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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Il rayonnait, il exultait, le brave spadassin. Il triomphait sur toute la ligne. Là, devant ces centaines de gentilshommes et de soldats, spectateurs attentifs de cet étrange duel, il avait eu la gloire de désarmer et de toucher l’invincible Pardaillan.

Nous avons dit à dessein que la lame de Pardaillan était allée tomber sur la piste.

En effet, on se tromperait étrangement si on croyait sur parole Bussi-Leclerc criant qu’il a désarmé son adversaire.

La lame avait sauté, la lame, préalablement limée, habilement maquillée, mais la poignée était restée dans la main du chevalier.

En résumé, Bussi-Leclerc n’avait nullement désarmé son adversaire et la piteuse comédie qu’il venait de jouer là (comédie suggérée et mise à exécution, dans sa tâche la plus délicate, savoir la substitution de l’arme truquée à la rapière du chevalier) cette comédie était de l’invention de Centurion, qui avait vu là le moyen d’obtenir de Bussi ce que Fausta l’avait chargé de lui demander et de se venger en même temps, par une humiliation publique, de celui qui l’avait corrigé vertement en public.

Bussi-Leclerc pouvait triompher à son aise, car, de loin, on ne pouvait voir la poignée restée dans la main crispée de Pardaillan, et comme tout le monde, en revanche, avait pu voir voler la lame, pour la plupart des spectateurs le doute n’était pas possible: l’invincible, le terrible Français avait trouvé son maître.

Pour compléter la victoire de Bussi-Leclerc, il se trouva que son épée, alors qu’il s’était fendu sur son adversaire désarmé par un coup de traîtrise, son épée avait éraflé un doigt assez sérieusement pour que quelques gouttes de sang jaillissent et vinssent tacher de pourpre la main de Pardaillan.

Ce n’était qu’une piqûre insignifiante. Mais de loin, ce sang permettait, de croire à une blessure plus sérieuse.

Malheureusement pour Bussi, les choses prenaient un tout autre aspect vis-à-vis de ceux qui, placés aux premiers rangs, purent voir de près, dans tous ses détails, la scène qui venait de se dérouler et celle qui suivit.

Ceux-là distinguèrent le tronçon d’épée resté dans la main du chevalier. Ils comprirent que s’il était désarmé, ce n’était pas du fait de l’adresse de Bussi, mais par suite d’un fâcheux accident. Et même, à la réflexion, cet accident lui-même leur parut quelque peu suspect.

Quant à Pardaillan, il avait eu une seconde d’effarement bien compréhensible en voyant sa lame s’envoler dans l’espace. Lui aussi, il avait cru naïvement à un accident.

Et pourtant, dès l’instant où il avait été provoqué de l’outrageante manière que l’on sait, sa défiance avait été mise en éveil. Mais, dans son idée, il ne pouvait être question que de quelque passe d’arme inconnue, de quelque botte secrète, déloyale, indigne d’un gentilhomme.

Jamais l’idée ne lui serait venue que la frénésie haineuse pût oblitérer le sens de l’honneur et même le simple bon sens d’un homme réputé brave et intelligent, jusqu’à ce jour, au point de l’assassiner jusqu’à ourdir une machination aussi lâche, aussi compliquée et aussi niaise car en résumé, qui espérait-il abuser avec cette grossière comédie?

Mais, devant le cri de triomphe de Bussi, force lui avait été d’admettre qu’une perfidie semblable était possible. Et cela lui avait paru si pitoyable, si grotesque, si risible, que malgré lui, oubliant tout, il était parti d’un éclat de rire formidable, furieux, inextinguible.

Et c’était si imprévu, en un pareil moment, on sentait si manifestement gronder la fureur dans cet éclat de rire qui n’avait plus rien d’humain, que les spectateurs de cette scène, soudain glacés, se considérèrent avec effarement, plus impressionnés certes que par le spectacle, cependant tragique, de la bataille qui se déroulait autour d’eux.

Et Bussi-Leclerc, si brave qu’il fût, sentit un frisson le parcourir de la nuque aux talons, et, tout en se rencoignant dans les rangs pressés des soldats espagnols, comme s’il ne se fût pas senti en sûreté, il commença de regretter amèrement d’avoir suivi si scrupuleusement les perfides conseils de Centurion et il eut honte du rôle odieux qu’on l’avait amené à jouer dans cette affaire.

C’est que au fur et à mesure que le rire se déchaînait irrésistiblement, le chevalier sentait une colère violente, furieuse, comme il en avait rarement ressenti de pareille, l’envahir tout entier, au point que lui qui savait si bien garder son sang-froid dans les passes les plus critiques, il était tout à fait hors de lui, et se sentait incapable de se modérer, encore moins de raisonner ses impressions.

Il ne voyait qu’une chose, et c’est ce qui déchaînait en lui ce terrible accès de fureur: c’est que Bussi, par des moyens déloyaux, l’avait, pour ainsi dire, livré au bourreau, pieds et poings liés. Car, et c’est ce qui l’enrageait le plus, par suite de l’intervention du spadassin, il se voyait irrémédiablement perdu. Et dans son esprit il clamait:

– Eh quoi! se peut-il que, pour une misérable blessure faite à son amour-propre, un homme s’avilisse à ce point! Par Pilate! je ne connaissais pas ce Bussi-Leclerc! C’est un dangereux scélérat. Qu’il ait organisé cette ridicule comédie, pour la satisfaction de sa vanité, passe encore… Encore que je croie que nul n’en sera dupe; ce qui est odieux, intolérable, impardonnable, incroyable, ce qui passe toute mesure, c’est qu’il m’ait froidement immobilisé ici sachant que j’allais être pris comme un goujon dans un filet; c’est qu’il m’ait lâchement provoqué, traîtreusement désarmé, au moment précis où il savait ma vie en péril. Que n’a-t-il essayé de me tuer loyalement, puisque décidément il me veut la malemort! Mais non, il a fallu qu’il s’abaissât à pareille besogne, sachant le sort qui m’est réservé, et qu’il se fît, sciemment, volontairement, méchamment, pourvoyeur de bourreau.

Car je l’ai entendu dire à Fausta qu’il ne voulait pas, en me tuant, me soustraire au supplice qui m’est réservé. Et quel supplice? Heu! sur ce point je puis m’en rapporter à la fertile imagination de la damnée papesse. Mort du diable! il faut que ce scélérat soit châtié sur l’heure, et je vais l’étrangler de mes propres mains, puisque je n’ai pas d’arme. Ou plutôt non; puisque les blessures d’amour-propre sont les seules qui aient réellement prise sur ce sacripant, je vais lui infliger une de ces humiliations sanglantes dont il gardera à jamais le cuisant souvenir, si tant est qu’il soit assez pleutre pour consentir à vivre après la correction que je vais lui administrer, et qui me paraît la seule digne de son abominable félonie.

Et en songeant de la sorte, sa fureur, sans cesse grandissante, bouleversait ses traits habituellement si fins, si railleurs, au point de le rendre méconnaissable.

Livide, hérissé, exorbité, effrayant, avec ce rire extravagant qu’il ne paraissait plus pouvoir réfréner, avec des gestes brusques, saccadés, inconscients, un inappréciable instant il eut toutes les apparences d’un fou furieux.

Cette impression ne fut pas éprouvée que par les comparses de cette scène, car il entendit vaguement Fausta dire d’une voix que l’espoir et la joie faisaient trembler:

– Oh! serait-il devenu fou? Déjà!…

Et une autre voix impassible – celle de d’Espinosa – répondit:

– Notre besogne serait terminée, avant que d’avoir été entreprise.

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