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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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« Mort… mort… Il s’est tué ? »

« Il répondit :

« Non, non, je vous le jure. Mais nous ne l’avons pas pu rejoindre, malgré mes efforts. »

« Alors, je prononçai, exaspérée soudain, indignée même, car on a de ces colères inexplicables et déraisonnables :

« Je vous défends de revenir de me revoir si vous ne le retrouvez pas ; allez-vous-en. »

« Il sortit. Je ne les ai jamais revus ni l’un ni l’autre, Monsieur et je vis ainsi depuis vingt ans.

« Vous figurez-vous cela ? Comprenez-vous ce supplice monstrueux, ce lent et constant déchirement de mon cœur de mère, de mon cœur de femme, cette attente abominable et sans fin… sans fin !.. Non… elle va finir… car je meurs. Je meurs sans les avoir revus… ni l’un… ni l’autre !

« Lui, mon ami, m’a écrit chaque jour depuis vingt ans ; et, moi, je n’ai jamais voulu le recevoir même une seconde ; car il me semble que, s’il revenait ici, c’est juste à ce moment-là que je verrais reparaître mon fils ! — Mon fils ! — Mon fils ! — Est-il mort ? Est-il vivant ? Où se cache-t-il ? Là-bas, peut-être, derrière les grandes mers, dans un pays si lointain que je n’en sais même pas le nom ! Pense-t-il à moi ?… Oh ! s’il savait ! Que les enfants sont cruels ! A-t-il compris à quelle épouvantable souffrance il me condamnait ; dans quel désespoir dans quelle torture il me jetait vivante, et jeune encore, pour jusqu’à mes derniers jours, moi sa mère, qui l’aimais de toute la violence de l’amour maternel ? Que c’est cruel, dites ?

« Vous lui direz tout cela, Monsieur vous lui répéterez mes dernières paroles :

« Mon enfant, mon cher cher enfant, sois moins dur pour les pauvres créatures. La vie est déjà assez brutale et féroce ! Mon cher enfant, songe à ce qu’a été l’existence de ta mère, de ta pauvre mère, à partir du jour où tu l’as quittée. Mon cher enfant, pardonne-lui, et aime-la, maintenant qu’elle est morte, car elle a subi la plus affreuse des pénitences. » Elle haletait, frémissante, comme si elle eût parlé à son fils, debout devant elle. Puis elle ajouta :

« Vous lui direz encore, Monsieur que je n’ai jamais revu… l’autre. » Elle se tut encore, puis reprit d’une voix brisée :

« Laissez-moi maintenant, je vous prie. Je voudrais mourir seule, puisqu’ils ne sont point auprès de moi. »

Maître Le Brument ajouta :

« Et je suis sorti, messieurs, en pleurant comme une bête, si fort que mon cocher se retournait pour me regarder.

« Et dire que, tous les jours, il se passe autour de nous un tas de drames comme celui-là !

« Je n’ai pas retrouvé le fils… ce fils… Pensez-en ce que vous voudrez ; moi je dis : ce fils… criminel. »

11 novembre 1883

PREMIÈRE NEIGE

La longue promenade de la Croisette s’arrondit au bord de l’eau bleue. Là-bas, à droite, l’Esterel s’avance au loin dans la mer. Il barre la vue, fermant l’horizon par le joli décor méridional de ses sommets pointus, nombreux et bizarres.

À gauche, les îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, couchées dans l’eau, montrent leur dos couvert de sapins.

Et tout le long du large golfe, tout le long des grandes montagnes assises autour de Cannes, le peuple blanc des villas semble endormi dans le soleil. On les voit au loin, les maisons claires, semées du haut en bas des monts, tachant de points de neige la verdure sombre.

Les plus proches de l’eau ouvrent leurs grilles sur la vaste promenade que viennent baigner les flots tranquilles. Il fait bon, il fait doux. C’est un tiède jour d’hiver où passe à peine un frisson de fraîcheur. Par-dessus les murs des jardins, on aperçoit les orangers et les citronniers pleins de fruits d’or. Des dames vont à pas lents sur le sable de l’avenue, suivies d’enfants qui roulent des cerceaux, ou causant avec des messieurs.

