La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Год: 1998
- Язык: французский
- Год: L'Atalante
- ISBN: 2-84172-093-4
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
— Parce que la victoire est proche à Grenade.
— Ah ! Dieu vous aurait-il mis dans sa confidence ?
— Vous l’avez vu comme moi ; non pas Dieu, naturellement, mais Sa Majesté le roi. On sent chez lui une ardeur nouvelle ; il est en train de donner l’assaut final et il sait qu’il va réussir, sans doute l’été prochain. Fin 1491, l’Espagne tout entière sera débarrassée du Maure.
— Et c’est pour cela que vous devez régler la question de l’expédition de Colon dès maintenant ?
— Celui qui désire accomplir un acte aussi audacieux doit parfois avancer avec précaution. Imaginez, s’il vous plaît, ce qui se passerait si notre verdict était positif, que nous disions : Foin des hésitations. Votre Majesté, ce voyage mérite de réussir. Eh bien ? Aussitôt, Maldonado et ses amis courraient chez le roi pour critiquer cette décision, puis ils feraient part de leur avis à beaucoup d’autres, si bien que l’expédition ne tarderait pas à être considérée comme une folie. Et, plus précisément, la folie d’Isabelle. »
Elle haussa les sourcils.
« Je ne fais que répéter ici ce que ces cœurs malveillants iraient disant. À présent, imaginons que ce même verdict soit rendu après la guerre, alors que Sa Majesté le roi a le temps de consacrer toute son attention à l’affaire. La question du voyage pourrait fort bien devenir une pomme de discorde dans les relations entre les deux royaumes.
— Selon vous, je vois, soutenir Colon serait désastreux, dit la reine.
— Imaginez à présent. Votre Majesté, que le verdict soit négatif. Mieux : que Maldonado le rédige lui-même. Dès lors, Maldonado n’a plus lieu de se plaindre et il n’est plus question de rumeurs.
— Ni de voyage.
— En êtes-vous sûre ? Je conçois qu’un jour une reine dise à son époux : "Le père Talavera m’a parlé et nous sommes convenus que c’est le père Maldonado qui devrait rédiger le verdict."
— Mais je n’en conviens pas !
— J’entends cette reine poursuivre : "Nous sommes convenus que Maldonado doit rédiger le verdict parce que la guerre contre Grenade est d’une importance vitale pour notre royaume. Nous voulons que rien ne puisse vous distraire, vous ni personne, de la sainte croisade contre le Maure, et surtout nous ne désirons donner au roi Jean aucun motif de croire que nous projetons un voyage dans des eaux qu’il considère comme siennes : nous avons besoin de son inébranlable amitié durant l’ultime assaut contre Grenade. En conséquence, même si dans mon cœur je ne souhaite rien davantage que courir le risque d’envoyer Colon vers l’ouest afin d’apporter la Croix aux grands royaumes de l’Orient, j’ai mis ce rêve de côté."
— Quelle reine éloquente vous avez imaginée !
— Toute controverse est étouffée dans l’œuf. Le roi considère la reine comme une femme d’État de grande sagesse ; il perçoit également le sacrifice qu’elle fait pour leurs royaumes et pour la cause du Christ. Maintenant, le temps passe ; la guerre s’achève par notre victoire. Dans l’enthousiasme du triomphe, la reine va trouver le roi. "À présent, lui dit-elle, voyons si ce Colon est toujours prêt à naviguer vers l’ouest."
— Et le roi répond : "Je croyais cette affaire réglée ; je pensais que les examinateurs de Talavera avaient mis un terme à toutes ces bêtises."
— Ah, telle est sa réaction ? fit Talavera. Par bonheur, la reine est fort habile et elle rétorque : "Allons, vous savez bien que Talavera et moi étions convenus de faire rédiger le verdict par Maldonado pour le bien de l’effort de guerre, mais l’affaire n’a jamais été vraiment tranchée. Pour nombre des examinateurs, le projet de Colon ne manquait pas de mérite ni de chances de réussite. Et puis qu’en peut-on savoir ? Nous ne l’apprendrons qu’en permettant à Colon de partir ; s’il revient victorieux, nous enverrons aussitôt de grandes expéditions sur ses traces ; s’il revient les mains vides, nous le jetterons en prison pour avoir lésé la Couronne. Et, s’il ne revient pas du tout, nous ne gaspillerons plus nos efforts à de tels projets."
