Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
« Tu n’as seulement pas eu un rhume depuis que tu es ici. »
Il fallait donc qu’elle fût malade, qu’elle toussât pour qu’il comprît qu’elle souffrait !
Et une indignation la saisit, une indignation exaspérée de faible, de timide.
Il fallait quelle toussât. Alors il aurait pitié d’elle, sans doute. Eh bien ! elle tousserait ; il l’entendrait tousser ; il faudrait appeler le médecin ; il verrait cela, son mari, il verrait !
Elle s’était levée nu-jambes, nu-pieds, et une idée enfantine la fit sourire :
« Je veux un calorifère, et je l’aurai. Je tousserai tant, qu’il faudra bien qu’il se décide à en installer un. »
Et elle s’assit presque nue sur une chaise. Elle attendit une heure, deux heures. Elle grelottait, mais elle ne s’enrhumait pas. Alors elle se décida à employer les grands moyens.
Elle sortit de sa chambre sans bruit, descendit l’escalier, ouvrit la porte du jardin.
La terre, couverte de neige, semblait morte. Elle avança brusquement son pied nu et l’enfonça dans cette mousse légère et glacée. Une sensation de froid, douloureuse comme une blessure, lui monta jusqu’au cœur ; cependant elle allongea l’autre jambe et se mit à descendre les marches lentement.
Puis elle s’avança à travers le gazon, se disant :
« J’irai jusqu’aux sapins. »
Elle allait à petits pas, en haletant, suffoquée chaque fois qu’elle faisait pénétrer son pied nu dans la neige.
Elle toucha de la main le premier sapin, comme pour bien se convaincre elle-même qu’elle avait accompli jusqu’au bout son projet ; puis elle revint. Elle crut deux ou trois fois qu’elle allait tomber, tant elle se sentait engourdie et défaillante. Avant de rentrer, toutefois, elle s’assit dans cette écume gelée, et même, elle en ramassa pour se frotter la poitrine.
Puis elle rentra et se coucha. Il lui sembla, au bout d’une heure, qu’elle avait une fourmilière dans la gorge. D’autres fourmis lui couraient le long des membres. Elle dormit cependant.
Le lendemain elle toussait, et elle ne put se lever.
Elle eut une fluxion de poitrine. Elle délira, et dans son délire elle demandait un calorifère. Le médecin exigea qu’on en installât un. Henry céda, mais avec une répugnance irritée.
Elle ne put guérir. Les poumons atteints profondément donnaient des inquiétudes pour sa vie.
« Si elle reste ici, elle n’ira pas jusqu’aux froids », dit le médecin.
On l’envoya dans le Midi.
Elle vint à Cannes, connut le soleil, aima la mer, respira l’air des orangers en fleur.
Puis elle retourna dans le Nord au printemps. Mais elle vivait maintenant avec la peur de guérir, avec la peur des longs hivers de Normandie ; et sitôt qu’elle allait mieux, elle ouvrait, la nuit, sa fenêtre, en songeant aux doux rivages de la Méditerranée.
À présent, elle va mourir, elle le sait. Elle est heureuse.
Elle déploie un journal qu’elle n’avait point ouvert, et lit ce titre : « La première neige à Paris. »
Alors elle frissonne, et puis sourit. Elle regarde là-bas l’Esterel qui devient rose sous le soleil couchant ; elle regarde le vaste ciel bleu, si bleu, la vaste mer bleue, si bleue, et se lève.
Et puis elle rentre, à pas lents, s’arrêtant seulement pour tousser, car elle est demeurée trop tard dehors, et elle a eu froid, un peu froid.
Elle trouve une lettre de son mari. Elle l’ouvre en souriant toujours, et elle lit :
« Ma chère amie,
« J’espère que tu vas bien et que tu ne regrettes pas trop notre beau pays. Nous avons depuis quelques jours une bonne gelée qui annonce la neige. Alors, j’adore ce temps-là et tu comprends que je me garde bien d’allumer ton maudit calorifère… »
Elle cesse de lire, toute heureuse à cette idée qu’elle l’a eu, son calorifère. Sa main droite, qui tient la lettre, retombe lentement sur ses genoux, tandis qu’elle porte à sa bouche sa main gauche comme pour calmer la toux opiniâtre qui lui déchire la poitrine.
11 décembre 1883
LA FARCE
Nous vivons dans un siècle où les farceurs ont des allures de croque-morts et se nomment : politiciens. On ne fait plus chez nous la vraie farce, la bonne farce, la farce joyeuse, saine et simple de nos pères. Et, pourtant, quoi de plus amusant et de plus drôle que la farce ? Quoi de plus amusant que de mystifier des âmes crédules, que de bafouer des niais, de duper les plus malins, de faire tomber les plus retors en des pièges inoffensifs et comiques ? Quoi de plus délicieux que de se moquer des gens avec talent, de les forcer à rire eux-mêmes de leur naïveté, ou bien, quand ils se fâchent, de se venger avec une nouvelle farce ?
Oh ! J’en ai fait, j’en ai fait des farces, dans mon existence. Et on m’en a fait aussi, morbleu ! et de bien bonnes. Oui, j’en ai fait, de désopilantes et de terribles. Une de mes victimes est morte des suites. Ce ne fut une perte pour personne. Je dirai cela un jour ; mais j’aurai grand mal à le faire avec retenue, car ma farce n’était pas convenable, mais pas du tout, pas du tout. Elle eut lieu dans un petit village des environs de Paris. Tous les témoins pleurent encore de rire à ce souvenir, bien que le mystifié en soit mort. Paix à son âme !
J’en veux aujourd’hui raconter deux, la dernière que j’ai subie et la première que j’aie infligée.
Commençons par la dernière, car je la trouve moins amusante, vu que j’en fus la victime.
J’allais chasser, à l’automne, chez des amis, en un château de Picardie. Mes amis étaient des farceurs, bien entendu. Je ne veux pas connaître d’autres gens.
Quand j’arrivai, on me fit une réception princière qui me mit en défiance. On tira des coups de fusils ; on m’embrassa, on me cajola comme si on attendait de moi de grands plaisirs ; je me dis : « Attention, vieux furet, on prépare quelque chose. »
Pendant le dîner la gaieté fut excessive, trop grande. Je pensais : « Voilà des gens qui s’amusent double, et sans raison apparente. Il faut qu’ils aient dans l’esprit l’attente de quelque bon tour. C’est à moi qu’on le destine assurément. Attention. »
Pendant toute la soirée on rit avec exagération. Je sentais dans l’air une farce, comme le chien sent le gibier. Mais quoi ? J’étais en éveil, en inquiétude. Je ne laissais passer ni un mot, ni une intention, ni un geste. Tout me semblait suspect, jusqu’à la figure des domestiques.
L’heure de se coucher sonna, et voilà qu’on se mit à me reconduire à ma chambre en procession. Pourquoi ? On me cria bonsoir. J’entrai, je fermai ma porte, et je demeurai debout, sans faire un pas, ma bougie à la main.
J’entendais rire et chuchoter dans le corridor. On m’épiait sans doute. Et j’inspectais de l’œil les murs, les meubles, le plafond, les tentures, le parquet. Je n’aperçus rien de suspect. J’entendis marcher derrière ma porte. On venait assurément regarder à la serrure.
Une idée me vint : « Ma lumière va peut-être s’éteindre tout à coup et me laisser dans l’obscurité. » Alors j’allumai toutes les bougies de la cheminée. Puis je regardai encore autour de moi sans rien découvrir. J’avançai à petits pas faisant le tour de l’appartement. — Rien. — J’inspectai tous les objets l’un après l’autre. — Rien. — Je m’approchai de la fenêtre. Les auvents, de gros auvents en bois plein, étaient demeurés ouverts. Je les fermai avec soin, puis je tirai les rideaux, d’énormes rideaux de velours, et je plaçai une chaise devant, afin de n’avoir rien à craindre du dehors.
Alors je m’assis avec précaution. Le fauteuil était solide. Je n’osais pas me coucher. Cependant le temps marchait. Et je finis par reconnaître que j’étais ridicule. Si on m’espionnait, comme je le supposais, on devait, en attendant le succès de la mystification préparée, rire énormément de ma terreur.