose qu’un affût au sanglier!
– La triste chose, répéta d’Artagnan à pleine voix qu’un affût au sanglier!
Et il répéta encore ce mot par toutes les chambres où il passa.
Et il sortit du château, emmenant Valot avec lui.
– Maintenant que nous sommes seuls, dit le roi à de Saint-Aignan, comment se nomme l’adversaire de de Guiche?
De Saint-Aignan regarda le roi.
– Oh! n’hésite pas, dit le roi, tu sais bien que je dois pardonner.
– De Wardes, dit de Saint-Aignan.
– Bien.
Puis, rentrant chez lui vivement:
– Pardonner n’est pas oublier, dit Louis XIV.
Chapitre CLIX – Comment il est bon d'avoir deux cordes à son arc
Manicamp sortait de chez le roi, tout heureux d’avoir si bien réussi, quand, en arrivant au bas de l’escalier et passant devant une portière, il se sentit tout à coup tirer par une manche.
Il se retourna et reconnut Montalais qui l’attendait au passage, et qui, mystérieusement, le corps penché en avant et la voix basse, lui dit: