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Le Voleur d'Or (Золотой вор)

Электронная книга - «Le Voleur d'Or (Золотой вор)». Краткое содержание книги:

продолжение серии книг про Фантомаса
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Si cependant les couples étaient heureux, et les amoureux étaient en majorité dans les restaurants de Robinson, si des arbres, de branche en branche, les éclats de rire dégringolaient en cascades, en averses de gaieté, il n’y avait point, ce dimanche-là à Robinson, que de tendres soupirants. À quatre heures, brusquement, un train avait amené, en effet, une foule d’individus, une dizaine de personnages qui n’appartenaient certainement pas à la clientèle ordinaire de ce pays du rire et de la gaieté.

Les hommes étaient coiffés de casquettes avachies, leurs vestons avaient une coupe étrange, leurs chemises de flanelle étaient déboutonnées au col, et leur seule élégance résidait en leurs bottines d’un jaune criard, aux tiges extravagantes, à la pointe des plus fines.

Les femmes qui les accompagnaient étaient pires qu’eux. Il y avait là deux ou trois brunettes dont le col s’ornait d’un ruban rouge, dont les jupons dégrafés tombaient perpétuellement, dont la gorge, dépourvue de tout corset, avait des houles inquiétantes et vraiment révélatrices.

Eux avaient fui les divertissements. Ils n’étaient entrés ni dans le bal musette, ni dans les tirs à la carabine. Ils avaient dédaigné le photographe qui opère à mi-côte et réussit en deux minutes votre portrait sur un aéroplane qu’il affirme véritable.

Ils n’avaient même pas eu un regard pour les chevaux étiques que malmenaient des cavaliers dont les culottes remontaient jusqu’aux genoux. À peine avaient-ils souri au passage de certaines amazones qui, dépourvues de toute notion d’équitation, se cramponnaient à leur selle sans souci du grotesque effet de leurs jupes relevées sur des jambes plus ou moins jolies, sur des bas à jours plus ou moins déchirés.

Tout simplement la bande, au sortir de la gare, avait tourné à droite, monté la côte, puis, obliquant à gauche à la fourche, s’était enfournée, engouffrée, engloutie dans un extraordinaire baraquement qu’il fallait assurément connaître pour croire que c’était là un mastroquet.

Nulle enseigne ne s’étalait à la porte, et pourtant, dès l’entrée, on était saisi par un âpre relent de boissons fortes. Il y avait là une petite salle dont les murs avaient été blanchis à la chaux, mais qui n’apparaissaient plus que noirs de crasse et surchargés d’inscriptions. On avait tant bu d’alcool en s’appuyant contre eux, tant de fois des doigts graisseux s’étaient essuyés sur leurs angles qu’ils paraissaient suinter le rhum et l’eau de vie.

Par contre, des flaques régnaient, indéfinissables, croupissantes, amoncelant des détritus, bouts de pain, ronds de saucisson, débris de cervelas, dans le carrelage absent qui laissait des trous sous les pas.

Le comptoir était chétif, il tenait à peine la largeur de la pièce. En revanche, il y avait deux tables boiteuses énormes, calées par des bouchons, et devant lesquelles se trouvaient deux bancs sur lesquels il était imprudent de s’asseoir, car leur solidité les reléguait depuis longtemps à un simple effet décoratif.

La bande entra là-dedans comme chez elle.

En tête venait un individu qui sitôt pénétré dans la boutique tapait un grand coup de poing sur le comptoir.

— Oh là, le tôlier !… Ous’que t’es, patron de malheur ?

On entendit un grand vacarme, des bruits de sabots qui se traînaient sur le sol, une porte s’ouvrit, laissant pénétrer une épouvantable odeur de pourriture ; le propriétaire du cabaret sortait de sa chambre.

Lui aussi valait d’être vu.

C’était un abominable bonhomme qui pouvait bien compter dans les quatre-vingts ans. Il portait une grande calotte noire, crasseuse à l’infini, qui recouvrait entièrement son front. Il avait un visage rouge et perpétuellement congestionné. Sur son nez, écrasé en pied de marmite, deux paires de lunettes chevauchaient. La bouche était édentée, le menton en galoche.

Ce bonhomme ne portait pas de veston, il était en bras de chemise. Mieux valait ne point contempler le reste de son accoutrement qui se dissimulait, d’ailleurs, derrière un tablier bleu, fort vieux décidément, et qui n’avait jamais dû connaître les soins du blanchisseur.

Tel quel, le propriétaire de ce bouge s’avançait avec un sourire et demandait d’une voix chevrotante :

— Oh ! mais, voilà de la compagnie !… Et qu’est-ce que c’est donc qu’il faut vous servir ?

— La ferme, tôlier de malheur !… On s’compte !

Et le personnage qui avait heurté le comptoir dénombrait en effet des compagnons :

— Combien qu’on est ? demandait-il.

Et il énonçait à voix haute :

— La Puce… Adèle… Marie-Salope… la Godasse… et c’est tout… Aux mecs, maint’nant.

Il nommait toujours son monde :

— Moi, d’abord, Mon-Gnasse… Œil-de-Bœuf et Bec-de-Gaz… Dégueulasse et Fumier… Qui encore ? Ah… Ma-Pomme… Tiens, où est donc Bouzille ?

Bouzille avait été vu au départ, mais personne ne savait s’il avait réellement pris le train ou s’il était resté à Paris.

— Ça ne fait rien ! conclut Mon-Gnasse, Bouzille se retrouvera bien toujours !… De la graine comme ça, ça pousse tout seul !… Sûr’ment que l’bonhomme arrivera à ses cent ans sans qu’on l’aide à manger sa soupe…

Ayant cependant vérifié ceux qui l’accompagnaient, Mon-Gnasse se retournait vers le patron :

— Et alors, vieil idiot, commençait-il, qu’est-ce qu’il y a dans ta cambuse ?

Le patron du bouge semblait ahuri quelque peu. Il n’avait peut-être jamais vu une clientèle si nombreuse en son établissement.

— Il y a d’tout, mon bon monsieur, il y a d’tout !

— Bon ! riposta Mon-Gnasse. Il y a d’tout en trois bouteilles, alors, car ta bibliothèque a plutôt l’air mal garnie…

Puis sans consulter personne, car il connaissait bien les goûts de chacun, Mon-Gnasse commanda :

— Des mominettes pour tout l’monde ! Sans sucre pour les gonces et avec du fondant pour les juponnées… Allez, grouille, foutriquet !

Le patron du bouge, cependant, commençait à perdre littéralement la tête.

— C’est que… commença-t-il, je ne sais pas si…

— Attends, vieux fourneau, repartit Mon-Gnasse, tu vas voir si je te vas t’écraser les puces pour t’apprendre à faire subito !… Qu’est-ce que t’as ?

Mon-Gnasse achevait sa commande en la ponctuant d’une bourrade qui coupait en deux la respiration au chétif vieillard.

Cela fait, Mon-Gnasse revenait vers le milieu de la boutique, empoignant la Puce par les hanches, la soulevant en l’air, et la forçant à valser.

— Non, mais laisse-moi donc ! hurla la fille. T’es pas piqué, des fois ? Tu m’fais mal, eh ! veau !

— Bon, bon, j’ai rien senti ! rétorquait-il. Et puis, c’est pas tout ça, c’est l’printemps qui m’travaille, j’ai des fourmis dans les guibolles… Vive le sexe !…

Marie-Salope, précisément, s’occupait dans un coin à nouer son chignon, qui s’était défait. Cela mettait en gaieté Mon-Gnasse, qui était d’excellente humeur.

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