La Perle de l'Empereur [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #6
- Год: 2001
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La Perle de l'Empereur [fr]». Краткое содержание книги:
— C’est cela que vous vouliez lui faire avouer ? hasarda Marie-Angéline sans trop avoir l’air d’y toucher…
— Pas seulement ! Ce que je veux, c’est savoir où se cachent les assassins ! Et il faudra bien qu’elle me le dise parce que je reviendrai… et pas seule !
La voilette dissimula le sourire de satisfaction de la vieille fille. Cette grosse femme lui fournissait une entrée en matière idéale sans s’en douter le moins du monde. D’ailleurs, sur cette menace elle s’engouffra dans l’escalier qui protesta sous son poids, sortit en bousculant la concierge et poursuivie par les imprécations de celle-ci, rejoignit le taxi du colonel Karloff arrêté de l’autre côté du boulevard près du métro aérien. Mais de ce dernier épisode, Marie-Angéline ne fut pas témoin occupée qu’elle était à pénétrer aussi discrètement que possible dans l’appartement resté grand ouvert. Après avoir posé les pieds sur les patins de feutre qui protégeaient le parquet ciré, elle navigua en se laissant guider par le bruit des sanglots, traversa une petite entrée obscure, une salle à manger ennoblie par le rituel samovar de cuivre et un palmier en pot, de cuivre lui aussi, et arriva au seuil d’une chambre dans laquelle une femme en larmes était assise dans un fauteuil, enveloppée dans une robe de chambre rose et un pied bandé posé sur un tabouret devant elle.
— Oh, mon Dieu ! s’écria-t-elle en joignant les mains. Vous êtes blessée, pauvre dame ! Et cette affreuse créature qui vous criait dessus ! Il y a vraiment des gens qui n’ont aucun sens de la bienséance… voire de la simple charité chrétienne !
L’entrée de cette nouvelle figure et son petit discours séchèrent d’un seul coup les larmes de Mme Solovieff.
— C’est bien aimable à vous de me dire cela, mais qui êtes-vous ?
— Je suis l’envoyée de l’Aide aux réfugiés.
— Lesquels ? Vous n’êtes pas russe.
— Non, mais la princesse Murat qui préside cette œuvre ne l’est pas non plus. Moi je suis Mlle du Plan-Crépin, secrétaire de la princesse Lopoukhine qui est trop âgée pour se déplacer. Je viens voir si nous pouvons faire quelque chose pour vous.
— Vraiment ? Je ne suis plus la pestiférée, alors ? On consent à regarder la fille de Raspoutine autrement que comme un paquet de boue ? Eh bien, je n’ai pas besoin de vous ! Je travaille, moi !
— Avec ce pied ? Vous êtes danseuse, m’a-t-on dit. Que vous est-il arrivé ?
— Une foulure stupide… Mais je suis aussi chanteuse et…
— J’en suis ravie, cependant je vous vois mal en scène avec ce gros pansement et une paire de béquilles. Soyez raisonnable, ma chère, et parlons un peu ! soupira Marie-Angéline en s’asseyant sans qu’on l’en eût priée.
Là, elle ôta ses gants, les posa sur ses genoux et se mit à les lisser comme si sa vie en dépendait, sous l’œil réprobateur de Marie.
— Je viens de vous dire que je n’ai pas besoin de vous. Allez-vous-en ! jeta celle-ci.
— On peut toujours parler. Est-ce que quelqu’un s’occupe de vous ?
— Ma voisine. Pour l’instant elle conduit mes filles faire une promenade. Et puis j’ai aussi mon compagnon. Et il n’aimerait pas vous voir ici !
— Pourquoi donc ? Je viens vous apporter du réconfort et un peu d’argent. Mais je suis surprise d’apprendre que vous avez des enfants. Est-ce que la femme qui vient de sortir le sait ?
— Je n’en sais rien et puis ça m’est égal.
— Vous ne devriez pas. Recevoir des menaces de mort, c’est fort ennuyeux, mais quand on a de la famille c’est encore pire.
— Comment savez-vous cela ?
— Elle m’a dit que vous êtes complice d’un meurtre et qu’elle entend vous le faire payer. Ne devriez-vous pas demander l’aide de la police ?
À la lueur d’effroi qui s’alluma dans les yeux noirs de la femme, Marie-Angéline comprit qu’elle touchait une corde sensible et que Marie n’avait aucune envie de voir les autorités s’inscrire dans son paysage familial.
