Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
En attendant la vie de Cour continuait au camp.
La plaine était couverte de tentes bariolées, placées par symétrie. Celle du roi, la plus vaste, se composait de trois salles, d'une chambre et de deux cabinets, le tout tendu de satin de Chine et garni de meubles dorés.
Le lever et le coucher avaient lieu exactement comme à Versailles. Des repas somptueux étaient offerts, dont on jouissait particulièrement en songeant aux Espagnols qui, derrière les sombres remparts de Lille, n'avaient que des raves à ronger. À l'armée française le roi recevait les dames à sa table.
Un soir, au souper, son regard tomba sur Angélique, placée non loin de lui. Les récentes victoires du souverain, et celle, plus intime, qu'il avait remportée sur Mme de Montespan, avaient un peu brouillé, dans la joie du triomphe, ses habituelles facultés d'observation. Il crut apercevoir la jeune femme pour la première fois depuis la campagne et lui demanda aimablement :
– Vous avez donc quitté la capitale ? Que disait-on à Paris quand vous êtes partie ?
Angélique lui planta au visage un regard froid.
– Sire, on disait vêpres.
– Je demande ce qu'il y avait de nouveau ?
– Des pois verts, Sire.
Les répliques auraient paru drôles si elles n'avaient été prononcées sur un ton aussi glacé que les yeux de la belle marquise.
Le roi en demeura coi de stupeur et comme il n'avait pas l'esprit prompt, ses joues se colorèrent.
Mme de Montespan sauva une fois de plus la situation, en éclatant de son rire enchanteur. Elle dit que le jeu à la mode consistait à répondre de façon la plus saugrenue quoique précise aux questions posées. C'était à Paris dans les salons et les « ruelles » des Précieuses un feu roulant de calembours. Mme du Plessis y était très habile. Chacun aussitôt voulut l'essayer. Le repas se termina joyeusement.
Le lendemain, Angélique achevait de se poudrer devant son miroir, sous l'œil intéressé d'une vache, lorsque le maréchal du Plessis-Bellière se fit annoncer. Comme toutes les grandes dames aux champs, elle ne souffrait pas des incommodités du voyage. Du moment qu'elle pouvait faire dresser sa coiffeuse quelque part, fût-ce dans une étable, tout allait bien. L'odeur de la poudre de riz et des parfums se mêlait à celle du fumier, mais ni la grande dame en déshabillé vaporeux ni les bonnes vaches blanches et noires qui lui tenaient compagnie n'étaient incommodées de part et d'autre. Javotte présentait la première jupe en satin rose pékiné de vert pâle, Thérèse s'apprêtait à nouer les rubans.
À la vue de son mari Angélique renvoya les servantes, puis elle continua de se pencher avec soin vers le miroir. Le visage de Philippe s'y reflétait derrière elle et c'était un visage d'orage.
– On me rapporte de méchants bruits sur vous, Madame. J'ai cru devoir me déplacer pour vous sermonner sinon vous punir.
– Quels sont ces bruits ?
– Vous avez montré de l'humeur au roi, qui vous faisait l'honneur de vous adresser la parole.
Êtes-vous N'est-ce que cela ? dit Angélique en choisissant une « mouche » dans une petite boîte d'or guilloché. Il y a bien d'autres bruits qui courent sur mon compte et qui auraient dû depuis longtemps vous émouvoir. Il est vrai que vous ne vous souvenez de votre qualité de mari que lorsqu'il s'agit de me faire sentir la férule matrimoniale.
– Avez-vous, oui ou non, répondu au roi avec insolence ?
– J'avais mes raisons.
– Mais... Vous parliez au roi !...
– Roi ou non, ça ne l'empêche pas d'être un garçon qui a besoin d'être remis en place.
Un blasphème n'eût pas causé d'effet plus épouvantable. Le jeune homme parut suffoquer.
– Vous perdez la raison, ma parole !
Philippe fit quelques pas de long en large, puis s'appuya contre la mangeoire de bois et se mit à regarder Angélique tout en mordillant un brin de paille.
– Ouais ! Je vois ce que c'est. Je vous ai laissé un peu de jeu en l'honneur de monsieur mon fils que vous portiez et nourrissiez et vous en avez conclu que vous pouviez relever la tête. Il est temps de reprendre le dressage.
