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Les Confessions de l'Ange Noir

Электронная книга - «Les Confessions de l'Ange Noir». Краткое содержание книги:

« La plupart des hommes fabriquent des vivants, moi je fabrique des morts.
Ça va plus vite, et ça impressionne davantage. »
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— Oui, je vois…

Il enflamme une allumette, l’éteint d’un souffle nasal…

— Vous connaissiez déjà Eleonor Mattiew, avant de venir en Angleterre…

— Qui ?

— Eleonor Mattiew… III Greenwich Street…

— Non, pourquoi ? Elle vaut le voyage ?…

Il secoue la tête.

— Plus maintenant, dit-il.

— Elle est décatie ?

— Disons défigurée… et un peu morte…

— C’est gênant, admets-je.

Décidément les manières de ces matuches anglais commencent à me débecqueter sérieusement. Je n’aime pas du tout ces flics qui jouent au chat et à la souris.

— Je vous demande de répondre par oui, ou par non, à cette question : connaissiez-vous, ou plus simplement, avez-vous eu l’occasion de rencontrer Eleonor Mattiew de son vivant ?

— Non, jamais…

— Eleonor Mattiew a été précipitée dans la cage d’un ascenseur. Elle tenait ceci dans sa main.

Il ouvre un tiroir, y cueille un petit morceau de bristol qu’il jette devant moi.

Je reconnais la fiche de consigne rédigée à mon nom que le portier du Continental m’a remise. Je l’avais glissée dans la poche du haut de mon veston et cette garce d’Eleonor me l’a fauchée pendant que…

En voilà une qui en avait un drôle de paxon dans la théière. La garce, me jouer le grand bidule, et m’harponner ce carton, histoire sans doute de se rancarder sur mon identité, voilà qui est bien d’une femme.

Je comprends pourquoi Mac Gwer et ses archers ont si vite retrouvé ma piste.

— Très curieux, fais-je. Il est incontestable que ce carton m’appartient. Et il est non moins contestable que je n’ai jamais vu, ni vivante ni morte cette Eleonor Machin Chose…

— Vous voyez une explication, Mr… Martin ?

— Une seule ; j’ai dû perdre ce bulletin de consigne et cette femme l’aura ramassé.

— C’est ça, fait le Chief-Inspector de sa voix neutre. Et elle se sera prise d’un attachement tel pour ce bout de carton, qu’elle l’aura conservé dans sa main en rentrant chez elle ; se sera déshabillée, aura revêtu un peignoir et se sera laissé assassiner toujours sans le lâcher… Vous admettez le fait ?

— Je ne vois pas si loin. Vous avez trouvé une femme morte et, dans la main de cette femme morte ce bristol. Je vous dis, d’accord, il est à moi. Tout naturellement, vous me demandez si je connais la femme. Je vous dis non. Vous voulez que je vous explique comment une femme morte pouvait tenir à la main ce carton, alors je vous dis ceci, M. le Chief-Inspector : il y a dans ce bureau deux hommes, un policier et un anonyme quidam… Est-ce au quidam à résoudre les énigmes policières ? Non…

Il me fixe avec un brusque intérêt. De toute évidence, il est surpris de trouver en face de lui un adversaire de cette envergure, et je ne me balance pas de coups de tatane dans les chevilles.

— Je puis m’en aller ? dis-je gentiment.

Il bat des paupières.

— Très bien, au plaisir, M. le Chief-Inspector…

Il réagit.

— Oh ! dites-moi, Martin…

— Oui ?

— Vous comptez quitter Londres, ces jours ?

— Non, pourquoi ?

— Parce que je vous serais reconnaissant de rester à la disposition de la justice.

— Entendu…

Je me dirige vers la porte.

Tout bas, je ronchonne :

— Compte là-dessus, frangin, et passe la tondeuse à gazon en attendant…

Mais il est dit que je n’en aurai pas fini de sitôt avec ce damné policemard.

— Un instant.

Je m’immobilise.

— Vous avez un permis pour port d’arme ?

— Un quoi ?

— Vous avez parfaitement entendu ma question…

— Mais je n’ai pas d’arme !

