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Histoire du pied et autres fantaisies - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Histoire du pied et autres fantaisies

Электронная книга - «Histoire du pied et autres fantaisies». Краткое содержание книги:

« Jusqu'où irons-nous ? Jusqu'à quand serons-nous vivants ? Quelles raisons donnerons-nous à notre histoire ? Parce qu'il faudra bien un jour trouver une raison, donner une raison, nous ne pourrons pas accréditer notre innocence. Où que nous soyons, quelle que soit notre destination finale (si une telle chose existe), il nous faudra rendre compte, rendre des comptes.
J'ai été, j'ai fait, j'ai possédé. Et un jour je ne serai plus rien. Pareil à ce wagon lancé à une vitesse inimaginable, incalculable, sans doute voisine de l'absolu, entre deux mondes, entre deux états. Et pas question qu'aucun d'entre nous retourne jamais à ses états, je veux dire à son passé, à ce qu'il, à ce qu'elle a aimé. Pour cela les visages sont figés, immobiles, parfois terreux, on dirait des masques de carton bouilli ou de vieux cuir, avec deux fentes par où bouge le regard, une étoile de vie accrochée au noir des prunelles. »
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que c’est exprès, l’homme m’a crié : « Ta maman a besoin d’un gros poulet, va tuer un gros poulet ! » Alors moi j’y suis allé, j’ai attrapé le plus gros poulet et je lui ai mis le bec dans l’aspirateur, et je l’ai vidé et tout et je l’ai apporté à la cuisine, mais Maman m’a dit : « Pourquoi tu as tué un poulet, il n’y a personne au restaurant ! » Et le type m’a dit : « Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Ramène-le là-bas et rends-lui la vie ! » Alors moi j’ai couru avec le poulet et j’ai essayé de lui remettre la vie en soufflant dans son bec, mais il est resté mou, et je suis revenu à la cuisine et j’ai dit à Maman : « Je n’arrive pas à lui rendre la vie, il ne veut plus respirer. » Et le type s’est mis à rire très fort, et même Maman s’est mise à rire, et moi aussi j’ai ri mais en même temps j’étais triste parce que ce poulet était mou et froid dans mes mains, et qu’il ne voulait plus respirer. Et le type raconte souvent cette histoire pour faire rire les gens. Les gens me demandent : « C’est vrai que tu peux donner la vie aux poulets ? » Je fais semblant de rire, parce qu’ils ne me croient pas, mais je sais que si je veux, je peux leur rendre la vie, leur rendre le souffle que l’aspirateur a enlevé. Je sais aussi voir les ombres. Depuis que je suis tout petit, je peux voir les ombres. Je ne les vois pas tout le temps, seulement par moments, quand quelqu’un est là, à parler, quand il est debout dans la salle à manger et qu’il met son manteau pour partir, il parle avec Maman, ou avec la bonne, il allume sa cigarette et moi je vois l’ombre qui est derrière lui, une grande ombre plus haute que lui qui étend ses bras pour le prendre, je n’aime pas cette ombre, j’ai peur, j’ai mal, je ressens un frisson dans mon dos et je me mets à trembler, j’ai envie de crier, mais il ne faut pas, sinon les clients vont croire que je suis fou, ils ne reviendront pas, j’ai envie de crier et quelquefois ça sort malgré moi, je crie : « Attention, l’ombre est là, attention. » Mais si je crie, les gens ne reviendront plus au restaurant, c’est Maman qui me l’a dit : « Ne parle pas de ça, Yo, n’en parle pas, ne parle pas des ombres, tu n’as qu’à fermer les yeux et compter jusqu’à dix et l’ombre partira. » Mais j’ai essayé, et souvent les gens partent avec l’ombre et je sais qu’ils vont mourir à cause de l’ombre, l’ombre les mange, mange leur cœur, mais je ne dois pas en parler, jamais. Mais avec ma cousine ça n’est pas pareil. Ma cousine vient de temps en temps de la ville, elle vient nous rendre visite ici au restaurant. Elle travaille à la ville, dans les affaires, je crois qu’elle est très riche, et très intelligente, elle a fait des études, elle travaille chez des avocats. Elle est toujours très belle, bien habillée, elle sent le parfum, et pour ça je l’appelle « Parfum », je lui dis ma cousine « Parfum », et ça la fait rire, elle me fait sentir le parfum dans son cou, elle a de longs cheveux noirs bien lisses, et ses cheveux aussi sentent bon. Quelquefois, quand elle va partir, après nous avoir rendu visite, elle est debout près de la porte et je vois l’ombre près d’elle, alors je cours vers elle et je lui donne des coups de poing pour faire partir l’ombre. Je la frappe fort dans le dos, je serre son bras très fort, jusqu’à ce qu’elle crie : « Arrête, Yo, tu me fais mal ! » Mais à ce moment-là l’ombre est partie, elle a eu peur de mes coups et elle s’est effacée. Alors