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Электронная книга - «Saga». Краткое содержание книги:

Trois scénaristes et une romancière se retrouvent un matin dans le bureau du directeur d'une grande chaîne de télévision. Celui-ci va leur confier la rédaction d'une nouvelle série qu'ils devront entièrement créer. Ça commence un peu comme un conte de fée pour ces quatre écrivains plus ou moins ratés. Seulement ils apprennent très vite que la série n'existera que pour remplir les quotas minimums de fictions françaises sur la chaîne. Et donc qu'elle sera diffusée en plein milieu de la nuit. Pour nos quatre protagonistes la question de travailler à blanc ne se pose pas longtemps : ils ont besoin d'argent. En plus l'horaire de diffusion leur permet d'avoir toutes les libertés scénaristiques (à partir du moment où ça coûte le moins cher possible). Ce livre se déroule entre critique acerbe du milieu de la télévision et portrait attendrissant de quatre personnages complexes et troublants. Il pose également la question de la création artistique, de l'engagement que cela demande, de sa force et de sa faiblesse. Enfermés tous les quatre dans une pièce avec ordinateurs, télévisions, à se gaver de pizzas et de vodka poivrée, ils vont finir par créer une saga qui va finalement bouleverser leur vie. Ce livre passe par plusieurs étapes littéraires : on est tout d'abord dans le roman contemporain assez classique, avec des personnages un peu paumés mais sympathiques, puis petit à petit s'installe une analyse des coulisses de la télévision, on passe ensuite par une société décrite dans une certaine folie. Et on atteint la surenchère , dans une sorte d'histoire proche de la science fiction où la folie semble habiter tous les protagonistes. Vraiment un excellent livre, haletant, qui mène son lecteur de rebondissements en découvertes humaines époustouflantes !
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– Il me reste encore trois semaines de tournage sur le film de Hans, et on m'a déjà proposé autre chose. Vous ne m'avez pas seulement ressuscitée dans la Saga, mais aussi dans la vie, dans mon métier. Je ne suis plus Madame Sparadrap. Je ne sais pas comment vous remercier.

Elle regarde sa montre sans manifester de signe d'impatience Mathilde, Jérôme, le Vieux et moi, pensons exactement la même chose en la voyant rire et bouger: nous avons fabriqué un peu de bonheur.

Mais le bonheur, c'est connu, ne songe qu'à fuir dès qu'il entend son nom.

Elisabeth perd son sourire.

– En fait si, je sais comment vous remercier, mais croyez bien que j'aurais préféré trouver mieux. Je tourne autour depuis le début du dîner…

Elle ressemble tout à coup au toubib que Walter consulte, avec cette même tête de celui qui va annoncer un cancer.

– Je suppose que personne ne vous a parlé de la seconde saison de la Saga.

– …?

– … La seconde… quoi?

– Les six acteurs principaux sont déjà sous contrat pour la suite du feuilleton, personne d'autre n'est au courant. Je le sais parce que Séguret m'a proposé de revenir. Ils ont recruté une seconde équipe de scénaristes qui travaillera tout l'été et le retour de Saga sera annoncé à la rentrée. Jessica a déjà le manuscrit du premier épisode chez elle. Je peux vous assurer que les enjeux sont tellement forts que le secret sera particulièrement bien gardé, surtout autour de vous. Quitte à trahir quelqu'un je préfère trahir Séguret. Excusez-moi de vous annoncer ça aussi brutalement.

Elle se lève, regarde sa montre, saisit sa valise. Elle n'ose pas nous embrasser.

– Ils vous haïssent, tous les quatre.

Elle se retourne une dernière fois et sort du restaurant.

*

Le lendemain, nous n'avons pas travaillé. Il fallait attendre que Louis se débrouille pour en savoir plus avant de faire le moindre geste. Chacun de nous avait envie d'accuser seul ce coup de marteau derrière le crâne. J'ai passé la journée affalé dans un fauteuil, le nez en l'air.

Notre contrat stipule que personne d'autre que nous n'a le droit de toucher aux 80 épisodes de la Saga, mais rien n'empêche la chaîne de lancer une seconde série après nous avoir débarqués. Comment avons-nous pu être assez naïfs pour penser que Séguret voulait, comme nous, limiter la Saga dans le temps.

Nous sommes les plus mauvais scénaristes du monde pour n'avoir pas vu venir un coup pareil.

Crétins que nous sommes.

Imbéciles.

Nous méritons ce qui nous arrive.

Le Vieux a appelé pour dire qu'il avait encore besoin d'une journée. Aujourd'hui, je suis resté sur un banc de square pendant des heures. J'ai beau être athée, je n'ai pas pu m'empêcher de traîner mes pas dans une église pour y chercher un peu de silence.

