Les Confessions de l'Ange Noir
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Fleuve éditions
- ISBN: 978-2265116986
- Жанр: Крутые детективы
Электронная книга - «Les Confessions de l'Ange Noir». Краткое содержание книги:
Ça va plus vite, et ça impressionne davantage. »
Avec lui c’est du billard, il ne saura jamais ce qui lui est arrivé. Lorsqu’il se réveillera, il y aura un vieux barbouzard devant lui. Il lui dira « Bonjour, docteur », et l’autre lui expliquera qu’il y a erreur vu qu’il est Saint Pierre, une sorte de super-portier, quoi !
Reste maintenant à quitter l’immeuble en loucedé, sans attirer l’attention. Je ferme la porte de l’ascenseur, puis j’appuie sur le bouton d’appel.
La cage d’acier descend à ma hauteur. J’y grimpe et actionne le levier de descente.
Il était temps, j’entends une espèce de rumeur en provenance des étages supérieurs. Ce sont les voisins qui, malgré leur discrétion proverbiale, se décident à se manifester.
À l’entresol, rien à signaler. Je quitte l’immeuble sans la moindre anicroche.
Dans ma chambre du Continental je défais le paquet. Vous parlez d’un petit Noël… Il contient cent billets de mille livres. Avec ça, j’ai de quoi voir venir…
Il déconnait, Pedovna, lorsqu’il me disait que l’Europe était un terrain inexploitable.
Pour une chouette arrivée, c’est une chouette arrivée.
Je les aurai ramassés sans me fouler, ces fafs, et surtout sans les chercher… Comme quoi, voyez-vous, dans la vie, il suffit d’avoir un long nez et autre chose qu’une tomate pourrie sous le cuir chevelu.
Je divise la liasse en deux parties. Ne jamais mettre ses œufs dans le même panier ! J’en glisse une dans la poche secrète de ma veste, et l’autre dans la poche arrière de mon bénard.
Là, avec ce Dunlopillo, me voici garanti contre les coups du sort. Y a pas de plus chouette bouclier que le pognon.
Je commence à siffler la dernière scie à la mode à New York, je ne sais pas si vous la connaissez. Ça commence presque comme Saint Louis’blue, puis ça s’adoucit et ça vous fait penser à de baths coins de cambrousse… J’ai pas le temps de finir ma sérénade jusqu’au bout. Quelqu’un frappe à ma porte.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Le garçon d’étage, monsieur…
J’ouvre.
D’accord c’est lui, mais il est accompagné de deux types en imperméable qui, s’ils ne sont pas de Scotland Yard, habitent la maison d’à côté.
Les bignolons sont des bignolons sous toutes les latitudes, pourtant, en Angleterre ils ne sont pas comme ailleurs, du moins pas tout à fait.
Ils ont un petit air plus sérieux, plus réfléchi que chez nous.
Une allure plus sobre, plus réservée.
Un visage où on lit quelque chose qui ressemble à de la politesse.
— Vous êtes Steve Martin ? questionne le plus vieux.
Il a une petite moustache roussâtre comme une brosse à dents sous le nez.
— Soi-même, fais-je.
C’est, en effet, sous cet état-civil d’emprunt que j’ai entrepris ma petite croisière. Henrico, le zig qui s’occupe des faux papelards à Brooklyn, m’a expliqué que Martin était un nom au poil, il est répandu sous tous les cieux et il inspire confiance.
— Veuillez nous suivre, dit le bourdille.
Il ajoute en me tendant sa carte :
— Je suis inspecteur de Scotland Yard, mon nom est Teamsbury ; le Chief-Inspector Mac Gwer désire recueillir votre témoignage…
— Mon témoignage !
— Oui…
— Mais de quoi s’agit-il ?