je laisse partir ma cousine Parfum, elle s’en va à pied jusqu’à la gare des cars pour retourner à la ville. Et moi je l’aime, je ne lui dis pas, mais je l’aime plus que toute autre chose au monde, plus que Maman même, parce qu’elle est la seule jolie chose de ma vie, tout le monde est comme l’homme qui dort ici, l’homme que je hais, tout le monde est laid et méchant. Je ne le dis à personne, mais j’attends ses visites, et quand je peux je téléphone à Parfum, je fais son numéro de portable, et je lui dis : « Ça va, quand est-ce que tu viens me voir ? » Elle dit : « Oh je ne sais pas, dans deux semaines, quand j’aurai le temps. » Je lui dis : « J’entends quelqu’un avec toi, t’es avec un mec ! » Elle dit que non elle est seule mais je suis sûr qu’elle est avec son petit ami. Je lui dis : « N’oublie pas que tu as promis. » Elle dit : « Qu’est-ce que j’ai promis ? » Je lui dis : « De me rapporter des cigarettes. » Elle rit au téléphone et elle promet : « D’accord, Yo, je t’achèterai des cigarettes, mais tu ne dois pas boire de la bière, tu t’en souviens ? » Je lui promets que je ne boirai plus. Et puis je vois aussi Elaine, la fille de la femme de charge, elle l’accompagne deux fois par semaine au restaurant, le samedi et le jeudi après l’école, elle est encore très petite, je crois qu’elle a onze ans, je lui ai demandé un jour, elle a répondu en me montrant ses doigts : « J’ai onze ans. » Au début elle avait peur de moi, elle allait se cacher derrière sa mère, mais j’ai été gentil avec elle, je lui ai donné des bonbons, et des biscuits que je prends dans le conteneur, des biscuits au Chamallow et au chocolat qui s’appellent « Amour », ce sont les meilleurs, et maintenant elle vient me voir. Je lui montre le petit chat qui se cache derrière les boîtes de biscuits, et le petit chat n’a plus peur d’elle, quand elle arrive il vient se frotter à ses jambes. Elaine dit : « Il est mignon ton chat, comment il s’appelle ? » Comme il n’a pas de nom, je lui dis : « Ben, il s’appelle Sans-nom. » Et c’est comme ça qu’il s’appelle maintenant. J’aime bien quand elle vient avec son uniforme de l’école, une petite jupe verte à carreaux et une blouse blanche, elle est toute propre et jolie, on dirait une poupée. Elle s’assoit sur le matelas pour caresser le petit chat, et moi je reste assis à côté d’elle et je la regarde, un jour elle m’a dit : « Qu’est-ce que tu as à me regarder ? » Je lui ai dit : « Je te regarde parce que tu es jolie. » Elle m’a dit : « Un garçon ne doit pas regarder les filles comme ça, ce n’est pas bien. » Et comme je ne savais pas quoi dire je lui ai dit : « Ce n’est pas toi, c’est ta jupe que je regarde, elle est jolie ta jupe. » J’ai touché le bord de sa jupe, et j’ai touché aussi la peau de ses jambes, très douce. Et j’ai senti mon cœur qui battait plus vite, pas comme avec les femmes du bordel, mais autrement, comme lorsque je sens le parfum dans les cheveux de ma jolie cousine. Et Elaine continuait à caresser le chat sur ses genoux, et moi je n’osais plus bouger, je regardais ses jambes nues, le bord de la jupe était relevé et j’écoutais mon cœur battre. Ensuite elle s’est levée, elle a jeté le chat par terre, et elle est partie en lissant sa jupe, elle était en colère. J’ai dit : « Tu ne le diras pas ? Sinon je ne pourrais plus te voir. » Elle m’a regardé, ses yeux étaient très noirs, très grands, elle avait un air fâché, mais elle a dit : « Non, je ne le dirai à personne. » Et là j’ai été content parce que j’ai pensé qu’elle m’aime bien quand même, même si je touche sa jupe. Le type, il se moque de moi, il dit que je suis puceau, que je ne connais pas les femmes, mais ça n’est pas vrai, je connais des femmes, quand je travaillais au chantier de l’autoroute, un jour les ouvriers m’ont dit : « Allez viens, on va t’apprendre la vie ! » Moi je ne savais pas ce qu’ils voulaient dire, mais je suis allé avec eux en ville, là où il y a tous les bars et les Karaokés. C’était un endroit très beau avec beaucoup de lumières et de musique, et moi j’aime bien chanter, j’ai une belle voix et je sais bien danser aussi, et les ouvriers étaient autour de moi, ils applaudissaient et ils disaient : « Vas-y, Yo ! Danse, danse ! » et moi je continuais, et une femme s’est approchée de moi et elle s’est serrée contre moi, elle était habillée avec une belle robe noire moulante, mais elle n’était pas aussi belle que ma cousine Parfum, elle criait et elle chantait très fort, et moi comme j’avais bu beaucoup de bières et du schnaps, je criais et je chantais plus fort qu’elle, cette chanson que j’aime bien, surtout le refrain qui dit :
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