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Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:

Trois scénaristes et une romancière se retrouvent un matin dans le bureau du directeur d'une grande chaîne de télévision. Celui-ci va leur confier la rédaction d'une nouvelle série qu'ils devront entièrement créer. Ça commence un peu comme un conte de fée pour ces quatre écrivains plus ou moins ratés. Seulement ils apprennent très vite que la série n'existera que pour remplir les quotas minimums de fictions françaises sur la chaîne. Et donc qu'elle sera diffusée en plein milieu de la nuit. Pour nos quatre protagonistes la question de travailler à blanc ne se pose pas longtemps : ils ont besoin d'argent. En plus l'horaire de diffusion leur permet d'avoir toutes les libertés scénaristiques (à partir du moment où ça coûte le moins cher possible). Ce livre se déroule entre critique acerbe du milieu de la télévision et portrait attendrissant de quatre personnages complexes et troublants. Il pose également la question de la création artistique, de l'engagement que cela demande, de sa force et de sa faiblesse. Enfermés tous les quatre dans une pièce avec ordinateurs, télévisions, à se gaver de pizzas et de vodka poivrée, ils vont finir par créer une saga qui va finalement bouleverser leur vie. Ce livre passe par plusieurs étapes littéraires : on est tout d'abord dans le roman contemporain assez classique, avec des personnages un peu paumés mais sympathiques, puis petit à petit s'installe une analyse des coulisses de la télévision, on passe ensuite par une société décrite dans une certaine folie. Et on atteint la surenchère , dans une sorte d'histoire proche de la science fiction où la folie semble habiter tous les protagonistes. Vraiment un excellent livre, haletant, qui mène son lecteur de rebondissements en découvertes humaines époustouflantes !
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– Ça ne te ressemble pas.

– Je l'ai fait quand même.

– Et alors?

– L'effet de réel est assez fort, on y croit jusqu'au bout. En revanche, la psychologie des personnages est très surprenante. Je n'ai pas trouvé l'après aussi sinistre qu'on le dit, mais je n'aurais jamais imaginé cette rupture de ton brutale quand je suis sorti de la chambre. Brusquement, j'ai compris qu'il y avait dans tout ce cérémonial sordide un peu d'altruisme, un peu de bienveillance pour le client. Malgré quelques poncifs dans son dialogue, cette fille a réussi à me faire comprendre qu'elle faisait ça pour moi. Pour nous, les garçons. Une espèce de mission, quoi. Il faut vraiment y être passé pour le croire mais c'est la pure vérité. Si j'écrivais la séquence de la pute au grand cœur, personne n'y croirait, et pourtant cette dimension existe.

– Mais ce n'est pas vraisemblable.

– Donc je ne l'écrirai pas. Les putes garderont ce secret pour les pauvres mecs qui viendront taper à leur porte, et le public n'en saura jamais rien.

J’ai laissé ma vie de côté, je ne suis plus à deux mois près. Après tout, est-ce si important que ça, de vivre sa vie, quand vingt millions d'individus vous suivent pas à pas, en toute confiance? La confiance… La confiance… Toute cette confiance me gêne. Je ne suis pas un type à qui il faut faire confiance. C'est sans doute qui me fait peur dans le rôle de père. La confiance infinie de l’enfant, cette chose tellement pure qu'on n'en dort plus la nuit de peu de commettre une erreur. Je n'ai jamais demandé à personne de me faire confiance.

*

Pourtant, durant ces deux mois, nous avons vécu un très joli moment. Un vrai moment. Un de ceux qui, parfois, nous font dire que cette Saga en valait la peine. Tout a commencé comme une mauvaise blague et personne ne peut dire comment ça finira. C'était le jour de la Saint-Marc, le 25 mai, mais ce n'est pas moi qui ai eu le cadeau, c'est Jérôme.

La veille, je suis allé chercher Dune à l'aéroport. Lina n'a pas compris pourquoi tant de sollicitude pour un personnage de troisième rang. Séguret a quand même payé rubis sur l'ongle tous les frais, sans discuter, persuadé qu'il s'agissait d'un dernier caprice. Quand je l'ai vue sortir de son avion, c'est exactement ce à quoi elle ressemblait, un caprice. Aussi belle que ça. Sur le chemin du retour, ma main crispée sur le levier de vitesse a effleuré sa cuisse et j'ai eu la preuve qu'il s'agissait d'un être de chair. En fait, elle n'est ni un caprice ni un mirage, mais bel et bien un scandale. Un scandale de femme.

– Vous êtes… heu, je veux dire… vous… Vous parlez aussi le français…?

– Je l'oublie depuis que mon ancienne colocataire est partie. Elle était native de Guermantes et faisait des phrases longues comme le bras! C'est drôle, non?

J'ai poussé un petit rire de connivence sans comprendre le moins du monde pourquoi c'était drôle. Le soir même, j'ai regardé dans le dictionnaire. Tout ça avait à voir avec Proust.