Angélique haussa les épaules. Elle se retint pourtant de lancer une réplique trop vive et donna toute son attention à son miroir ainsi qu'à la délicate opération de fixer une « mouche » au coin de sa tempe droite.
– Quel châtiment choisirai-je pour vous apprendre comment l'on doit se tenir à la table des rois ? reprit Philippe. L'exil ? Hum ! Vous trouveriez encore le moyen de reparaître à l'autre bout du chemin, à peine aurais-je tourné le dos. Une bonne correction de mon fouet à chiens que vous connaissez déjà ? Oui. Il me souvient que vous en étiez sortie la tête assez basse. Ou bien... Je songe à certaines humiliations qui semblent vous être encore plus cuisantes que la mèche de chanvre et je suis assez tenté de vous les infliger.
– Ne vous fatiguez donc pas l'imagination, Philippe. Vous êtes un magister trop scrupuleux. Pour trois mots lancés au hasard...
– ...qui s'adressaient au roi !
– Le roi est parfois un homme comme les autres.
– C'est ce qui vous trompe. Le roi est le roi. Vous lui devez obéissance, respect, dévotion.
– Et quoi encore ? Dois-je lui laisser le droit de régenter mon destin, de ternir ma réputation, de bafouer ma confiance ?
– Le roi est le maître. Il a tous les droits sur vous.
Angélique se retourna vivement pour guetter Philippe d'un œil noir.
– Oui-da !... Et s'il prenait au roi fantaisie de me vouloir pour maîtresse, que devrais-je faire ?
Êtes-vous Y consentir. N'avez-vous pas compris que toutes ces dames, plus belles les unes que les autres et parure de la Cour de France, sont là pour le plaisir des princes ?...
– Permettez-moi de trouver votre point de vue de mari plus que généreux ! À défaut d'affection pour moi votre instinct de propriétaire, au moins, devrait se rebiffer.
– Tous mes biens appartiennent au roi, dit Philippe, de ma vie je ne saurais lui refuser la moindre chose.
La jeune femme eut une exclamation de dépit. Son mari avait le don de la blesser à vif. Qu'avait-elle espéré de sa part ? Une protestation trahissant un sentiment de jalousie ? C'était encore trop. Il ne tenait même pas à elle et le lui laissait entendre sans fard. Ses attentions passagères au coin de l'âtre ne s'étaient adressées qu'à celle qui avait eu l'honneur d'engendrer son poupon d'héritier. Elle se détourna, hors d'elle, renversa sa boîte de mouches, prit d'une main tremblante de colère, un peigne, puis un autre. Philippe, derrière elle, l'observait avec ironie.
Le chagrin d'Angélique creva en un flot de paroles amères.
– C'est vrai, j'oubliais. Une femme n'est pour vous qu'un objet, une pièce du mobilier. Tout juste bonne à mettre des enfants au monde. Moins qu'une jument, moins qu'un valet. On l'achète, on la revend, on s'offre des honneurs avec son honneur à elle, on la met au rebut quand elle a cessé de servir. Voilà ce que représente une femme pour les hommes de votre espèce. Tout au plus, un morceau de gâteau, un plat de ragoût sur lequel ils se jettent quand ils sont affamés.
– Plaisante image, dit Philippe, et dont je ne nie pas la vérité. Avec vos joues brillantes et votre tenue légère, je confesse que vous me semblez fort appétissante. Ma parole, je sens ma fringale s'éveiller.
Il s'approcha à petits pas et posa deux mains possessives sur les épaules rondes de la jeune femme. Angélique se dégagea et referma étroitement l'ouverture de son corsage.
– Pour cela, n'y comptez pas, mon cher, dit-elle froidement.
Philippe, d'un geste furieux, rouvrit le corsage et fit sauter trois agrafes de diamants.
– Est-ce que je vous demande si cela vous plaît, petite mijaurée ? gronda-t-il. N'avez-vous pas encore compris que vous m'appartenez ? Ha ! Ha ! c'est bien là où le bât vous blesse. La fière marquise voudrait encore qu'on l'entourât de prévenances !