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Dernier meurtre avant la fin du monde

Электронная книга - «Dernier meurtre avant la fin du monde». Краткое содержание книги:

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?
Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.
Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.
Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.
Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.
Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
Sans jamais se départir d’un prodigieux sens de l’intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d’un monde proche de l’agonie.
Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.
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– Oui.

Je prends conscience trop tard de ce qui se passe, je porte la main à mon holster mais il a déjà balancé son panneau et m’enfonce quelque chose entre les côtes. Je baisse les yeux : un pistolet, court, noir, horrible.

– Pas un geste.

– D’accord.

La pluie dégringole sur nous deux, immobiles au milieu d’Eagle Square. Des gens marchent sur le trottoir, à sept ou huit mètres de nous, mais il fait froid, il pleut de plus en plus fort et tous regardent leurs pieds. Personne ne remarque rien. Qui s’en soucie ?

– Pas un mot.

– OK.

– Bien.

Il a la respiration lourde. Sa barbe et sa moustache sont tachées de nicotine jaune sale. Son haleine empeste le tabac froid.

– Où est-elle ? crache-t-il entre ses dents.

L’arme appuie douloureusement contre mes côtes, dirigée vers le haut, et je sais quel chemin prendra la balle, déchirant la chair tendre, déchiquetant les muscles, pour s’arrêter brutalement dans mon cœur.

– Qui ça ?

Je repense au geste désespéré de Toussaint, avec le cendrier. Pour tenter une chose pareille, a dit Alison, il fallait qu’il soit désespéré. Et maintenant, voilà cet homme avec sa pancarte : agression à main armée sur un officier de police. Désespéré. Le canon s’enfonce en tournant dans mon flanc.

– Où est-elle ? redemande-t-il.

– Mais qui ?

– Nico.

Oh, mon Dieu, Nico. La pluie redouble et nous sommes toujours plantés sur place. Je n’ai même pas d’imperméable, rien que mon blazer gris et ma cravate bleue. Un rat surgit de derrière une benne à ordures, file à travers la place et disparaît en direction de Main Street. Je le suis des yeux pendant que mon assaillant passe la langue sur ses lèvres.

– Je ne sais pas où est Nico.

– Oh si, oh que si, tu sais.

Il remue le pistolet, l’enfonce encore plus dans le fin coton de ma chemise, et je sens que ça le démange de tirer, je perçois son énergie impatiente qui réchauffe la froideur du canon. Je visualise le trou qui a été laissé dans Naomi, juste au-dessus et à droite de son œil gauche. Elle me manque. J’ai si froid ici, mon visage dégouline de pluie. J’ai laissé mon chapeau dans la voiture, avec le chien.

– Je vous en prie, monsieur, écoutez-moi, dis-je en haussant la voix dans le tambourinement des gouttes. Je ne sais pas où elle est. Moi-même, j’essaie de la retrouver.

– Foutaises.

– C’est la vérité.

– Foutaises !

– Qui êtes-vous ?

– T’en fais pas pour ça.

– D’accord.

– Je suis un ami à elle, OK ? m’apprend quand même le type. Je suis un pote de Derek.

– D’accord, dis-je encore tout en tâchant de me remémorer tout ce que m’a raconté Alison sur Skeve et son organisation grotesque : le rapport Catchman, les bases secrètes sur la Lune. Un ramassis d’absurdités et de désespoir, et pourtant nous voilà, et si cet homme replie un tout petit peu un doigt, je suis mort.

– Où est Derek ?

Il souffle avec colère.

– Espèce d’ordure ! me crache-t-il.

Il recule brutalement son autre main, celle qui ne tient pas le flingue, et m’envoie un coup de poing dans la tempe. Dans l’instant, le monde devient flou, indistinct, je me plie en deux et il frappe encore, un coup vicieux sur la bouche, je suis projeté en arrière contre le mur de l’esplanade, ma tête rebondit contre la brique. Le pistolet reprend immédiatement sa place, me broyant les côtes, et à présent le monde tourne, flotte, la pluie déborde autour de ma compresse et m’inonde le visage, le sang coule de ma lèvre dans ma bouche, mon pouls rugit dans mon crâne.

