La nuit des longs couteaux
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux». Краткое содержание книги:
Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. De ce fait, elle rassura la Reichswehr, les milieux conservateurs traditionnels, les grands financiers et industriels, principalement issus de la bourgeoisie prussienne et hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime.
Papen est un homme prudent : parfois il faut accepter d'attendre, accepter de ne pas insister, de s'en tenir aux apparences, aux déclarations officielles. Papen est un homme d'expérience. L'attitude de Himmler, les dérobades de Hitler et de Gœring lui ont permis de sentir que le climat n'était plus à la conciliation. Papen regagne donc son domicile berlinois et Jung reste entre les mains de la Gestapo. Personne ne saura ce qu'il a subi dans les caves du grand bâtiment du 8, Prinz-Albrecht-Strasse, personne ne sait encore qu'il est la première victime de la Nuit des longs couteaux.
Seuls d'ailleurs les initiés sentent monter la vague rageuse des règlements de compte. Pour la masse des Allemands, tout est calme. Ceux qui ont acheté la National Zeitung se sentent rassurés : en première page, sous le titre « Situation de l'économie allemande », on leur annonce que l'avenir est radieux. L'Allemagne du IIIeme Reich triomphe de la misère et du chômage et cela est inespéré : « Rendons grâce au Führer Adolf Hitler qui donne du travail à tous ».
A Radio-Berlin, Rosenberg s'adresse aux écoliers et aux lycéens. Dans tous les établissements d'enseignement, les élèves sont rassemblés : ils écoutent l'idéologue du Parti affirmer que « l'Allemagne se trouve plongée dans un combat politique qui est aussi un combat spirituel sans précédent dans l'histoire ». Il faut, martèle-t-il, que nos compatriotes aient le « sentiment de l'unité allemande. Servez cette unité en entretenant entre vous une véritable camaraderie ». Dans les classes, les professeurs commentent le discours de Rosenberg avec les élèves : qu'est-ce que dans le nouveau Reich la véritable camaraderie ? Les membres de la Hitler-Jugend répondent les premiers. C'est la camaraderie des soldats du front, l'indestructible camaraderie des Alte Kämpfer. Les jeunes gens blonds, un foulard autour du cou, en chemise blanche et en culotte courte noire, pendant que Rosenberg parle ou qu'un camarade lit sa réponse à la question, laissent rêver leur imagination : ils vivent la virile amitié des temps de guerre qui se prolonge dans le parti nazi.
A quelques centaines de mètres de l'une de ces écoles berlinoises où la jeunesse allemande s'enivre de mots, au siège de la Gestapo, Himmler préside une conférence de travail. Dans son bureau sont rassemblés le Oberabschnittsführer du Sicherheitsdienst, le S.D. (service de sûreté du Reichsführer S.S.) qui surveillent les unités et les hommes de la Sturmabteilung. L'action, déclare Himmler, est pour bientôt. Chacun des chefs régionaux du S.D. expose son plan, met au point avec Himmler les dernières consignes. Ce même jour, Sepp Dietrich, est reçu à la Bendlerstrasse et demande une attribution d'armes pour ses unités de la Leibstandarte Adolf-Hitler afin d'accomplir une « mission très importante qui lui a été confiée par le Führer ».
Cependant, à Berlin, à la Chancellerie, Adolf Hitler donne un thé en l'honneur de quelques personnalités du régime et de diplomates étrangers. Il apparaît faussement détendu, encore hâlé par l'air vif de Berchtesgaden mais nerveux. L'un des participants l'entend déclarer à un chef nazi, d'une voix rageuse :
« Chaque groupe croit l'autre capable de frapper le premier. » A qui peut-il faire allusion, sinon aux S.S. de Rœhm et à leurs adversaires ? Mais cette phrase colportée dans Berlin inquiète Himmler et Heydrich, elle semble prouver que le Führer n'a pas encore choisi. Tout peut donc être compromis et les S.A. ne paraissent-ils pas persuadés de la neutralité bienveillante de Hitler ?
