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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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« Tu es en quête de l’argent nécessaire à ton voyage, dit Jessica. Où te conduira-t-il ? »

« Jusqu’à Salusa Secundus, à la cour de Farad’n, dit-il. J’ai entendu dire qu’il recherchait des ménestrels et troubadours, qu’il encourage les arts et qu’il édifie une manière de renaissance et de nouvelle culture autour de lui. »

Jessica se retint de regarder Alia. Ils savaient tous, bien sûr, ce que Mohandis demanderait. Mais cette comédie lui plaisait. La croyaient-ils incapable de parer le coup ?

« Voudrais-tu jouer pour payer ton passage ? demanda-t-elle. Mes conditions sont à la manière Fremen. Si ta musique me plaît, je pourrai te garder ici pour apaiser mes soucis ; si elle offense mes oreilles, je pourrai t’envoyer gagner l’argent de ton voyage dans le désert… Mais si je juge que ta façon de jouer puisse convenir à Farad’n, qu’on dit un ennemi des Atréides, je t’enverrai à lui avec ma bénédiction. Veux-tu jouer selon ces conditions, Tagir Mohandis ? »

Le troubadour rejeta la tête en arrière et partit d’un immense rire rauque. Ses cheveux blonds voletèrent tandis qu’il prenait sa balisette en main et l’accordait habilement, indiquant par-là qu’il acceptait le marché.

La foule voulut se rapprocher, mais elle fut maintenue à distance par les courtisans et les gardes.

Mohandis pinça une note, éveillant et soutenant le chant grave des cordes sises sur le côté de la balisette, averti de leur vibration qui forçait l’attention. Puis il chanta, d’une voix mélodieuse de ténor. Il était évident qu’il improvisait, mais le ton était si juste que Jessica tomba sous le charme avant de se concentrer sur les paroles :

« Tu dis pleurer Caladan et ses mers Où les Atréides autrefois régnèrent Sans rémission. Mais les exilés sont en terres étrangères ! Tu dis qu’en des heures amères, des hommes rudes Ont vendu tes rêves de Shai-Hulud Pour nourritures fades. Et les exilés vivent en terres étrangères ! Tu fis pousser Arrakis infirme Et rendis silencieux le passage du ver Et tu conclus ton temps Tandis qu’exilés vivent en terres étrangères. Alia ! Toi qu’on nomme Coan-Teen, L’esprit invisible qui chemine Jusqu’au moment de…»

« Assez ! cria Alia. Elle se dressa à demi. Je vais te faire…»

« Alia ! » Jessica s’était exprimée avec suffisamment de force, ajustant sa voix afin d’éviter l’affrontement tout en captivant l’attention de l’audience. C’était là un usage émérite de la Voix et tous ceux qui l’avaient entendue ne pouvaient que reconnaître une puissance parfaitement contrôlée dans cette démonstration. Alia s’était rencognée dans son trône et Jessica remarqua qu’elle ne montrait pas le moindre signe de contrariété.

Cela également était prévu, se dit-elle. Très intéressant…

« Ce premier jugement m’appartient », rappela Jessica.

« Très bien », acquiesça Alia d’une voix presque inaudible.

« Voici un présent qui conviendrait à Farad’n, dit Jessica. Sa langue a le tranchant du krys. La saignée que cette langue pourrait administrer ferait du bien à notre cour, mais je préférerais qu’il la réserve à la Maison de Corrino. »

Une vague légère de rires parcourut la salle. Alia souffla violemment :

« Savez-vous de quoi il m’a traitée ? »

« Mais de rien, ma fille. Il n’a fait que rapporter ce qu’il a entendu comme tant d’autres dans les rues. On vous a surnommée la Coan-Teen…»

« L’esprit-femelle de la mort qui marche sans pieds », grinça Alia.

« Si vous écartez ceux dont les rapports sont exacts, remarqua Jessica d’une voix douce, il ne vous restera que ceux qui savent ce que vous voulez entendre. Pour moi, il n’est rien de plus toxique que de croupir dans la puanteur de ses propres reflets. »

Elle put entendre les exclamations étouffées de ceux qui étaient proches de l’estrade.