— La reine que vous imaginez parle bien sèchement, je trouve, fit Isabelle. Elle s’exprime comme un clerc.
— C’est ma faute, répondit Talavera. Je n’ai pas assisté à suffisamment de conversations de grandes dames avec leur époux.
— À mon sens, la reine dirait au roi : "S’il part et ne revient pas. nous aurons perdu une poignée de caravelles ; les pirates nous en prennent davantage chaque année. Mais s’il part et revient triomphant, avec trois caravelles nous aurons réalisé un plus grand exploit que le Portugal au cours de tout un siècle d’expéditions coûteuses et périlleuses le long de la côte d’Afrique."
— Ah, vous avez raison, c’est beaucoup mieux. Le roi que vous imaginez a un sens exacerbé de la rivalité.
— Le Portugal est une épine dans son flanc.
— Vous convenez donc avec moi que Maldonado doit rendre le verdict ?
— Vous négligez un élément.
— Lequel ?
— Colon. Lorsque le verdict tombera, il nous quittera pour la France ou l’Angleterre. Ou le Portugal.
— Il n’en fera rien, et pour deux raisons. Votre Majesté.
— À savoir ?
— D’abord, le Portugal dispose déjà d’un navigateur, Dias, et de la route africaine des Indes ; par ailleurs, j’ai appris incidemment que les tentatives d’approche de Colon avec Paris et Londres, par des intermédiaires, n’avaient eu aucun résultat encourageant.
— Il s’est déjà adressé à d’autres souverains ?
— Au bout de la quatrième année, répondit sèchement Talavera, sa patience a commencé à vaciller un peu.
— Et la seconde raison pour laquelle Colon ne quitterait pas l’Espagne entre le verdict et la fin de la guerre contre Grenade ?
— Il aura été informé du verdict dans une lettre ; et cette lettre, sans exprimer de promesse, lui donnera néanmoins à entendre qu’après la guerre l’affaire pourrait être rouverte.
— Le verdict ferme la porte mais la lettre ouvre la fenêtre ?
— Un petit peu. Mais, si je connais Colon, ce léger entrebâillement suffira. C’est un homme opiniâtre et à l’espoir tenace.
— Dois-je comprendre, père Talavera, que votre avis personnel est en faveur de ce voyage ?
— Nullement. Si je devais choisir la vision du monde la plus exacte, je crois que je pencherais pour celle de Ptolémée et de Maldonado. Mais ce ne serait que supposition parce que personne n’est sûr de rien et que personne ne peut être sûr de rien dans l’état de nos connaissances aujourd’hui.
— Dans ce cas, pourquoi être venu me présenter toutes ces… suggestions ?
— J’y vois plutôt des imaginations, Votre Majesté. Je n’aurais pas la présomption de suggérer quoi que ce soit. » Il sourit. « Pendant que mes collègues cherchaient à déterminer ce qui est exact, je me suis davantage intéressé au bien et au juste, en pensant à saint Pierre qui est sorti du bateau pour marcher sur les eaux.
— Jusqu’à ce qu’il doute.
— Et alors le Sauveur l’a pris dans sa main. »
Les larmes perlèrent soudain aux yeux d’Isabelle. « Croyez-vous que Colon puisse être investi de l’esprit de Dieu ?
— La Pucelle d’Orléans était soit une sainte, soit une folle.
— Ou une sorcière. On l’a condamnée au bûcher pour sorcellerie.
— C’est précisément ce que je voulais dire : qui peut savoir avec certitude si l’esprit de Dieu l’habitait ? Pourtant, en plaçant leur foi en celle qui se disait servante de Dieu, les soldats français ont chassé les Anglais d’un champ de bataille à l’autre. Quelle importance si elle avait été folle ? Les Français auraient perdu encore une bataille. Et après ? Ils en avaient déjà tant perdu.