– Alors comme ça, vous êtes comédienne?

– Pas du tout, je termine un doctorat de japonais à l'univers du Montana. C'est l'amie d'une amie qui a vu la petite annonce votre agence de casting. On cherchait une fille pour un soap français, elle m’a dit: Oona, c'est toi qu'ils veulent! Elle est d'origine Hopi elle aussi, mais c'est moi qu'ils ont retenue. À dire vrai, jen’ai pas cherché à comprendre pourquoi ils avaient besoin d'une file comme moi, j'ai accepté parce je peux gagner l'équivalent de deux ans d'un temps partiel dans une pizzeria. Je les ai prévenus: je ne suis pas une actrice. Mais ils m'ont dit que ça n'avait aucune importance, l'important était que j'existe.

– Nous avions tous très envie que vous existiez…

– Il y a une partie du dialogue en japonais?

– Je ne crois pas.

– Et cette Dune, elle doit lancer le boomerang?

– Parce que, forcément, vous savez lancer le boomerang.

– Vous ne le répéterez pas?

– Juré.

– J'ai prétendu que je savais et j'ai appris entre-temps, pour les besoins du rôle.

– …

– Je ne regrette pas, du reste. C'est un geste très sensuel et une superbe parabole de la solitude.

– …

Je l'ai attendue dans le hall de son hôtel, le temps pour elle de prendre une douche et de passer «quelque chose de moins squaw». Avant d'aller sur le plateau pour rencontrer Séguret et le réalisateur, je lui ai demandé si ça ne l'ennuyait pas de passer voir les scénaristes.

– Pourquoi pas? Après tout, ils en savent plus sur Dune que tous les autres.

– Surtout Jérôme, c'est lui qui a eu l'idée du personnage.

– Vous croyez que je vais… comment dites-vous, en français… «faire l'affaire»?

– …

Mathilde et le Vieux nous attendaient, curieux, excités comme des gamins. En la voyant, Tristan m'a dit en douce que son frère ne tiendrait pas le coup. C'est ce que nous pensions tous.

Et puis, il est entré, les bras chargés de sacs en papier kraft, avec sa barbe de deux jours, ses Stan Smith trouées et son Jean blanc à faire peur.

– Il charrie, le polack. Vingt balles la boîte de Vache Qui Rit et il te vend le litre de cahors au prix du margaux.

Il a posé les sacs, grognon, sans même regarder vers nous.

– Ça existe aussi en France, la Vache Qui Rit? a demandé Oona, sincère.

Et Jérôme s'est retourné. Vers elle.

Il y a eu du silence.

Elle serait brune. Avec des cheveux longs et raides comme des baguettes.

– Oona, nous vous présentons le dernier de cette belle équipe: Jérôme.

– Enchantée, dit-elle en lui tendant la main, si j'ai bien compris, c'est grâce à vous si Dune existe et si je suis ici aujourd'hui.

– …?

Il faudrait qu'elle ait les yeux très bleus et que sa peau soit mate, un peu cuivrée, comme une indienne Zuni, et puis…

– Tu ne dis pas bonjour à Oona?

– … Oona?

Elle aurait un sourire imperceptible, comme une geisha. Elle aurait des jambes interminables et une poitrine discrète. Mais cuivrée, aussi, la poitrine.

– Je peux faire une Dune acceptable?

– …?

– Dis-lui qu'elle fera une Dune formidable, Jérôme.

Le moindre de ses gestes donnerait une impression de sérénité, on lirait en elle comme dans un livre ouvert et son rire coulerait comme une petite rivière.

– Quelqu'un peut me montrer le script? Je ne l'ai pas encore lu.

– Vous faites juste une apparition cet après-midi et vous aurez toute la soirée pour apprendre le dialogue de demain.

– Quand je pense qu'hier encore je m'acharnais à transcrire un haïku entre deux hamburgers à servir. Et aujourd'hui je suis à Paris, à jouer les Catherine Deneuve! Nous sommes faits de l'étoffe de nos rêves!

Son français aurait une petite pointe d’accent. Dans des circonstances très précises, elle choisirait le japonais sans que personne ne sache pourquoi. Parfois elle citerait Shakespeare dans le texte. Et si en plus de ça elle sait lancer le boomerang…

– Je vous accompagne au studio, a dit Mathilde.

Elle lui a emboîté le pas, tout sourire, et s'est retournée vers nous avant de sortir.

– Ne me laissez pas toute seule à Paris! Si personne ne veut s'occuper d'Oona, prenez soin de Dune.

Puis elles sont parties, toutes les deux.

Mais cette fille-là n'existe pas…

Jérôme s'est assis sur le canapé.

– On est combien sur cette putain de planète?

– Cinq milliards.

– On fait le plus beau métier du monde.

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