Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
1 ... 51 52 53 54 55 56 57 58 59 ... 136
Перейти на страницу:

À l’éclair qui passa dans les yeux de l’enfant, elle comprit qu’elle avait frappé, juste; et tout bas, de cette voix caressante et frôleuse qu’ont les mères, elle murmurait:

– Fais cela pour moi, Jack! Veux-tu? Mets-toi vite en état de gagner ta vie. Qui sait si moi-même, quelque jour, je ne serai pas obligée d’avoir recours à toi comme à mon seul soutien, à mon unique ami?

Pensait-elle ce qu’elle disait? Était-ce un pressentiment, une de ces déchirures subites de l’avenir qui vous montrent la destinée jusqu’au fond et toute la déconvenue de votre propre existence? Ou bien avait-elle parlé, emportée dans le tourbillon de ses phrases par l’élan de sa sentimentalité?

En tout cas, elle ne pouvait rien trouver de mieux pour vaincre cette petite âme généreuse. L’effet fut instantané. Cette idée que sa mère pouvait avoir besoin de lui, qu’il lui viendrait en aide avec son travail, le décida subitement.

Il la regarda droit dans les yeux:

– Jure-moi que tu m’aimeras toujours, que tu n’auras pas honte de moi quand j’aurai les mains noires.

– Si je t’aimerai, mon Jack!

Pour toute réponse, elle le couvrait de caresses, cachant sous des baisers passionnés son trouble et son remords, car, depuis cette minute-là, la malheureuse femme eut du remords, elle en eut pour toute sa vie et ne pensa plus jamais à son enfant sans un coup de glaive dans le cœur.

Mais lui, comme s’il comprenait tout ce que ces embrassements couvraient de honte, d’incertitude, de terreur, il s’y déroba en s’élançant vers l’escalier.

– Viens, maman, descendons. Je veux aller lui dire que j’accepte.

En bas, les Ratés étaient encore à table. Tous furent frappés de l’air grave et résolu qu’avait Jack en entrant.

– Je vous demande pardon, dit-il à d’Argenton. J’ai eu tort de refuser tout à l’heure ce que vous m’offriez. J’accepte maintenant et je vous remercie.

– Bien cela, enfant! dit le poète avec solennité, je ne doutais pas que la réflexion ne vînt à bout de vos résistances… Je suis heureux de voir que vous reconnaissez la loyauté de mes intentions. Remerciez notre ami Labassindre, car c’est à lui que vous devez cette bonne fortune. C’est lui qui vous a ouvert l’avenir à deux battants.

Le chanteur tendit sa grosse patte dans laquelle la petite main de Jack s’engloutit.

– Tope là, ma vieille! lui dit-il en affectant de le traiter comme s’ils étaient deux anciens camarades travaillant aux mêmes pièces, dans le même atelier; et dès ce moment jusqu’au départ, il ne lui adressa plus la parole que sur ce ton familier et brutal que les ouvriers ont entre eux comme un lien de compagnonnage.

Pendant ces huit derniers jours, Jack ne fit que courir les bois et les routes. Il éprouvait du trouble, de l’inquiétude, encore plus que de la tristesse; et de temps en temps, l’idée de la responsabilité qu’il allait avoir mettait sur son joli visage une expression inusitée, ce pli des sourcils qui, chez les êtres jeunes, marque l’effort d’une volonté. C’était le vieux Jack à présent. Il alla revoir tous ses coins favoris, comme un homme qui ferait à petits pas le pèlerinage de son enfance.

Ah! la mère Salé put bien le menacer de loin, courir sur ses talons, le vieux Jack ne la craignait plus, et se sentait de force à lui porter son fagot. Mais il avait le plus grand chagrin de ne pouvoir aller chez les Rivals faire ses adieux à Cécile.

– Vois-tu! mon Jack, après la scène que ces messieurs ont eue ensemble, ce ne serait pas convenable, répétait Charlotte à toutes les supplications de son fils.

Enfin, la veille du départ, dans la joie mauvaise de son triomphe, d’Argenton consentit à ce que l’enfant allât prendre congé de ses amis. Il arriva chez eux le soir. Personne dans le vestibule. Personne dans la pharmacie, dont les persiennes étaient closes. Rien qu’un filet de lumière venant de la bibliothèque, ce qu’on appelait la bibliothèque, un immense grenier encombré de dictionnaires, d’atlas, d’ouvrages de médecine et de grands volumes à dos rouge de la collection Panckouke.

Le docteur était là, très occupé à faire une caisse de livres.

– Ah! te voilà! dit-il à l’enfant, j’étais bien sûr que tu ne partirais pas sans me dire adieu. Ils ne voulaient pas te laisser venir, hein? C’est un peu ma faute aussi. J’ai été trop vif. Ma femme m’a joliment grondé… À propos, tu sais qu’elle est partie hier avec la petite. Je les ai envoyées dans les Pyrénées passer un mois chez ma sœur. Elle était un peu malade, la petite. J’ai eu la bêtise de lui apprendre ton départ tout à coup, sans ménagement… Ah! les enfants!… On croit qu’ils ne sentent pas les choses; et ça vous a des chagrins autrement violents que les nôtres.

Il parlait à Jack comme à un homme. Tout le monde lui parlait comme à un homme, à présent; et pourtant, à l’idée que sa petite amie avait été malade à cause de lui et qu’il s’en irait sans la voir, le vieux Jack se sentait envie de pleurer comme un enfant.

Il regardait les livres répandus, la grande pièce toute triste, mal éclairée d’une bougie posée sur un coin de table à côté du grog et de la bouteille d’eau-de-vie; car M. Rivals profitait de l’absence de sa femme pour revenir à ses habitudes de bord. Aussi avait-il l’œil brillant, le bonhomme, et une singulière animation à fouiller dans tous ses livres, soufflant la poussière sur les vieilles tranches rouges, et vidant tout un coin de sa bibliothèque dans la caisse ouverte à ses pieds.

– Sais-tu ce que je fais là, petit?

– Non, monsieur Rivals.

– Je choisis des livres pour toi, de bons vieux bouquins que tu emporteras, que tu liras, tu m’entends! que tu liras dès que tu auras une minute. Rappelle-toi bien ceci, mon enfant: les livres sont les vrais amis. On peut s’adresser à eux dans les grands chagrins de la vie, on est toujours sûr de les trouver. Moi d’abord, sans mes bouquins, avec le malheur que j’ai eu, il y a beau temps que je ne serais plus là. Regarde-moi cette caisse, petit. Il y en a une vraie tapée, hein?… Je ne te réponds pas que tu les comprendras tous maintenant. Mais ça ne fait rien, il faut les lire. Même ceux que tu ne comprendras pas te laisseront de la lumière dans l’esprit. Promets-moi que tu les liras.

– Je vous le promets, monsieur Rivals.

– Là… maintenant la caisse est finie. Peux-tu l’emporter? Non, c’est trop lourd. Je t’enverrai cela demain. Allons! viens que je te dise adieu.

Et le brave homme, lui prenant la tête dans ses larges mains, l’embrassa deux ou trois fois bien fort.

– Il y en a pour moi et pour Cécile là-dedans, ajouta-t-il avec un bon sourire, et tandis qu’il refermait sa porte, Jack l’entendit qui murmurait: «Pauvre enfant!… pauvre enfant!…»

1 ... 51 52 53 54 55 56 57 58 59 ... 136
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)