Une jeune dame vient de sortir de sa petite et coquette maison dont la porte est sur la Croisette. Elle s’arrête un instant à regarder les promeneurs, sourit et gagne, dans une allure accablée, un banc vide en face de la mer. Fatiguée d’avoir fait vingt pas, elle s’assied en haletant. Son pâle visage semble celui d’une morte. Elle tousse et porte à ses lèvres ses doigts transparents comme pour arrêter ces secousses qui l’épuisent.

Elle regarde le ciel plein de soleil et d’hirondelles, les sommets capricieux de l’Esterel là-bas, et, tout près, la mer si bleue, si tranquille, si belle.

Elle sourit encore, et murmure :

« Oh ! que je suis heureuse. »

Elle sait pourtant qu’elle va mourir, qu’elle ne verra point le printemps, que, dans un an, le long de la même promenade, ces mêmes gens qui passent devant elle viendront encore respirer l’air tiède de ce doux pays, avec leurs enfants un peu plus grands, avec le cœur toujours rempli d’espoirs, de tendresses, de bonheur, tandis qu’au fond d’un cercueil de chêne la pauvre chair qui lui reste encore aujourd’hui sera tombée en pourriture, laissant seulement ses os couchés dans la robe de soie qu’elle a choisie pour linceul.

Elle ne sera plus. Toutes les choses de la vie continueront pour d’autres. Ce sera fini pour elle, pour toujours. Elle ne sera plus. Elle sourit, et respire tant qu’elle peut, de ses poumons malades, les souffles parfumés des jardins.

Et elle songe.

Elle se souvient. On l’a mariée, voici quatre ans, avec un gentilhomme normand. C’était un fort garçon barbu, coloré, large d’épaules, d’esprit court et de joyeuse humeur.

On les accoupla pour des raisons de fortune qu’elle ne connut point. Elle aurait volontiers dit « non ». Elle fit « oui » d’un mouvement de tête, pour ne point contrarier père et mère. Elle était Parisienne, gale, heureuse de vivre.

Son mari l’emmena en son château normand. C’était un vaste bâtiment de pierre entouré de grands arbres très vieux. Un haut massif de sapins arrêtait le regard en face. Sur la droite, une trouée donnait vue sur la plaine qui s’étalait, toute nue, jusqu’aux fermes lointaines. Un chemin de traverse passait devant la barrière et conduisait à la grand-route éloignée de trois kilomètres.

Oh ! elle se rappelle tout : son arrivée, sa première journée en sa nouvelle demeure, et sa vie isolée ensuite.

Quand elle descendit de voiture, elle regarda le vieux bâtiment et déclara en riant :

« Ça n’est pas gai ! »

Son mari se mit à rire à son tour et répondit :

« Baste ! on s’y fait. Tu verras. Je ne m’y ennuie jamais, moi. »

Ce jour-là, ils passèrent le temps à s’embrasser, et elle ne le trouva pas trop long. Le lendemain ils recommencèrent et toute la semaine, vraiment, fut mangée par les caresses.

Puis elle s’occupa d’organiser son intérieur. Cela dura bien un mois. Les jours passaient l’un après l’autre, en des occupations insignifiantes et cependant absorbantes. Elle apprenait la valeur et l’importance des petites choses de la vie. Elle sut qu’on peut s’intéresser au prix des œufs qui coûtent quelques centimes de plus ou de moins suivant les saisons.

C’était l’été. Elle allait aux champs voir moissonner. La gaieté du soleil entretenait celle de son cœur.

L’automne vint. Son mari se mit à chasser. Il sortait le matin avec ses deux chiens Médor et Mirza. Elle restait seule alors, sans s’attrister d’ailleurs de l’absence d’Henry. Elle l’aimait bien, pourtant, mais il ne lui manquait pas. Quand il rentrait, les chiens surtout absorbaient sa tendresse. Elle les soignait chaque soir avec une affection de mère, les caressait sans fin, leur donnait mille petits noms charmants qu’elle n’eût point eu l’idée d’employer pour son mari.

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