— Je n’ai pas besoin de la police. J’ai assez d’amis pour me protéger.
— De vos ennemis peut-être, mais peuvent-ils aussi vous préserver justement de la police ?
— Que voulez-vous dire ?
— Que vous avez eu de la chance jusqu’à présent parce que l’homme qui vous a vue dans la maison de Piotr Vassilievich est un vrai gentilhomme incapable de livrer une femme. Mais il pourrait changer d’avis.
— Alors ce ne serait plus un gentilhomme, comme vous dites.
— D’autres pourraient s’en charger. La femme qui sort d’ici, par exemple ?
Marie Solovieff haussa furieusement les épaules :
— On voit bien que vous n’êtes qu’une occidentale ignare. C’est une tzigane et ces gens-là ne vont jamais voir la police. Ils règlent leurs affaires eux-mêmes. Mais comment savez-vous ça ? Vous êtes un flic ?
La mine offensée de Marie-Angéline en dit plus qu’un long discours :
— Pour qui me prenez-vous ? Je suis seulement une amie de celui qui ne vous a pas livrée mais qui souhaiterait avoir un entretien… sans témoin avec celui que vous servez.
— Moi, je sers quelqu’un ?
— Il n’y a là rien de honteux surtout quand la cause est belle, et la vôtre serait… impériale ?
La Russe rougit, ce qui lui allait bien d’ailleurs, et parut se détendre imperceptiblement :
— Comment s’appelle votre ami ? Celui qui n’a pas parlé de moi ?
— Le prince Morosini. Il est vénitien, antiquaire, collectionneur et expert en joyaux anciens. Il souhaite vivement rencontrer celui qui se fait appeler Napoléon VI. Mais le rencontrer… entre hommes, face à face et dans un lieu qui conviendrait au futur empereur.
— Que lui veut-il ?
— Je ne sais pas. Parler d’avenir et peut-être l’aider, si sa filiation était établie, à recouvrer une partie au moins des anciens Joyaux de la Couronne. Personne ne sait mieux que lui où ils sont. Ne pouvez-vous nous aider à arranger cette rencontre ? Tout au moins lui en parler ?
Le ton grave, chaleureux même et persuasif de Marie-Angéline changeait peu à peu l’atmosphère. Marie Solovieff parut tout à coup très ennuyée.
— Ce que vous dites est très intéressant et je suis heureuse d’apprendre qu’il se trouve des gens capables de se rendre compte de ce qu’il représente. C’est un grand homme, vous savez ? Ses plans d’avenir parlent de paix, d’entente entre les hommes. Même si, pour l’instant, les événements le contraignent à employer la violence…
— Nous n’en doutons pas un seul instant, ma chère. Et c’est pourquoi le prince appelle de ses vœux une entente…
— Je voudrais bien vous aider ! soupira Marie Solovieff. Seulement je ne sais pas où il est en ce moment.
— Oh, il n’y a pas le feu et nous pouvons attendre. Une entrevue de cette importance se prépare avec soin. Donnez-moi seulement son adresse…
— Je ne la connais pas.
— Vraiment ? C’est difficile à croire.
— Pour vous peut-être, mais pas pour moi. Il est normal qu’il s’entoure de quelque mystère sinon il n’aurait guère de chance de mener à bien son destin. Donc il se cache et c’est naturel…
— Croyez-vous ? Lorsque l’on a confiance dans ses fidèles…
— On peut faire confiance sans tout révéler. Ainsi, moi j’ai entendu sa parole, fit Marie d’un ton extatique, mais je ne l’ai jamais vu…
— Voilà qui est encore plus incroyable, dit Marie-Angéline en se demandant si cette femme ne se payait pas sa tête. Comment se vouer à quelqu’un sans le connaître ? Comment l’entendre sans le voir ?
— Ceux qui servent le Christ le font depuis des siècles, s’écria la fille de Raspoutine en se signant plusieurs fois à toute vitesse. Mais quand je dis que je ne l’ai jamais vu, ce n’est pas l’exacte vérité. En fait, je me suis trouvée plusieurs fois en sa présence, mais je n’ai jamais vu son visage. Je ne connais de lui qu’une haute silhouette noire, pleine d’élégance dans un pardessus au col toujours relevé, un chapeau noir au bord baissé… mais je sais, ajouta-t-elle d’une voix vibrante, qu’au jour de la victoire finale il se révélera à moi comme il me l’a promis car il m’a choisie…