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Réflexions ou sentences et maximes morales

Электронная книга - «Réflexions ou sentences et maximes morales». Краткое содержание книги:

Cet ouvrage de La Rochefoucauld est l’œuvre d’un esprit très pénétrant qui paraît systématiquement occupé à une considération exclusive des aspects négatifs de la nature humaine, qui lui ont valu la qualification de philosophe de l’amour-propre, c’est que le pessimisme dont il est imprégné doit beaucoup à la doctrine de Port-Royal qui a marqué la littérature de l’époque classique. La dénonciation de la vanité humaine, la réfutation du libre arbitre, la mise à nu de la faiblesse de l’être et des feintes dont il use vis-à-vis de lui-même, ou la peinture de son insignifiance, doivent être pris comme autant de témoignages de cet esprit janséniste qui traverse les Maximes.
Grâce à la précision et à la netteté originales de son style, relevé par des ornements dont la distinction égale la sobriété, La Rochefoucauld a décrit son temps et une société pleine d’intrigues et de révolutions perpétuelles pour laisser, de modèles passagers envisagés dans une perspective pessimiste, une image immortelle.
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[257] Dieu a permis, pour punir l’homme du péché originel, qu’il se fît un dieu de son amour-propre pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie (MP 22).

[258] Si nous n’avions point de défauts, nous ne serions pas si aises d’en remarquer aux autres (max. 31, I 34).

[259] Je ne sais si on peut dire de l’agrément séparé de la beauté que c’est une symétrie dont on ne sait pas les règles et un rapport secret des traits ensemble et des traits avec les couleurs et l’air de la personne (max. 240, I 261).

[260] Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule apparent et qui sont dans leurs raisons cachées très sages et très solides (max. 163, I 170).

[261] En vieillissant on devient plus fou et plus sage (max. 210, I 222).

[262] L’espérance et la crainte sont inséparables et il n’y a point de crainte sans espérance ni d’espérance sans crainte (MP 23).

[263] Il semble que plusieurs de nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses aussi bien que nous, d’où dépend une grande partie de la louange ou du blâme qu’on leur donne (max. 58, I 67).

[264] Il n’y a que d’une sorte d’amour, mais il y en a mille différentes copies (max. 74, I 84).

[265] L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre (max. 75, I 85).

[266] Il est de l’amour comme de l’apparition des esprits: tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu (max. 76, I 86).

[267] L’amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu’on lui attribue, où il n’a souvent guère plus de part que le doge en a à ce qui se fait à Venise (max. 77, I 87).

[268] Le pouvoir que les personnes que nous aimons ont sur nous est presque toujours plus grand que celui que nous y avons nous-mêmes (MP 24).

[269] La promptitude avec laquelle nous croyons le mal sans l’avoir assez examiné est aussi bien un effet de paresse que d’orgueiclass="underline" on veut trouver des coupables, mais on ne veut pas se donner la peine d’examiner les crimes (max. 267, I 291).

[270] Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des défauts, c’est la facilité que l’on a de croire ce qu’on souhaite (MP 25).

[271] L’intérêt est l’âme de l’amour-propre, de sorte que comme le corps, privé de son âme, est sans vue, sans ouïe, sans connaissance, sans sentiment et sans mouvement, de même l’amour-propre séparé, s’il le faut dire ainsi, de son intérêt, ne voit, n’entend, ne sent et ne se remue plus; de là vient qu’un même homme qui court la terre et les mers pour son intérêt devient soudainement paralytique pour l’intérêt des autres; de là vient le soudain assoupissement, et cette mort que nous causons à tous ceux à qui nous contons nos affaires; de là vient leur prompte résurrection lorsque dans notre narration nous y mêlons quelque chose qui les regarde de sorte que nous voyons dans nos conversations et dans nos traités que dans un même moment un homme perd connaissance et revient à soi selon que son propre intérêt s’approche de lui ou qu’il s’en retire (MP 26).

[272] Les défauts de l’âme sont comme les blessures du corps; quelque soin qu’on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours et elles se peuvent toujours rouvrir (max. 194, I 205).

[273] Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu’il est rare de voir changer les inclinations (max. 252, I 275).

Sentences et maximes de morale

(Édition hollandaise de 1664)

[2] Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes de la médecine: la prudence les assemble et les tempère, et elle s’en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).

[3] La vertu des gens du monde est un fantôme formé par nos passions, à qui on donne un nom honnête pour faire impunément ce qu’on veut (MS 34, I 179).

[4] Toutes les vertus des hommes se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer (max. 171, I 180).

[5] Les crimes deviennent innocents, même glorieux, par leur nombre et par leurs qualités; de là vient que les voleries publiques sont des habiletés, et que prendre des provinces injustement s’appelle faire des conquêtes. Le crime a ses héros, ainsi que la vertu (MS 68, I 192, et max. 185, I 194).

[6] La honte, la paresse, et la timidité ont souvent toutes seules le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l’honneur (max. 169, I 177).

[7] Si on avait ôté à ce qu’on appelle force le désir de conserver, et la crainte de perdre, il ne lui resterait pas grand’chose (MP 32).

[8] La clémence est un mélange de gloire, de paresse et de crainte, dont nous faisons une vertu; et chez les princes c’est une politique dont ils se servent pour gagner l’affection des peuples (max. 16 et 15, I 16 et 15).

[9] La constance des sages n’est qu’un art avec lequel ils savent renfermer dans leur âme leur agitation (max. 20, I 23).

[10] La gravité est un mystère du corps, inventé pour cacher les défauts de l’esprit (max. 257. I 280).

[11] La sévérité des femmes est un ajustement, et un fard qu’elles ajoutent à leur beauté. C’est enfin un attrait fin et délicat, et une douceur déguisée (max. 204, I 216).

[12] La réconciliation avec nos ennemis, qui se fait au nom de la sincérité, de la douceur, et de la tendresse, n’est qu’un désir de rendre sa condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais événement (max. 82, I 95).

[13] Il est de la reconnaissance comme de la bonne foi des marchands elle soutient le commerce, et nous ne payons pas par la justice de payer, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent (max. 223, I 237).

[14] Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre également le souvenir des bienfaits et des injures, mais ils haïssent ceux qui les ont obligés. L’orgueil et l’intérêt produit partout l’ingratitude. L’application à récompenser le bien, et à se venger du mal, leur paraît une servitude, à laquelle ils ont peine de s’assujettir (max. 14, I 14).

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