— Sous votre bras gauche, si… Vous n’avez pas de permis ?

Il y a un silence.

— En ce cas je vous arrête…

Voilà, il a trouvé le prétexte qu’il cherchait.

Il s’est aperçu que mon veston formait une bosse caractéristique. Voilà une faute de mon tailleur qui va me coûter chaud. Jusqu’ici, Kromer avait toujours admirablement résolu dans mes costars la question de la sulfateuse. Faut croire qu’il baisse. Si jamais je remets les pieds à Los Angeles, je lui dirai deux mots…

La voix de mon subconscient me chuchote à l’oreille :

« Vas-y, l’Ange, cesse de jouer à l’honnête citoyen indigné. Les finasseries, c’est pas ton job… Redeviens un homme comme aux U.S.A… »

Quand mon subconscient jacte, je l’écoute…

Je m’avance sur Mac Gwer.

— Vous n’êtes pas sérieux ? fais-je d’un ton inquiet.

— Avez-vous entendu dire qu’un officier de police britannique était capable de plaisanter ?

Soudain il se tait. Un flic sait lire dans le regard d’un gangster, comme un gangster sait lire dans les yeux d’un flic. Il voit que ça va chauffer et il fait un pas en arrière. Il peut grimper au plafond s’il veut, ça ne l’empêchera pas d’écoper. Lorsque l’Ange Noir est en transe, le béton armé prend des allures de caramel mou.

Je fonce et je lui mets un coup de tête dans le placard. Il culbute sur son burlingue. Moi, j’ai peur que le chahut n’amène du trèfle. En plein Scotland Yard, une bataille rangée n’est pas indiquée.

Je le chope par la cravate et je lui plaque un crochet du droit à la tempe. Ce truc-là endormirait une baleine.

Mac Gwer reste inerte, le dos sur son bureau.

Je gagne prestement la porte. Sur le seuil, je me retourne. Je dis, d’un ton normal :

— Tout à votre disposition. Au revoir, M. le Chief-Inspector…

Puis je me dirige, lentement, vers la sortie.

Chapitre IV. Seruti

Plus question, évidemment, de retourner au Continental. Je ne sais pas comment je me débrouille, mais sitôt que j’arrive quelque part, voilà les flics qui s’agitent. Je crois, ma parole, que si je débarquais sur une île déserte, je trouverais, placardé à un cocotier, un avis disant que ma trompette est mise à prix.

J’ai des piastres, mais comment les utiliser ? À qui s’adresser pour pouvoir quitter en douce ce satané bled ?

Dans un instant mon signalement sera diffusé partout. D’ores et déjà, mon passeport est aussi inutile qu’une migraine de tortue marine et je peux le balancer dans la première bouche d’égout que je rencontrerai.

C’est alors que je me mets à repenser à ce vieux Pedovna — que le diable ait son âme !

Ce mec, qui connaissait l’Europe aussi bien que les poches de ses voisins de métro, m’avait dit :

— Si t’es dans la mouscaille à Londres, tu vas voir, de ma part, Seruti, le patron du « Red Dog » ; si t’es dans la mouscaille à Paris, tu vas chez Anatole, du « Cachalot-Bar » et si t’es dans la mouscaille à Naples, tu galopes chez le Chinois qui vend de tout, juste à côté de la gare. Je sais plus son nom, mais tu peux pas te gourer : il a eu le nez coupé en deux par une balle, comme déjà il était Chinois, ça n’a rien arrangé…

Heureusement que je peux concurrencer une caisse enregistreuse pour ce qui est de la mémoire.

Seruti… « Red Dog »…

Il doit y avoir moyen de trouver ça…

Je pénètre dans un bureau de poste et je vais consulter l’annuaire du téléphone. J’obtiens ainsi, facilement, l’adresse du bar…

Je prends un taxi et me fais arrêter deux rues avant mon point de destination. Je préfère parcourir pédestrement le reste du chemin car les chauffeurs de taxi ont le secret pour se souvenir de votre signalement jusque sur leur lit de mort. Et puis, j’aime bien renifler un peu l’atmosphère d’un lieu où je vais porter mes pieds.

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