Elle concentra son attention sur Mohandis. Celui-ci demeurait silencieux, indifférent. Il semblait que n’importe quel jugement lui serait absolument étranger. C’était là, songea Jessica, le type d’homme que son Duc aurait aimé avoir à ses côtés en des temps difficiles : confiant en son propre jugement, mais acceptant ce qui en résultait, même la mort, sans maudire son destin. Pourquoi avait-il donc choisi d’agir ainsi ?

« Pourquoi as-tu chanté de telles paroles ? » demanda Jessica.

Il leva la tête pour mieux se faire entendre.

« J’ai entendu dire que les Atréides étaient gens d’honneur et qu’ils avaient l’esprit ouvert. Je voulais les mettre à l’épreuve et ainsi, peut-être, demeurer ici à votre service, ce qui me donnerait le temps de retrouver mes voleurs et de disposer d’eux à ma manière. »

« Il ose nous mettre à l’épreuve ! » marmonna Alia.

« Pourquoi pas ? » demanda Jessica.

Elle sourit au troubadour pour lui signifier son assentiment. Il n’était venu dans cette salle que pour une autre aventure, un autre voyage dans son univers. Jessica éprouvait l’envie de l’attacher à son propre entourage, mais la réaction d’Alia ne présageait que le mal pour le brave Mohandis. Et puis, il y avait tous ces signes qui indiquaient nettement que c’était bien la conduite que l’on attendait de Dame Jessica, qu’elle prenne à son service un beau et brave troubadour, tout comme elle avait pris Gurney Halleck. Non, il valait mieux que Mohandis fût autorisé à poursuivre sa route, même si la pensée d’un tel présent entre les mains de Farad’n était ulcérante.

« Qu’on l’envoie à Farad’n, dit Jessica. Veillez à ce qu’il reçoive l’argent de son passage et que sa langue aille donc tirer le sang de la Maison de Corrino. Nous verrons bien comment il survivra. »

Alia regarda fixement le sol avant d’esquisser un sourire tardif.

« Que la sagesse de Dame Jessica décide », déclara-t-elle et, d’un geste, elle ordonna à Mohandis de se retirer.

Cela ne s’est pas passé comme elle le désirait, pensa Jessica, mais certains détails de l’attitude d’Alia lui annonçaient une épreuve plus décisive.

On amenait un nouveau suppliant.

Observant la réaction de sa fille, Jessica fut assaillie par les premiers doutes. Elle aurait besoin des enseignements de la leçon des jumeaux. Alia pouvait être l’Abomination, mais elle était une pré-née. Elle pouvait connaître sa mère aussi bien qu’elle se connaissait. Et elle ne pouvait méjuger de ses réactions dans cette affaire du troubadour. Pourquoi a-t-elle donc monté cette confrontation ? se demanda Jessica. Pour faire diversion ?

Elle n’avait plus le temps de réfléchir. Le second suppliant attendait, au bas des deux trônes, son Avocat près de lui.

C’était un Fremen, un vieil homme qui portait les marques d’un natif du désert sur son visage. Il n’était pas de très haute taille, mais son corps sec et nerveux et la longue dishdasha d’ordinaire portée sur un distille lui conféraient une certaine majesté. La robe s’accordait à son visage long et étroit, à son nez d’aigle et au regard intense de ses yeux bleus d’ibad. Il ne portait pas de distille et ne semblait pas être à son aise ainsi. La Salle d’Audience immense devait ressembler pour lui à l’air libre qui vole la précieuse humidité de la chair. Il avait rejeté à demi son capuchon et Jessica put voir qu’il portait le chignon keffiya d’un Naib.

« Je suis Ghadhean al-Fali, dit-il en posant un pied sur la première marche pour marquer son rang. J’appartenais aux commandos de la mort de Muad’Dib et je suis ici pour un sujet qui concerne le désert. »

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