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Jean-Christophe Tome IV

Электронная книга - «Jean-Christophe Tome IV». Краткое содержание книги:

Vaste roman cyclique, ce roman fleuve est un signe d'amour et d'espoir adressé à la génération suivante. Le héros, un musicien de génie, doit lutter contre la médiocrité du monde. Mêlant réalisme et lyrisme, cette fresque est le tableau du monde de la fin du XIXème siècle au début du vingtième.
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– Je viens avec toi, dit Kunz.

Il rentra pour déposer la lampe, et revint aussitôt. Les deux vieux s’en allèrent, bras dessus bras dessous. Pottpetschmidt habitait à l’autre bout du village. Schulz et Kunz échangeaient des mots distraits, en ruminant la nouvelle. Tout à coup, Kunz s’arrêta, et tapa le sol, de sa canne:

– Ah! tonnerre! fit-il… Il n’est pas ici!…

Il se rappelait maintenant que Pottpetschmidt avait dû partir dans l’après-midi pour une opération dans une ville voisine, où il devait passer la nuit et séjourner un jour ou deux. Schulz était consterné. Kunz ne l’était pas moins. Ils étaient fiers de Pottpetschmidt; ils eussent voulu s’en faire honneur. Ils restaient au milieu de la route, ne sachant que décider.

– Comment faire? Comment faire? demandait Kunz.

– Il faut absolument que Krafft entende Pottpetschmidt, disait Schulz.

Il réfléchit et dit:

– Il faut lui envoyer une dépêche.

Ils allèrent au télégraphe, et composèrent ensemble une dépêche longue et émue, à laquelle il était difficile de rien comprendre. Puis, ils revinrent. Schulz calculait:

– Il pourra être encore ici demain matin, en prenant le premier train.

Mais Kunz fit remarquer qu’il était trop tard, et que la dépêche ne lui serait remise sans doute que le lendemain. Schulz hocha la tête; et ils se répétaient:

– Quel malheur!

Ils se séparèrent à la porte de Kunz; car, quelle que fût l’amitié de celui-ci pour Schulz, elle n’allait pas jusqu’à lui faire commettre l’imprudence d’accompagner Schulz hors du village, ne fût-ce qu’un bout de chemin, qu’il lui eût fallu refaire seul, dans la nuit. Il fut convenu que Kunz viendrait dîner, le lendemain, chez Schulz. Schulz regardait le ciel, avec anxiété:

– Pourvu qu’il fasse beau, demain!

Et il eut un poids de moins sur le cœur, quand Kunz, qui passait pour se connaître admirablement en météorologie, dit, après avoir gravement examiné le ciel – (car il n’avait pas moins que Schulz le souci que Christophe vît leur petit pays en beauté).

– Il fera beau, demain.

*

Schulz reprit le chemin de la ville, où il parvint, non sans avoir trébuché plus d’une fois dans les ornières, ou contre les tas de pierres élevés le long de la route. Il ne rentra point chez lui, avant d’être passé chez le pâtissier, pour lui commander une certaine tarte, qui était la gloire de la ville. Puis, il revint à sa maison; mais, au moment d’y rentrer, il rebroussa chemin, pour s’informer à la gare de l’heure exacte de l’arrivée des trains. Enfin, il rentra, appela Salomé, et discuta longuement avec elle le dîner du lendemain. Alors seulement, il se coucha, harassé; mais il était aussi surexcité qu’un enfant, dans la veillée de Noël, et il se retourna toute la nuit dans ses draps, sans trouver un instant de sommeil. Vers une heure du matin, il eut l’idée de se lever, pour dire à Salomé de faire plutôt, pour le dîner, une carpe à l’étuvée; car elle réussissait merveilleusement ce plat. Il ne le lui dit pas: et il fit bien, sans doute. Il ne s’en leva pas moins pour arranger diverses choses dans la chambre qu’il destinait à Christophe; il prenait mille précautions, pour que Salomé ne l’entendît pas: car il craignait d’être grondé. Il tremblait de manquer l’heure du train, bien que Christophe ne dût pas arriver avant huit heures. Il fut debout de grand matin. Son premier regard fut pour le cieclass="underline" Kunz ne s’était pas trompé, il faisait un temps magnifique. Sur la pointe des pieds, Schulz descendit à sa cave, où il n’allait plus depuis longtemps, de peur du froid et des escaliers raides; il y fit un choix de ses meilleures bouteilles, se heurta rudement la tête contre la voûte, en remontant, et crut qu’il allait étouffer, quand il parvint au haut de l’escalier avec son panier chargé. Ensuite, il alla au jardin, armé de son sécateur: il coupa impitoyablement ses plus belles roses et les premières branches de ses lilas en fleurs. Puis, il remonta dans sa chambre, fit fiévreusement sa barbe, se coupa une ou deux fois, s’habilla avec soin, et partit pour la gare. Il était sept heures. Salomé ne réussit pas à lui faire prendre une goutte de lait; car il prétendit que Christophe n’aurait pas déjeuné non plus, quand il arriverait, et qu’ils mangeraient ensemble, au retour de la gare.

