Réflexions ou sentences et maximes morales
- Автор: де Ларошфуко Франсуа VI
- Год: 1664
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Réflexions ou sentences et maximes morales». Краткое содержание книги:
Grâce à la précision et à la netteté originales de son style, relevé par des ornements dont la distinction égale la sobriété, La Rochefoucauld a décrit son temps et une société pleine d’intrigues et de révolutions perpétuelles pour laisser, de modèles passagers envisagés dans une perspective pessimiste, une image immortelle.
[36] Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté qui nous fait sortir de nous-mêmes, et qui nous immole continuellement à l’avantage de tout le monde, sera tenté de croire que lorsqu’elle agit, l’amour-propre s’oublie et s’abandonne lui-même, et même qu’il se laisse dépouiller et appauvrir sans s’en apercevoir: en sorte qu’il semble que l’amour-propre soit la dupe de la bonté. Cependant la bonté est en effet le plus propre de tous les moyens dont l’amour-propre se sert pour arriver à ses fins. C’est un chemin dérobé par où il revient à lui-même plus riche et plus abondant. C’est un désintéressement qu’il met à une furieuse usure. C’est enfin un ressort délicat avec lequel il réunit et dispose et tourne tous les hommes en sa faveur (max. 236, I 250).
[37] Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a la force et la hardiesse de pouvoir être méchant; toute autre bonté n’est en effet qu’une privation de vices, et leur endormissement (max. 237, I 251).
[38] L’amour de la justice dans les bons juges qui sont modérés n’est que l’amour de leur élévation; dans la plupart des hommes ce n’est que la crainte de souffrir l’injustice, et qu’une vive appréhension qu’on ne nous ôte ce qui nous appartient. De là vient cette considération et ce respect pour tous les intérêts du prochain, et cette scrupuleuse application à ne lui faire aucun préjudice. Sans cette crainte qui retient l’homme dans les bornes des biens que sa naissance ou la fortune lui a donnés, pressé par la violente passion de se conserver, il ferait des courses continuellement sur les autres (MS 15, I 89; max. 78, I 91; MS 14, I 88).
[39] La véritable justice ne voit que ce qu’il faut voir, la droiture prend tout le bon droit des choses, la délicatesse aperçoit les choses imperceptibles, et le jugement prononce ce que les choses sont. Si on l’examine bien, on trouvera que toutes ses qualités ne sont autre chose que la grandeur de l’esprit, lequel voit en toutes rencontres, dans la plénitude de ses lumières, tous les avantages dont nous venons de parler (cf. la maxime suivante).
[40] Le jugement n’est autre chose que la grandeur de la lumière de l’esprit. On peut dire la même chose de son étendue, et de sa profondeur, de son discernement, de sa justice, de sa droiture et de sa délicatesse: l’étendue de l’esprit est la mesure de la lumière, la profondeur est celle qui découvre le fond des choses, le discernement compare et distingue les choses (pour cette maxime et la précédente: max. 97, I 107).
[41] La persévérance n’est digne de blâme ni de louange, parce qu’elle n’est que la durée des goûts et des sentiments, qu’on ne s’ôte ni qu’on ne se donne (max. 177, I 186).
[42] La vérité qui fait les gens véritables est une imperceptible ambition qu’ils ont de rendre leur témoignage considérable et d’attirer à leurs paroles un respect de religion (max. 63, I 72).
[43] La vérité est le fondement et la justification de la raison, de la perfection et de la beauté, car il est certain qu’une chose, de quelque nature qu’elle soit, est belle et parfaite si elle est tout ce qu’elle doit être et si elle a tout ce qu’elle doit avoir (MS 49, I 260).
[44] La vraie éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut, et ne dire que ce qu’il faut (max. 250, I 273).
[45] Il n’y a pas moins d’éloquence dans le ton de la voix que dans le choix des paroles (max. 249, I 272, 2e état).
[46] Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours; elles sont comme un art dans la nature, dont les règles sont infaillibles. Par elles l’homme le plus simple persuade mieux que ne fait le plus habile avec toutes les fleurs de l’éloquence (max. 8, I 8).
[47] Rien n’est si contagieux que l’exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens, ni de grands maux, qui ne produisent infailliblement leurs pareils. L’imitation d’agir honnêtement vient de l’émulation, et l’imitation des maux vient de l’excès de la malignité naturelle qui, étant comme tenue en prison par la bonté, est mise en liberté par l’exemple (max. 230, I 244).
[48] L’imitation est toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait déplaît avec les même choses qui charment lorsqu’elles sont naturelles (MS 43, I 245).
[49] Ceux qu’on exécute affectent quelquefois des constances, des froideurs, et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle et pour s’étourdir: de sorte qu’on peut dire que ces froideurs, et ces mépris, font à leur esprit ce que le mouchoir fait à leurs yeux (max. 21, I 24).
[50] Peu de gens connaissent la mort; on la souffre non par résolution, mais par stupidité et par coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu’on meurt (max. 23, I 26).
[51] Nous craignons toutes choses comme mortels, et nous les désirons toutes comme si nous étions immortels (MP 8).
[52] La subtilité est une fausse délicatesse, et la délicatesse est une subtilité solide (max. 128, I 130).
[53] Le monde, ne connaissant point le véritable mérite, n’a garde de pouvoir le récompenser; aussi n’élève-t-il à ses grandeurs et à ses dignités que des personnes qui ont de _belles qualités apparentes, et il couronne généralement tout ce qui luit, quoique tout ce qui luit ne soit pas de l’or (max. 166, I 173).
[54] Comme il y a de bonnes viandes qui affadissent le cœur, il y a un mérite fade, et des personnes qui dégoûtent avec des qualités bonnes et estimables (max. 155, I 162, 2e état).
[55] On admire tout ce qui éblouit, et l’art de savoir bien mettre en œuvre de médiocres qualités dérobe l’estime, et donne souvent plus de réputation que de [sic] véritable mérite (max. 162, I 164).
[56] Les rois font des hommes comme des pièces de monnaie: ils les font valoir ce qu’ils veulent, et on est forcé de les recevoir selon leurs cours, et non pas selon leurs véritables prix (MS 67, I 165).
[57] Ce n’est pas assez d’avoir de grandes qualités, il en faut avoir l’économie (max. 159, I 166).
[58] Il y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire des sottises utilement, et qui gâteraient tout s’ils changeaient de conduite (max. 156, I 163).
[59] Il y en a même à qui leurs défauts siéent bien, et d’autres qui sont disgraciés de leurs bonnes qualités (max. 251, I 281).