Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1981
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-00714-X
- Переводчик: Robert Louit
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Shadrak dans la fournaise [Shadrach in the Furnace - ru]». Краткое содержание книги:
— Combien de temps ferez-vous des expériences sur les humains avant d’être prêts à… à…
— À opérer le transfert du président ?
— Oui.
— C’est difficile à dire, fait Nikki en haussant les épaules. Ça dépend des problèmes que nous poseront les premières implantations. Si l’adaptation psychologique soulève des difficultés inattendues, si le transfert provoque des aberrations psychotiques, une dépression, une hémorragie d’identité ou quelque chose du même ordre, il pourrait s’écouler des mois, voire des années, avant que nous osions installer Gengis Mao dans un nouveau corps. Les expériences menées sur des animaux ne semblent pas indiquer que de telles choses doivent se produire, mais l’esprit humain est plus complexe qu’un cerveau d’épagneul, et il faut bien envisager la possibilité qu’un esprit complexe réagisse de façon complexe à un événement aussi traumatisant qu’une substitution de corps. Aussi agirons-nous avec précaution. À moins, naturellement, que l’imminence de la mort du khan ne rende nécessaire un transfert d’urgence, auquel cas je suppose qu’il faudra se jeter à l’eau et voir ce qui arrivera. Mais nous ne sommes pas très chauds pour cette solution, évidemment.
— Évidemment, répète Shadrak avec une pointe d’ironie.
— Nous préférerions que tout se déroule dans l’ordre. Une phase d’expérience sur des sujets humains, puis, si les résultats sont satisfaisants, nous aimerions procéder à deux ou trois transferts préliminaires de Gengis Mao avant de…
— Quoi ?
— Oui. Nous insérerions l’implant-Gengis Mao dans plusieurs corps à titre temporaire, de manière à évaluer les réactions du président au phénomène du transfert et à savoir quels ajustements pourront se révéler nécessaires afin de…
— Et que ferez-vous de tous ces Gengis Mao supplémentaires ? demande Shadrak. S’en constituer un stock illustre magnifiquement le principe de la redondance, j’en conviens. Mais s’ils se mettent tous à donner des ordres en même temps, ça pourrait vous…
— Mais non, fait Crowfoot. Nous n’avons nullement l’intention de laisser le programme Gengis Mao en place chez l’un quelconque des sujets d’expérience. Cette sorte de redondance est à éviter absolument, en la circonstance. Chaque sujet serait purgé après les tests. Nous procéderions à un véritable curetage mental.
— Ah ! Bien sûr. À supposer que le sujet soit d’accord.
— Que veux-tu dire ?
— N’oubliez pas qu’une fois le transfert effectué, vous n’aurez plus affaire à un vague minus, mais à Gengis Mao revêtu d’un nouveau corps. Vous devrez faire face à l’esprit dominant de notre époque. Ça pourrait vous créer des problèmes.
— J’en doute, répond Nikki sur un ton désinvolte. Nous prendrons des précautions. Viens par ici, veux-tu ?
Elle le mène devant une vaste banque de données, un mur gris-vert hérissé de tout un incompréhensible attirail. Ici se trouve stockée l’essence codée de Gengis Mao, lui apprend-elle, tout ce qui a été enregistré jusqu’à présent, une représentation numérique presque complète et capable de réagir aux stimuli exactement comme le vrai Gengis Mao, et ce selon un rapport de probabilité poussé jusqu’à la septième ou à la huitième décimale. Nikki s’offre à faire la démonstration de cette gengis-maoïtude au moyen de quelques brefs programmes de simulation, mais Shadrak, soudain démoralisé, ne manifeste que peu d’intérêt ; elle le traîne devant quelques autres merveilles d’Avatar, sans obtenir de réaction plus enthousiaste, puis, comme si elle venait enfin de se rendre compte que Shadrak a cessé de jouer la comédie de l’émerveillement devant ses prouesses technologiques, elle le fait entrer dans son bureau privé et referme la porte à clé.
Les voici face à face, séparés par moins d’un mètre, et il sent soudain monter en lui un désir physique intense, inattendu. La violence de son excitation le frappe de stupeur. Il croyait tout désir pour elle évanoui à jamais, depuis la découverte de sa trahison. Il n’en est rien. Le désir est toujours là, et toujours aussi fort. L’attrait de son corps lisse et cuivré, le souvenir de son odeur, l’éclat de ses grands yeux sombres et perçants. Sa princesse indienne, Pocahontas, Sacajewea. Même à présent, même à présent, il la veut. Il ne voit plus la chercheuse dont l’ingéniosité a scellé sa perte ; il ne voit plus que la femme, belle, passionnée, irrésistible. Et il ne doute pas qu’elle éprouve à l’instant même une attraction pareille à celle qui s’exerce sur lui.
Après tout, cela ne devrait pas tellement l’étonner. Ils se retrouvent face à face, un homme et une femme ; ils ont été amants pendant des mois ; ils sont seuls, la porte est fermée à clé. Pourquoi le désir ne naitrait-il pas entre eux, en dépit de tout ? Shadrak est tout de même un peu sidéré par ce brusque branchement érotique. L’irruption du sexe sur fond de trahison, de déprime et de catastrophe imminente a quelque chose d’incongru et de déplacé, de bizarre et de malvenu.
Il affecte de ne rien ressentir, ne fait pas un geste.
— Comment t’en sors-tu, Shadrak ? demande-t-elle, non sans tendresse, au bout d’un moment. C’est dur ?
— Je me cramponne.
— As-tu peur ?
— Un peu. Mais c’est sans doute de la colère plus que de la peur.
— Est-ce que tu me hais ?
— Je ne hais personne. Ce n’est pas dans ma nature.
— Je t’aime encore, tu sais.
— Arrête, Nikki.
— Mais c’est vrai. C’est ça qui me déchire depuis des semaines.
Le souci qu’elle se fait à son sujet est tellement tangible qu’il constitue comme une troisième présence matérielle dans la pièce.
— Je ne veux pas en entendre parler, dit-il.
— Tu vois bien que tu me hais.
— Non. C’est simplement que tes remords ne m’intéressent pas.
— Ni mon amour ?
— Tel quel ?
— Tel quel.
— Je ne sais pas. Je ne tiens pas à ce qu’on me bousille la tête plus qu’elle ne l’est déjà.
— Que vas-tu faire, Shadrak ?
— Comment ça, que vais-je faire ?
— Tu ne vas pas rester à Oulan-Bator.
— Tout le monde me pousse à déguerpir.
— Oui.
— Ça n’arrangerait rien.
— Tu pourrais sauver ta peau.
Il secoue la tête.
— Je n’y arriverais pas. Toute la planète est espionnée, Nikki. Va passer un quart d’heure à Surveillance Vecteur Un et tu en seras convaincue. Tu le sais déjà. Tu m’as dit toi-même qu’il était impossible de fuir. Il y a des traceurs pour tout le monde. D’ailleurs, ma disparition ruinerait ton projet.