*

Les trois autres sont déjà là. Tristan a ses écouteurs dans les oreilles. Le Vieux est assis d'une fesse sur son bureau, nous ne pouvons détourner les yeux du manuscrit qu'il tient en main.

– Comment as-tu fait pour l'avoir, Louis?

– Comme un petit chapardeur. Je suis passé tard à la production, j'ai attendu que tout le monde s'en aille et j'ai fouillé pendant des heures jusqu'à ce que je trouve une disquette dans un tiroir du bureau de Séguret. J'en ai fait une copie et l'ai remise à sa place.

Je lui demande s'il a lu l'épisode.

– Je n'ai pas pu résister. Faites-en des photocopies, on en reparle dans une heure.

*

Jérôme a terminé en même temps que moi et nous avons attendu Mathilde en silence. Aucun de nous trois n'a envie de se prononcer le premier.

– On ne peut pas dire que c'est compliqué à lire, dit-elle, c'est déjà un bon point pour eux.

– C'est même plus fluide que ce qu'on fait, dit Jérôme.

– C'est pro.

– C'est calibré.

– C'est rond.

On peut le dire comme ça.

À la lecture de cet épisode 81, je viens de comprendre que le détournement de personnage n'est pas la pire chose qui puisse arriver à un scénariste. Le comble est atteint quand un autre que lui essaie de marcher dans ses traces et tente vainement de lui rester fidèle. Un peu comme si on trouvait le pardon pour une faute que l'on n'a pas commise.

Jonas devient une sorte de héros, un flic conscient de son devoir, il fout Menendez en prison en deux coups de cuillères à pot.

Mordécaï fait don de toute sa fortune à l'enfance déshéritée.

La Créature est envoyée dans un centre de réadaptation.

Mildred fait une fausse couche, mais elle s'en remet vite et retourne aux États-Unis pour suivre une brillante carrière universitaire.

Walter guérit de son cancer et Fred s'occupe désormais d un moteur économique et non polluant.

Camille a retrouvé le goût de vivre, elle veut donner un enfant à Jonas.

Hélas, tout ne va pas pour le mieux dans ce monde meilleur, méchants ne sont pas encore éradiqués (il faut bien que les puissent en découdre si on veut faire durer le feuilleton).

Bruno devient un braqueur de banque, c'est le drame de la famille Fresnel et un cas de conscience terrible pour Jonas que d’avoir à traquer son beau-frère.

Evelyne est devenue une vraie grande salope, elle est jalouse et met toute son énergie à fissurer les Fresnel/Callahan qui ne forment plus qu'une grande et belle famille.

Pléthore de nouveaux personnages. Un certain Ted, informaticien de renom, communique avec Mildred par Internet, on pressent en lui le fiancé impeccable. Kristina, la compagne maudite de Bruno, une fille née-pour-perdre qui touche à l'héroïne. On trouve aussi un fringant copain de Jonas qui se lance dans la carrière politique, une belle princesse ghanéenne qui cherche l'amour, un capitaine d'industrie malheureux et insomniaque, et bien d'autres.

– Et les dialogues, vous les trouvez comment?

– Les dialogues?

– Ils sont… sobres.

– … Efficaces.

Efficaces comme l'est un coup de fusil quand on est à court d'argument. Les dialogues puent le dialogue, tous ces gens-là parlent une langue morte, une langue qui n'appartient à personne, une langue hypocrite et plate qui tape partout ailleurs qu'au bon endroit. Le sincère devient naïf et le naïf, débile. Tout phrasé un peu soutenu est immédiatement pompeux et le langage des rues devient celui des caniveaux. Le tranchant est vulgaire, et le tendre d'une rare mièvrerie.

– Question originalité, vous en pensez quoi?

– Originalité?

– C'est difficile à dire…

Non, ce n'est pas difficile à dire. On a coupé les couilles d'un taureau de combat pour en faire un bœuf de labour. Pendant toute la lecture, j'ai eu la sensation que les auteurs avaient poli les angles de la fiction au papier de verre. Impossible d'accrocher la moindre aspérité, l'objet vous échappe tant il est lisse. J'essaie de les imaginer, ces pauvres types à qui on a dû dire Ne faites pas n'importe quoi! Ne faites pas n'importe quoi! Ce monde moderne qu'on nous propose n'a jamais été visité par Freud ou Marx, le surréalisme ne l'a jamais déstabilisé, il n'a saigné sous aucun fascisme, et en aucun cas, il ne nous fait basculer dans le grand bordel de cette fin de siècle.

Je ne suis pas sûr que notre Saga à nous y soit parvenue, mais au moins, nous avons essayé.

– Rien d'autre à ajouter? demande le Vieux.

Non, rien, il y aurait trop à dire, crier à l'infamie, à la trahison, jouer la mater dolorosa outrée qu'on lui retire ses petits. Mêler l'indignation à la consternation et la consternation au mépris. Quand, en fait, il n'est question que de dégoût.

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