— Je n’ai pas qualité pour vous le dire…
Je réfléchis rapidement. Personne ne m’a vu agir dans l’immeuble de Mattiew. Et même si un témoin avait été là, la police n’aurait pu me retrouver aussi vite. Il n’y a pas une demi-heure que j’ai regagné l’hôtel… Si je m’écoutais, je sortirais mon colt et je m’évacuerais, mais ce faisant, je me mettrais dans de mauvais draps. Et ce serait ridicule pour le cas où il s’agirait d’une question anodine. Et puis le flic n’a pas parlé d’arrestation. Il est seulement question de témoignage… Je sais la police anglaise très prudente. Lorsque ces gars-là arrêtent un mec, c’est qu’ils en savent aussi long sur lui que sur la vie de la reine Victoria. Je peux toujours aller flairer le vent… Mes papiers sont en règle. Je n’ai encore jamais mis les pinceaux dans le Royaume-Uni.
— C’est bien, messieurs, je vous accompagne.
Nous quittons l’hôtel comme trois bons amis. Ces English sont d’une discrétion extraordinaire ; on ne pourrait jamais supposer qu’il s’agit là d’une opération ressemblant, somme toute, davantage à une arrestation, qu’à un congrès eucharistique. Jusqu’aux larbins du Continental qui prennent des airs innocents sur notre passage…
La bagnole des flics est là, en bordure du trottoir. J’y grimpe en me demandant vaguement s’il y a une réelle différence entre un cornichon et le fils unique de ma défunte mère.
L’inspector-chief ou plus exactement, le Chief-Inspector Mac Gwer est un homme jeune, aux yeux froids. Il a un visage aigu comme un tranchet, des cheveux bruns peignés à la démocrate-chrétien, c’est-à-dire très plaqués avec une raie basse.
Il tourne dans ses doigts une boîte d’allumettes.
— Voici Steve Martin, fait le flic à moustache.
— C’est parfait, laissez-nous…
Il me considère un petit moment, un peu comme on regarde un objet dans une vitrine avant de se décider à l’acheter.
— Vous êtes américain ? fait-il.
— Voici mon passeport…
Il le prend, le pose sur son sous-main sans même y jeter un coup d’œil.
— Quelles sont vos occupations aux États-Unis ?
Je le regarde en souriant.
— À quel titre dois-je répondre à ce questionnaire ?
— Vous ne le devez pas, vous êtes ici en qualité de témoin.
Il secoue sa boîte d’alloufs.
— Cependant, je crois que vous auriez intérêt à me faire des réponses précises. Un homme qui ne répond pas aux questions d’un policier attire toujours l’attention de la police.
— Dois-je considérer cela comme une sorte d’ultimatum ?
— Oh ! comme voilà un grand mot… !
— Connaissez-vous cette personne, Mr Martin ?
Je donnerais gros pour savoir ce qu’il a derrière le crâne, ce chinois vert ! Il me tend une photographie. Je vais pour l’attraper, mais je me ravise. Je me lève et viens la regarder, en prenant garde de ne pas la toucher.
C’est une photographie pas catholique. Elle représente n’importe qui ; ce qui importe pour Mac Gwer, ça n’est pas son sujet, c’est la pellicule de gélatine qui la recouvre et qui prendrait un moulage parfait de mes empreintes.
— Non, dis-je, je ne l’ai jamais vue, et je parie que vous non plus.
Il accuse le coup sans broncher. Il reste impassible et je ne lis pas même une contrariété sur son visage.
Je me rassieds…
— Vous n’avez pas répondu à ma question : quelles sont vos occupations, de l’autre côté de la mare ?
— Vous n’avez pas compris que j’entendais ne pas vous répondre. Du moins sur ce sujet. Vous prétendez m’entendre en qualité de témoin. Très bien, dites-moi de quoi il retourne. Témoin de quoi ?
— De meurtres, dit-il.
— Au singulier ou au pluriel ?
— De préférence au pluriel…
— Bigre…
— Où étiez-vous, il y a… mettons une petite heure ?
Cette question, voilà un moment que je la prévois.
— Je ne connais pas Londres, alors je le visitais… J’ai marché dans les rues, regardé des monuments, des vitrines, souri à des filles…