Il se trouva au chemin de fer, trois quarts d’heure en avance. Il se morfondit à attendre Christophe, et finalement le manqua. Au lieu d’avoir la patience de rester à la porte de sortie, il alla sur le quai, et perdit la tête au milieu du tourbillon des arrivées et des départs. Malgré les indications précises de la dépêche, il s’était imaginé, Dieu sait pourquoi! que Christophe arriverait par un autre train que celui qui l’amena; et d’ailleurs, il ne lui serait pas venu à l’idée que Christophe pût descendre d’un wagon de quatrième classe. Il resta plus d’une demi-heure encore à l’attendre à la gare, quand Christophe, arrivé depuis longtemps, était allé tout droit frapper à sa maison. Pour comble de malheur, Salomé venait d’en sortir, pour se rendre au marché: Christophe trouva porte close. La, voisine, que Salomé avait chargée de dire, au cas où quelqu’un sonnerait, qu’elle serait bientôt de retour, fit la commission, sans rien ajouter de plus. Christophe, qui n’était pas venu pour voir Salomé et qui ne savait même pas qui elle était, trouva la plaisanterie mauvaise; il demanda si le Herr Universitätsmusikdirektor Schulz n’était donc pas au pays. On lui répondit que si; mais on ne put lui dire où. Furieux, il s’en alla.

Quand le vieux Schulz rentra, la figure longue d’une aune et quand il apprit de Salomé, qui venait aussi de rentrer, ce qui s’était passé, il fut dans la désolation: il faillit pleurer. Il se mit en rage contre la sottise de la domestique, qui était sortie en son absence et qui n’avait même pas été capable de donner des instructions pour qu’on fît attendre Christophe. Salomé lui répondit, sur le même ton, qu’elle ne pouvait non plus s’imaginer qu’il serait assez sot pour manquer celui qu’il attendait. Mais le vieux ne s’attarda pas à discuter avec elle; sans perdre un instant, il dégringola de nouveau son escalier, et repartit à la recherche de Christophe, sur la piste très vague que les voisins lui indiquèrent.

Christophe avait été froissé de ne trouver personne, ni même un mot d’excuses. Ne sachant que faire, avant le prochain train, il était allé se promener dans les champs qui lui paraissaient jolis. C’était une petite ville tranquille, reposante, abritée entre des collines molles; des jardins autour des maisons, des cerisiers en fleurs, des pelouses vertes, de beaux ombrages, des ruines pseudo-antiques, des bustes blancs de princesses d’autrefois sur des colonnes de marbre au milieu de la verdure, des visages doux et gentils. Tout autour de la ville, des prairies, des collines. Dans les buissons fleuris, les merles sifflaient à cœur-joie, formant de petits concerts de flûtes rieuses et sonores. La mauvaise humeur de Christophe ne tarda pas à tomber: il oublia Peter Schulz.

Le vieillard parcourait en vain les rues, interrogeant les passants; il monta jusqu’au vieux château, sur la colline, au-dessus de la ville, et il revenait, navré, quand, de ses yeux perçants qui voyaient de très loin, il aperçut, à quelque distance un homme couché dans un pré, à l’ombre d’un buisson. Il ne connaissait pas Christophe: il ne pouvait savoir si c’était lui. L’homme lui tournait le dos, la tête à moitié enfouie dans l’herbe. Schulz rôdait sur la route, tournait autour du pré, le cœur battant:

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