Angélique et le roi Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #5
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le roi Part 1». Краткое содержание книги:
Une très belle femme vraiment, dont le regard clair avait du sérieux, les gestes une grâce à la fois retenue et spontanée. Marie-Thérèse déplorait la méfiance qu'on avait éveillée en elle. Cette dame lui avait plu. Elle aurait aimé en faire sa confidente. Mais M. de Solignac disait que c'était une femme libertine et sans piété. Et Mme de Montespan l'accusait d'avoir une maladie de peau, contractée dans des milieux de bas étage qu'elle fréquentait par vice. Comment se fier aux apparences ? Elle paraissait tellement saine et fraîche et ses enfants étaient si beaux ! Si le roi en faisait sa maîtresse, quel ennui ! Et quelle douleur !... N'y aurait-il jamais de repos pour son triste cœur de reine ?
*****
Angélique, qui savait combien sa présence était pénible à la reine, profita du premier prétexte pour s'éloigner.
La maison mise à la disposition des souverains par le bourgmestre était étroite et incommode. Les suivantes et premiers gentilshommes y étaient empilés tandis que le reste de la Cour et l'armée prenaient leurs quartiers chez l'habitant. L'accueil de la population évitait violence et pillage. On n'avait pas à prendre, puisqu'on donnait si volontiers. Le bruit des chansons et des rires parvenait amorti jusqu'au fond de l'hôtel mal éclairé où flottait encore le parfum ménager de la tourte picarde, cette immense tarte aux poireaux couverte de crème et d'œufs que trois dames de la ville étaient venues présenter sur un plat d'argent. En se heurtant aux coffres et aux bagages Angélique monta l'escalier. La chambre où elle avait élu domicile avec Mme de Montespan se trouvait sur la droite. Les chambres du roi et de la reine à gauche.
Une petite ombre se dressa sous la veilleuse à huile et un masque noir aux deux yeux d'émail blanc émergea.
– Non, Médême, n'entre pas.
Angélique reconnut le négrillon qu'elle avait offert à Mme de Montespan.
– Bonsoir Naaman. Laisse-moi passer.
– Non Médême.
– Qu'y a-t-il ?
– Quéqu'un...
Elle distingua un murmure tendre et crut deviner un galant secret.
– C'est bon. Je m'en vais.
Les dents du petit page d'ébène brillèrent dans un sourire complice.
– Le « Oa », Médême. Le « Oa »... Chut !
Angélique redescendit l'escalier, pensive.
Le Roi ! Et Mme de Montespan !
*****
Le lendemain, tout le monde partait pour Amiens.
Habillée de bon matin, Angélique s'en fut chez la reine, comme l'y appelait son service. Elle trouva à l'entrée Mlle de Montpensier très agitée.
– Venez voir dans quel état est Sa Majesté. C'est une pitié !
La reine était tout en larmes. Elle dit qu'elle venait de vomir et qu'elle n'en pouvait plus. Mme de Montausier la soutenait en gémissant et Mme de Montespan se récriait encore plus fort en répétant combien la douleur de Sa Majesté était compréhensible. On annonçait que la duchesse de La Vallière venait de rejoindre l'armée. Elle était arrivée à l'aube, ayant roulé toute la nuit et s'était présentée pour faire ses révérences à la reine.
– L'insolente ! s'écriait Mme de Montespan. Dieu me garde d'être jamais maîtresse du roi ! Si j'étais assez malheureuse pour cela je ne pourrais avoir l'effronterie de me présenter devant la reine !
Que signifiait ce retour ?
Était-ce le roi qui avait mandé sa favorite ?
Il fallut pourtant se rendre à l'église, où la Cour devait entendre la messe avant de prendre la route.
Marie-Thérèse monta à la tribune. La duchesse de La Vallière s'y trouvait déjà. La reine ne la regarda pas. La favorite redescendit. Elle se présenta à nouveau devant la souveraine alors que celle-ci montait en carrosse. Mais la reine ne lui dit rien. La déception était trop amère. Elle ne pouvait prendre sur elle pour faire bon visage, comme elle s'y était astreinte tant bien que mal lorsque la liaison de son royal époux demeurait officieuse. Dans sa rage elle défendit qu'on lui portât à manger. Elle interdit aux officiers de troupe de son escorte de laisser passer quiconque devant son carrosse de peur que Mlle de La Vallière ne rejoignît le roi avant elle.
Vers le soir, le défilé des équipages qui cahotaient sur la route découvrit l'armée, d'une petite hauteur. Mlle de La Vallière comprit que le roi devait être là-bas. Avec le courage du désespoir elle fit courir son carrosse à travers les champs à toute bride. La reine l'aperçut et entra dans une effroyable colère. Elle voulait ordonner aux officiers de poursuivre le carrosse et de l'arrêter. Tout le monde la suppliait de n'en rien faire et de se calmer. L'arrivée du roi lui-même qui venait au-devant de la reine par un autre chemin interrompit la scène tragi-comique.
Il était à cheval, crotté jusqu'aux yeux et de fort bonne humeur. Il mit pied à terre et s'excusa de ne pouvoir monter dans la voiture à cause de la boue. Mais lorsqu'il eut parlé quelques instants avec la reine à la portière, son visage s'assombrit. De bouche en bouche on eut la confirmation que l'arrivée de Mlle de La Vallière n'avait été ni voulue, ni même souhaitée par le roi. Quelle nouvelle la timide amante avait-elle apprise pour l'entraîner à surmonter son habituelle patience ? Quelles craintes ? Quelles certitudes ? Seule à Versailles, comblée d'honneurs et de richesses, elle avait réalisé son abandon. Prise de vertige, les nerfs à bout elle avait commandé son équipage, et était partie au grand galop vers le nord, désobéissant pour la première fois au roi. Tout plutôt que de ne pas savoir, d'espérer le cœur transi ou d'imaginer celui qu'on aime dans les bras d'une autre...
*****
Elle ne parut pas au dîner de l'étape suivante. Le cantonnement était épouvantable. Un bourg où il n'y avait pas quatre maisons de pierre. Le reste n'était que masures de torchis. Angélique, qui errait avec les demoiselles Gilandon et ses trois servantes à la recherche d'un gîte, rencontra Mlle de Montpensier, aussi dépourvue qu'elle.
– Nous voici vraiment à la guerre, ma petite. Mme de Montausier couche sur un tas de paille dans un cabinet, les filles de la reine dans un grenier sur un tas de blé, et moi je crois bien que je vais me contenter d'un tas de charbon.
Angélique finit par trouver une grange remplie de foin. Elle se hissa par l'échelle jusqu'au faux grenier où elle dormirait plus tranquille tandis que ses filles demeuraient en bas. Une grosse lanterne pendue aux solives projetait sa lueur rousse à travers la pénombre. Là encore Angélique vit surgir, comme une sombre apparition tout enturbannée de satin cramoisi et vert pomme, la frimousse noire et les yeux blancs du négrillon Naaman.
– Que fais-tu là, petit diablotin de l'enfer ?
– J'attends Médême Montespan. Je garde son sac pour elle. Médême Montespan, elle aussi dormir là.
La belle marquise apparut au sommet de l'échelle.