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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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En d’autres termes, c’était un leader-né. Mais peut-être la paix du dernier siècle s’expliquait-elle par l’absence imposée de leaders-nés. Et en cas de destruction de l’hypercolonie, ceux-ci resurgiraient… nos Napoléons, pensa-t-elle. Nos Césars. Nos terribles et légitimes dirigeants.

Un petit monomoteur les conduisit de Santiago à Antofagasta et, quand il entama sa descente vers la piste de Cerro Moreno, Nerissa vit pour la première fois la chaîne côtière qui longeait le désert de sel d’Atacama.

L’endroit le plus sec sur Terre. Plus de 100 000 kilomètres carrés de sable, de sel et d’anciens débris pyroclastiques. Un endroit parfait pour un observatoire, s’il y avait eu des gens pour en financer un, tant le ciel y était invariablement dégagé.

C’était là (à en croire Beck) que l’hypercolonie avait bâti sa zone de reproduction. Nerissa essaya d’imaginer cette entité, d’y penser sans peur ni haine. Peut-être de la manière dont y pensait Ethan : comme à un organisme très ancien et très complexe. Intelligent, d’après Beck et lui, mais sans conscience de sa propre existence. Il ne pensait pas, pour le dire en termes humains, il calculait. Il ressemblait aux ordinateurs dont se servaient les compagnies d’eau ou d’électricité, mais infiniment plus subtil, programmé par son évolution d’une longueur incroyable.

Et là, dans l’Atacama, il avait réuni les moyens de se transmettre à d’autres mondes lointains. Peut-être avec des fusées, comme celles qui figuraient sur les romans de science-fiction que Cassie glissait dans son cartable, ou avec quelque chose de mieux. Qui avait à voir avec des faisceaux lumineux. Et dont la construction ne pouvait se faire qu’avec les ressources d’une culture technologiquement avancée.

En le regardant de cette manière, l’hypercolonie n’était pas vraiment un ennemi, du moins dans le sens d’adversaire conscient et malveillant. Et peut-être était-ce ce que Beck n’avait pas réussi à comprendre. Il n’y avait pas davantage de malveillance dans l’hypercolonie que dans un désastre naturel… et ce n’est même pas forcément un désastre, songea Nerissa, à part pour ceux d’entre nous qui, tels des enfants têtus, fourrons les doigts dans la létalité du nid de frelons.

Antofagasta était une ville industrielle très active. Au nord, la fumée des raffineries de cuivre et des cimenteries gravait des lignes parallèles dans le ciel ; un port énorme occupait l’essentiel de la rade. Nerissa, Ethan et Beck prirent un taxi à l’aéroport pour gagner une maison de quatre pièces, mitoyenne des deux côtés, juste à côté de la zone hôtelière.

Le temps de défaire leurs bagages, la nuit était tombée. Ethan alluma la télé et un bulletin d’informations de la Televisión Nacional répéta ce que Nerissa savait déjà sur les combats à Magadan. Elle traversa la rue pour aller acheter, avec une partie des pesos qu’ils s’étaient procurés à l’aéroport, quelques produits alimentaires de base dans un minuscule magasin Lider. De retour dans la cuisine, elle prépara un repas pour trois, du poisson et des légumes frits dont elle ne prit en fin de compte qu’une très maigre portion. Son manque d’appétit depuis Buffalo lui avait déjà fait perdre quelques kilos.

Aucun signe de l’armée que Beck affirmait en train de l’attendre. Ni messages mystérieux, ni partisans au visage dissimulé qui frappaient à la porte. Quand elle l’interrogea sur ce point, Beck répondit qu’il contacterait « certaines personnes » le lendemain. Et Nerissa se retint prudemment de rouler les yeux.