Il se rapproche, me souffle à l’oreille.

– Derek Skeve est mort, et tu le sais parce que c’est toi qui l’as tué.

Ma bouche est pleine de sang, je le crache.

– Mais non ! Non.

– Bon, d’accord, alors tu l’as fait tuer. Ça ne change pas grand-chose, si ?

– Je vous jure, je ne sais pas de quoi vous parlez.

Mais c’est marrant, me dis-je, tandis que le monde cesse lentement de tourner, que la face furieuse du moustachu redevient nette dans le décor glacé et désolé de l’esplanade : en quelque sorte, je le savais. Si on m’avait posé la question, j’aurais probablement répondu que Skeve était mort. Mais je n’ai pas franchement eu le temps d’y songer. C’est dingue, on se réveille un jour et tout le monde est mort. Je tourne la tête, crache encore un jet de sang noir.

– Écoutez, l’ami, dis-je en calmant ma voix. Je vous promets… non, attendez, regardez-moi, monsieur. Vous allez me regarder ?

Il relève brusquement la tête, ses yeux sont immenses et terrifiés, ses lèvres tressaillent sous la grosse moustache, et l’espace d’un instant nous ressemblons à des amants grotesques, les yeux dans les yeux au milieu de cette froide place publique, séparés uniquement par le canon d’un flingue.

– Je ne sais pas où est Nico. Je ne sais pas où est Skeve. Mais je pourrai peut-être vous aider, si vous me dites ce que vous savez.

Il y réfléchit, et son débat intérieur apeuré transparaît dans ses grands yeux douloureux. Il respire lourdement, la bouche entrouverte. Et là, soudain et trop fort, il me dit :

– Tu mens. Tu es au courant de tout. Nico m’a dit que son frère avait un plan, un plan secret de la police…

– Quoi ?

– Pour sortir Derek de là…

– Hein ?

– Nico dit que son frère a un plan, qu’il peut lui obtenir une voiture…

– Moins vite… attendez…

Il tombe des cordes.

– Et ensuite Derek se fait descendre, moi je m’en tire de justesse, et quand je sors elle n’est nulle part.

– Je ne sais rien de tout cela.

– Si, tu sais.

Un froid claquement métallique lorsqu’il retire la sécurité. Je pousse deux petits jappements, tape dans mes mains, le moustachu fait « Hé… », et un aboiement féroce s’élève soudain de la rue adjacente ; il tourne la tête dans cette direction, et j’en profite pour le pousser fort en pleine tête, il recule en titubant et tombe sur le derrière.

– Merde, lâche-t-il, à terre.

Je dégaine mon arme et vise directement son torse épais, mais le mouvement soudain m’a déséquilibré, il fait sombre et j’ai le visage trempé, je vois double à nouveau, et je ne dois pas pointer mon arme au bon endroit, car son coup me prend par surprise : il pédale avec ses pieds, accroche mon talon et je bascule telle une statue déboulonnée. Je roule sur moi-même, scrute la place comme un fou. Rien. Le silence. La pluie.

– Mince, dis-je en me rasseyant, tirant mon mouchoir pour le presser contre ma lèvre.

Houdini me rejoint et bondit d’avant en arrière, avec des grognements tendres. Je tends la main, le laisse la renifler.

– Il ment, dis-je au chien.

Pourquoi Nico aurait-elle inventé une fable dans laquelle j’aurais eu un plan d’évasion ? Et où aurait-elle dégoté un véhicule ?

Le hic, c’est qu’un type tel que celui-là n’a pas assez de cervelle pour mentir. Pas s’il est capable de croire que le gouvernement des États-Unis, allez savoir comment, a construit en secret, pendant les cinq dernières années, un dédale de bases secrètes sur la face cachée de la Lune, de croire que nous aurions consacré des ressources aussi colossales à la prévention d’une catastrophe qui avait une chance sur deux cent cinquante millions de se produire.

C’est bizarre, me dis-je en me relevant péniblement. Ma sœur est trop futée pour ce genre d’âneries.

Je m’essuie la bouche sur ma manche et commence à clopiner vers ma voiture.

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