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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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Ils se défient de moi parce que je suis dangereuse. Alia a peur de moi et c’est cette odeur que je porte.

Elle regarda autour d’elle et les yeux se détournèrent. Ces gens étaient si sérieusement futiles qu’elle fut sur le point de se mettre à hurler contre leurs justifications toutes faites pour des existences sans but. Oh, si seulement le Prêcheur pouvait voir l’antichambre en cet instant !

Son attention fut attirée par une bribe de conversation proche. Un Prêtre, grand et maigre, s’adressait à sa coterie, formée, sans nul doute, des suppliants placés sous ses auspices.

« Souvent, je dois parler autrement que je pense, disait-il. On appelle cela : diplomatie. »

Les rires furent trop bruyants, et trop vite suspendus : certains, dans le groupe, voyaient que Jessica avait surpris ces paroles.

Celui-là, mon Duc l’aurait jeté dans l’oubliette la plus lointaine qu’il aurait pu trouver ! se dit Jessica. On ne peut pas dire que je sois revenue trop tôt !

Elle savait à présent que, sur la lointaine Caladan, elle avait vécu dans une capsule étanche que seuls les excès les plus outranciers d’Alia avaient réussi à percer. En cela, songea-t-elle, je n’ai fait que contribuer à mon existence rêvée. Caladan avait été comme une de ces frégates de première classe que les long-courriers de la Guilde emportaient dans leurs flancs et qui réagissaient à peine aux manœuvres les plus violentes.

Il est si séduisant de vivre en paix, pensa-t-elle.

Plus elle découvrait la cour d’Alia, plus elle éprouvait de sympathie pour les déclarations du Prêcheur qui lui avaient été rapportées. Oui, Paul aurait pu émettre de tels jugements en voyant ce qu’il était advenu de son royaume. Et Jessica se demanda ce que Gurney avait bien pu découvrir chez les contrebandiers.

Le jour de son retour, sa première réaction, en Arrakeen, avait été la plus juste. Lorsqu’elle était entrée dans la cité en compagnie de Javid, son attention avait été attirée par les écrans armés disposés autour des demeures, par les chemins et les allées lourdement gardés, les sentinelles vigilantes à chaque carrefour, les hautes murailles et les fondations épaisses qui annonçaient autant de profonds abris souterrains. Arrakeen était devenu un lieu hostile, assiégé, une cité folle et pharisienne à l’image dure.

Brusquement, la petite porte de l’antichambre s’ouvrit. Les prêtresses-amazones qui précédaient Alia jaillirent dans la pièce et formèrent un bouclier roide et mouvant, chacun de leurs mouvements suggérant une force réelle et terrifiante. Alia avait une expression composée et il n’y eut pas la moindre trace d’émotion sur ses traits lorsqu’elle posa son regard sur sa mère. Mais Jessica, tout comme elle, savait que l’heure de la bataille avait sonné.

Sur l’ordre de Javid, les portes gigantesques de la Grande Salle furent ouvertes dans un silence absolu qui évoquait de formidables énergies cachées.

Alia vint se placer au côté de sa mère tandis que les gardes se refermaient en rideau sur elles.

« Pouvons-nous entrer, mère ? » demanda-t-elle.

« Il est grand temps », dit Jessica. Et, lisant la joie dans les yeux d’Alia, elle se dit : Elle pense qu’elle peut me détruire et demeurer indemne ! Elle est folle !

Et elle se demanda soudain si ce n’était pas ce dont Duncan avait cherché à la prévenir en lui adressant ce message auquel elle avait été incapable de répondre tant il était énigmatique : « Danger. Je dois vous voir. » Le message avait été rédigé dans une variante de l’ancien Chakobsa, où le mot particulier choisi pour désigner le danger signifiait complot.

Je dois le voir immédiatement, dès que je regagnerai le Sietch Tabr, décida Jessica.

23

Telle est l’erreur du pouvoir : il ne s’exerce, en définitive, que dans un absolu, un univers limité. Mais la grande leçon de notre univers relativiste est que les choses changent. Tout pouvoir doit toujours affronter un pouvoir plus grand. Paul Muad’Dib enseigna cette leçon aux Sardaukar dans les plaines d’Arrakeen. Ses descendants ont encore à l’apprendre pour leur compte.

Le Prêcheur en Arrakeen.

Le premier suppliant de l’audience du matin était un troubadour kadeshien, un pèlerin du Hajj qui s’était fait vider sa bourse par des mercenaires de la cité. Immobile sur les dalles vert d’eau, il ne semblait pas mendier une faveur.

Deux trônes identiques avaient été mis en place sur la plate-forme qui dominait la salle de ses sept degrés. C’étaient les trônes de la mère et de la fille, mais Jessica remarqua qu’Alia était placée à sa droite, ce qui correspondait à la position masculine.

Jessica admirait l’air décidé du troubadour. Il était bien évident que les gens de Javid ne l’avaient admis que pour cette qualité. Ils escomptaient que le troubadour distrairait les courtisans présents. C’était la seule forme de paiement qu’il pouvait assurer, puisqu’il n’avait plus d’argent.

Selon le rapport du Prêtre-Avocat qui plaidait à présent le cas, le Kadeshien n’avait plus que son vêtement et la balisette qu’il portait sur l’épaule, maintenue par une lanière de cuir.

« Il déclare qu’on lui a fait absorber un breuvage sombre, disait l’Avocat, réprimant difficilement un sourire. Qu’il n’en déplaise à Votre Sainteté, cette boisson l’aurait maintenu éveillé mais hors d’état de rien faire tandis qu’on lui prenait sa bourse. »

Jessica observa le troubadour tandis que l’Avocat continuait de bourdonner son plaidoyer pétri de fausse soumission, la bouche pleine de fausses morales. Le Kadeshien était grand, il atteignait près de deux mètres. Il avait un regard inquisiteur où elle lut de l’intelligence et de l’humour. Suivant la mode de sa planète, il portait ses cheveux blond doré longs jusqu’aux épaules. La robe grise du Hajj ne pouvait dissimuler la virilité de son corps élancé, de sa poitrine puissante. Il répondait au nom de Tagir Mohandis et il était le descendant d’ingénieurs marchands ; il était fier de lui et de ses ancêtres.

Alia interrompit le plaidoyer d’un simple geste et déclara sans détourner la tête : « Dame Jessica, pour honorer son retour parmi nous, va rendre ce premier jugement ! »

« Merci, ma fille », dit Jessica, mettant l’accent sur son ascendance afin que chacun entendît. Ma fille ! Ainsi donc, ce Tagir Mohandis faisait partie de leur plan… Ou bien n’était-il qu’une dupe innocente ? Ce jugement marquait l’ouverture des hostilités contre elle, se dit Jessica. L’attitude d’Alia le confirmait clairement.

« Sais-tu bien jouer de cet instrument ? » demanda-t-elle en désignant la balisette à neuf cordes du troubadour.

« Aussi bien que le grand Gurney Halleck lui-même ! »

Tagir Mohandis s’était exprimé d’une voix forte, à l’intention de toute l’audience et il y eut quelques mouvements révélateurs parmi les courtisans.

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