Elle partagea une chambre avec Ethan. C’était d’autant plus troublant que ce pouvait être une de leurs dernières nuits ensemble. À plus ou moins brève échéance, Ethan partirait au milieu de l’Atacama, Sancho Panza du don Quichotte-Beck tandis qu’elle-même, avec un peu de chance, serait de retour aux États-Unis avec sa nièce et son neveu. Elle ne le reverrait peut-être plus, même s’il survivait. Elle voulait qu’il survive, bien entendu, mais ne voulait-elle pas davantage ? Que pouvait-on sauver des ruines de leur mariage ? S’ils étaient ensemble dans des circonstances moins extrêmes, si on leur donnait le temps de se redécouvrir après sept ans de séparation… qu’est-ce qui était envisageable ?

Il ouvrit les rideaux et prépara le lit. Nerissa répéta une partie des propos tenus par Beck dans l’avion et demanda sans ménagements à Ethan s’il croyait encore à son plan.

Ethan fronça les sourcils. Même ce petit geste était d’une familiarité obsédante. Les rides aux coins des yeux. Le pli en V entre ses sourcils. « Je crois qu’il peut marcher.

— Tu gobes tout ce truc sur les ondes radio, alors ? » Nerissa ne comprenait l’idée que dans ses grandes lignes, mais Beck affirmait avoir isolé les fréquences clés qu’utilisait le nuage orbital de l’hypercolonie pour communiquer. Il croyait pouvoir perturber ces signaux… non pas sur toute la planète, mais localement, sur le site d’Atacama. Ce qui l’isolerait de l’hypercolonie orbitale et aurait pour conséquence ultime de faire perdre connaissance aux simulacres des environs, peut-être même de les tuer. À ce qu’il disait.

« Beck n’est pas le seul à avoir travaillé là-dessus. S’il peut empêcher assez longtemps toute activité du site, alors, ouais, on pourra entrer l’endommager. Difficile de dire combien de temps ça fera effet. Tout dépend de la théorie que tu adoptes quant au cycle de vie de l’hypercolonie.

— Et donc, même si ça marche, il ne se produira peut-être rien.

— Je suis à peu près certain qu’il se produira quelque chose.

— Mais l’hypercolonie a peut-être des moyens de défense.

— C’est possible aussi.

— Tu crois malgré tout que ça vaut le coup d’essayer ? »

Il haussa les épaules.

Allongée dans le lit, épuisée mais incapable de trouver le sommeil, elle se souvint d’une vidéo qu’il lui avait montrée des années plus tôt. Un film amateur, en fait, tourné par un de ses étudiants durant un voyage de recherche au Japon. Ethan travaillait avec un nid de frelons géants, aussi appelés « tueurs de yacks »… une espèce responsable de quarante décès par an en moyenne. Situé dans une forêt proche d’une communauté sédentaire de la préfecture de Kanagawa, ce nid serait détruit une fois qu’Ethan en aurait prélevé quelques individus. L’entomologiste s’en était approché vêtu d’habits protecteurs fermés avec autant de soin qu’une combinaison de plongée. Derrière la visière en plastique, on voyait son visage tendu mais sans peur, et chacun de ses mouvements était calculé, délibéré. Respectueux était le mot qui venait à l’esprit.

Le nid s’aperçut de sa présence et y réagit. Des dizaines d’insectes jaillirent droit sur lui. La caméra hésita mais ne recula pas ; deux autres étudiants paniquèrent et s’enfuirent. Pas Ethan. Il continua son travail malgré les frelons gros comme le poing qui s’amassaient sur sa visière pour essayer d’atteindre son visage avec la létalité désintéressée d’un auteur d’attentat suicide. Et une fois son prélèvement effectué, il empoisonna le nid avec la même efficacité impersonnelle.

Elle s’éveilla une heure avant l’aube au milieu d’un rêve horrible : Ethan était retourné au Japon, mais les frelons avaient la taille d’un être humain et le visage de Winston Bayliss. Elle se trouva (je me trouvai dans une forêt obscure car j’avais perdu la voie droite) convaincue d’avoir entendu un bruit suspect, mais quand elle s’approcha de la fenêtre, elle ne vit personne dans la ruelle derrière la maison, rien qu’un chat en train de fouiller un amoncellement de déchets. « N’y va pas », dit-elle.

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