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Ainsi parlait Zarathoustra

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Ainsi parlait Zarathoustra
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Qui sait commander et qui doit obéir – c’est ce que l’on essaie là. Hélas! avec combien de recherches, de divinations, de conseils, d’expériences et de tentatives nouvelles!

La société humaine est une tentative, voilà ce que j’enseigne, – une longue recherche; mais elle cherche celui qui commande!

– une tentative, ô mes frères! et non un «contrat»! Brisez, brisez-moi de telles paroles qui sont des paroles de cœurs lâches et des demi-mesures!

26.

Ô mes frères! où est le plus grand danger de tout avenir humain? N’est-ce pas chez les bons et les justes! -

– chez ceux qui parlent et qui sentent dans leur cœur: «Nous savons déjà ce qui est bon et juste, nous le possédons aussi; malheur à ceux qui veulent encore chercher sur ce domaine!»

Et quel que soit le mal que puissent faire les méchants: le mal que font les bons est le plus nuisible des maux!

Et quel que soit le mal que puissent faire les calomniateurs du monde; le mal que font les bons est le plus nuisible des maux!

Ô mes frères, un jour quelqu’un a regardé dans le cœur des bons et des justes et il a dit: «Ce sont les pharisiens.» Mais on ne le comprit point.

Les bons et les justes eux-mêmes ne devaient pas le comprendre: leur esprit est prisonnier de leur bonne conscience. La bêtise des bons est une sagesse insondable.

Mais ceci est la vérité: il faut que les bons soient des pharisiens, – ils n’ont pas de choix!

Il faut que les bons crucifient celui qui s’invente sa propre vertu! Ceci est la vérité!

Un autre cependant qui découvrit leur pays, – le pays, le cœur et le terrain des bons et des justes: ce fut celui qui demanda: «Qui haïssent-ils le plus?»

C’est le créateur qu’ils haïssent le plus: celui qui brise des tables et de vieilles valeurs, le briseur, – c’est lui qu’ils appellent criminel.

Car les bons ne peuvent pas créer: ils sont toujours le commencement de la fin: -

– ils crucifient celui qui écrit des valeurs nouvelles sur des tables nouvelles, ils sacrifient l’avenir pour eux-mêmes, ils crucifient tout l’avenir des hommes!

Les bons – furent toujours le commencement de la fin. -

27.

Ô mes frères, avez-vous aussi compris cette parole? Et ce que j’ai dit un jour du «dernier homme»? -

Chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour l’avenir des hommes? N’est-ce pas chez les bons et les justes?

Brisez, brisez-moi les bons et les justes! Ô mes frères, avez-vous aussi compris cette parole?

28.

Vous fuyez devant moi? Vous êtes effrayés? Vous tremblez devant cette parole?

Ô mes frères, ce n’est que lorsque vous ai dit de briser les bons et les tables des bons, que j’ai embarqué l’homme sur la pleine mer.

Et c’est maintenant seulement que lui vient la grande terreur, le grand regard circulaire, la grande maladie, le grand dégoût, le grand mal de mer.

Les bons vous ont montré des côtes trompeuses et de fausses sécurités; vous étiez nés dans les mensonges des bons et vous vous y êtes abrités. Les bons ont faussé et dénaturé toutes choses jusqu’à la racine.

Mais celui qui découvrit le pays «homme», découvrit en même temps le pays «l’avenir des hommes». Maintenant vous devez être pour moi des matelots braves et patients!

Marchez droit, à temps, ô mes frères, apprenez à marcher droit! La mer est houleuse: il y en a beaucoup qui ont besoin de vous pour se redresser.

La mer est houleuse: tout est dans la mer. Eh bien! allez, vieux cœurs de matelots!

Qu’importe la patrie! Nous voulons faire voile vers là-bas, vers le pays de nos enfants! au large. Là-bas, plus fougueux que la mer, bouillonne notre grand désir.

29.

«Pourquoi si dur? – dit un jour au diamant le charbon de cuisine; ne sommes-nous pas proches parents? -»

Pourquoi si mous? Ô mes frères, je vous le demande: n’êtes-vous donc pas – mes frères?

Pourquoi si mous, si fléchissants, si mollissants? Pourquoi y a-t-il tant de reniement, tant d’abnégation dans votre cœur? Si peu de destinée dans votre regard?

Et si vous ne voulez pas être des destinées, des inexorables: comment pourriez-vous un jour vaincre avec moi?

Et si votre dureté ne veut pas étinceler, et trancher, et inciser: comment pourriez-vous un jour créer avec moi?

Car les créateurs sont durs. Et cela doit vous sembler béatitude d’empreindre votre main en des siècles, comme en de la cire molle, – béatitude d’écrire sur la volonté des millénaires, comme sur de l’airain, – plus dur que de l’airain, plus noble que l’airain. Le plus dur seul est le plus noble.

Ô mes frères, je place au-dessus de vous cette table nouvelle: DEVENEZ DURS!

30.

Ô toi ma volonté! Trêve de toute misère, toi ma nécessité! Garde-moi de toutes les petites victoires!

Hasard de mon âme que j’appelle destinée! Toi qui es en moi et au-dessus de moi! Garde-moi et réserve-moi pour une grande destinée!

Et ta dernière grandeur, ma volonté, conserve-la pour la fin, – pour que tu sois implacable dans ta victoire! Hélas! qui ne succombe pas à sa victoire!

Hélas! Quel œil ne s’est pas obscurci dans cette ivresse de crépuscule? Hélas! quel pied n’a pas trébuché et n’a pas désappris la marche dans la victoire! -

– Pour qu’un jour je sois prêt et mûr lors du grand Midi: prêt et mûr comme l’airain chauffé à blanc, comme le nuage gros d’éclairs et le pis gonflé de lait: -

– prêt à moi-même et à ma volonté la plus cachée: un arc qui brûle de connaître sa flèche, une flèche qui brûle de connaître son étoile: -

– une étoile prête et mûre dans son midi, ardente et transpercée, bienheureuse de la flèche céleste qui la détruit: -

– soleil elle-même et implacable volonté de soleil, prête à détruire dans la victoire!

Ô volonté! trêve de toute misère, toi ma nécessité! Réserve-moi pour une grande victoire! -

Ainsi parlait Zarathoustra.

Le convalescent

1.

Un matin, peu de temps après son retour dans sa caverne, Zarathoustra s’élança de sa couche comme un fou, se mit à crier d’une voix formidable, gesticulant comme s’il y avait sur sa couche un Autre que lui et qui ne voulait pas se lever; et la voix de Zarathoustra retentissait de si terrible manière que ses animaux effrayés s’approchèrent de lui et que de toutes les grottes et de toutes les fissures qui avoisinaient la caverne de Zarathoustra, tous les animaux s’enfuirent, – volant, voltigeant, rampant et sautant, selon qu’ils avaient des pieds ou des ailes. Mais Zarathoustra prononça ces paroles:

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