Réflexions ou sentences et maximes morales
- Автор: де Ларошфуко Франсуа VI
- Год: 1664
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Réflexions ou sentences et maximes morales». Краткое содержание книги:
Grâce à la précision et à la netteté originales de son style, relevé par des ornements dont la distinction égale la sobriété, La Rochefoucauld a décrit son temps et une société pleine d’intrigues et de révolutions perpétuelles pour laisser, de modèles passagers envisagés dans une perspective pessimiste, une image immortelle.
[224] L’amour est à l’âme de celui qui aime ce que l’âme est au corps qu’elle anime (MS 13, I 77).
[225] Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l’amour où il est, ni le feindre où il n’est pas (max. 70, I 80).
[226] Comme on n’est jamais libre d’aimer ou de cesser d’aimer, on ne peut se plaindre avec justice de la cruauté de sa maîtresse, ni elle de la légèreté de son amant (MS 62, I 81).
[227] La durée de l’amour et ce qu’on appelle ordinairement constance sont deux choses bien différentes: la première vient de ce que l’on trouve sans cesse dans la personne que l’on aime, comme dans une source inépuisable, de nouveaux sujets d’aimer, et l’autre vient de qu’on se fait un honneur de tenir sa parole (max. 176, I 185).
[228] Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la médecine, la prudence les assemble, elle les tempère et elle s’en sert utilement contre les maux de la vie (max. 182, I 191).
[229] Les biens et les maux qui nous arrivent ne nous touchent pas selon leur grandeur, mais selon notre sensibilité (MP 16).
[230] La curiosité n’est pas, comme l’on croit, un simple amour de la nouveauté: il y en a d’intérêt, qui fait que nous voulons savoir les choses pour nous en prévaloir; et il y en a une autre d’orgueil, qui nous donne envie d’être au-dessus de tous ceux qui ignorent les choses, et de n’être pas au-dessous de ceux qui les savent (max. 173, I 182).
[231] On est souvent reconnaissant par principe d’ingratitude (max. 226, I 240).
[232] On fait souvent du bien pour pouvoir faire du mal impunément (max. 121, I 125).
[233] Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois (max. 149, I 154).
[234] On peut connaître son esprit, mais qui peut connaître son cœur? (max. 103, I 113).
[235] Le vrai ne fait pas tant de bien dans le monde que le vraisemblable y fait de mal (max. 64, I 73).
[236] La petitesse de l’esprit fait l’opiniâtreté (cf. la maxime suivante).
[237] On ne croit pas aisément ce qui est au-delà de ce que nous voyons (pour cette maxime et la précédente: max. 265, I 288).
[238] Ceux qui prisent trop leur noblesse ne prisent d’ordinaire pas assez ce qui en est l’origine (MP 17).
[239] Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir, parce qu’on songe plus à paraître aux autres qu’à être effectivement ce qu’il faut être (max. 199, I 210).
[240] La jalousie ne subsiste que dans les doutes et ne vit que dans de nouvelles inquiétudes; l’incertitude est sa matière (max. 32, I 35).
[241] Le remède de la jalousie est la certitude de ce qu’on craint, parce qu’elle cause la fin de la vie ou la fin de l’amour; c’est un cruel remède, mais il est plus doux que les doutes et les soupçons (MP 18).
[242] Il est difficile de comprendre combien est grande la ressemblance et la différence qu’il y a entre tous les hommes (MP 19).
[243] C’est être véritablement honnête homme que de vouloir bien être examiné des honnêtes gens en tous temps et sur tous les sujets qui se présentent (max. 206, I 218).
[244] Le désir de vivre ou de mourir sont des goûts de l’amour-propre dont il ne faut non plus disputer que des goûts de la langue ou du choix des couleurs (max. 46, I 52).
[245] Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien (max. 238, I 253).
[246] Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le cœur de l’homme, c’est que l’on craint d’y être découvert (MP 20).
[247] De plusieurs actions diverses que la fortune arrange comme il lui plaît il s’en fait plusieurs vertus (max. I, I 293).
[248] On est sage pour les autres, personne ne l’est assez pour soi-même (max. 132, I 133).
[249] La confiance que l’on a en soi fait naître la plus grande partie de celle que l’on a aux autres (MS 47, I 258).
[250] On peut toujours ce qu’on veut, pourvu qu’on le veuille bien (max. 243, I 265 et 272, 1er état).
[251] La jeunesse est une ivresse continuelle; c’est la fièvre de la santé, c’est la folie de la raison (max. 271, I 295).
[252] Toutes les passions ne sont autre chose que les divers degrés de la chaleur et de la froideur du sang (MS 2, I 13).
[253] Comme c’est le caractère des grands esprits de faire entendre avec peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits en revanche ont l’art de parler beaucoup et de ne dire rien (max. 142, I 145).
[254] De toutes les passions celle qui est la plus inconnue c’est la paresse, elle est la plus violente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible et que les dommages qu’elle cause soient très cachés; si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu’elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs; c’est le petit poisson qui a la force d’arrêter les plus grands navires, c’est une bonace plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et les plus grandes tempêtes; le repos de la paresse est un charme secret de l’âme qui suspend soudainement ses plus ardentes poursuites et ses plus opiniâtres résolutions, et enfin, pour donner la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est une béatitude de l’âme qui la console de toutes ses pertes et la fait renoncer à toutes ses prétentions (MS 54, I 290).
[255] La magnanimité méprise tout pour avoir tout (max. 248, I 270).
[256] L’homme est si misérable que, tournant toutes ses conduites à satisfaire ses passions, il gémit incessamment sous leur tyrannie; il ne peut supporter ni leur violence ni celle qu’il faut qu’il se fasse pour s’affranchir de leur joug; il trouve du dégoût non seulement dans ses vices, mais encore dans leurs remèdes, et ne peut s’accommoder ni des chagrins de ses maladies ni du travail de sa guérison (MP 21).