Le soir du mercredi 27 juin, ils festoient dans la résidence berlinoise de Rœhm. Les éclats de rire, les chants se mêlent au bruit des verres, au pétillement du Champagne. Dehors, dans la Standartenstrasse, les voitures des invités rendent la circulation presque impossible. Les passants s'attardent, regardent les fenêtres ouvertes d'où jaillissent les refrains et les musiques ; on célèbre les vacances prochaines, le mariage d'Ernst, les fiançailles d'un autre compagnon de Rœhm, le lieutenant Scholz. Les policiers qui assurent le service d'ordre devant le bâtiment, le font de façon débonnaire et blasée. Ils vont par groupes de deux, invitant les passants à circuler, dirigeant les voitures, ne levant même pas la tête, ce sont les hommes de Hermann Gœring et leur chef, alors qu'Ernst et Scholz portent un toast à l'avenir de la Sturmabteilung, parle à Cologne, dans le hall de la foire.
GŒRING ET TERBOVEN
Des milliers d'hommes et de femmes sont là, serrés les uns contre les autres dans une chaleur accablante. Depuis le matin toute la ville est paralysée par les parades, les réceptions, en l'honneur du ministre du Reich. Il est arrivé à 13 h 20, dans un Junkers rouge, qui a, à trois reprises, survolé le terrain d'aviation à basse altitude, puis s'est posé, roulant jusqu'au groupe des personnalités — le Gauleiter Grohé, le Regierungs- präsident Diels, le Landeshauptmann Hake, les Gruppenführer Weizel et Knickmann. Les saluts, l'amabilité de Gœring envers son ancien collaborateur Diels, tout cela marque les premières minutes du séjour de Gœring à Cologne. Les S.S. forment la haie devant la salle des séances de l'Hôtel de Ville : le Oberburgermeister, le docteur Reisen, offre à Gœring le glaive celte, vieux de 3 000 ans. On déjeune dans la Muschel Sali (la salle des rocailles) avant le grand défilé devant l'Opéra : police, S.S., S.A., Motor-S.A., service du travail de la Jeunesse hitlérienne. Dans un ordre mécanique, portant des centaines de drapeaux à croix gammée, les hommes passent et le martèlement de leurs bottes sur l'asphalte gris couvre parfois les fanfares. Gœring, sur la tribune, Gœring déjà obèse, tourne son corps lourd à droite et à gauche, souriant d'aise, la vanité inscrite sur son visage et dans toute son attitude. Les S.A. défilent Déjà c'était la Sturm d'honneur du S.A. Präsentiermarsch qui avait accueilli Gœring sur le terrain d'aviation. Maintenant, les hommes aux chemises brunes passent devant la tribune ornée de branches de sapin : qui pourrait croire que c'est sur eux, sur cette Sturmabteilung que va se refermer le piège monté par les S.S., et aussi par Hermann Gœring, qui les salue, martial et satisfait ?
Et le soir la foule est là, dans le hall de la foire, à écouter Gœring, à l'acclamer, à se rassurer encore : « Personne, dit-il, que ce soit à l'étranger ou en Allemagne n'a le droit de construire des raisonnements selon lesquels, ici, en quelque sorte, quelque chose se passe sous un régime de terreur sanglante. » Et rien en effet ne semble refléter la « terreur sanglante », rien ne semble l'annoncer.
A quelques kilomètres de Cologne, à Essen, c'est aussi la fête. Jamais, de Berlin à Cologne, de Hambourg à Nuremberg ou à Essen, l'Allemagne n'a autant défilé, autant écouté de discours.
A Essen, depuis 21 heures, la Huyssenallee est interdite à la circulation : c'est un hommage rendu par la municipalité au Gauleiter Terboven qui se marie demain. Les nouveaux seigneurs font participer leur bon peuple à leurs joies intimes. Devant le Parkhotel, on a dressé un arc de triomphe et dans le balancement des flammes agitées par le vent le cortège des porteurs de torches avance vers cet arc de triomphe. Il suit la Holzstrasse, l'Adolf-Hitler-Strasse et les voici, ces milliers de jeunes gens, des fanfares, les mineurs en uniforme de parade, la Jeunesse hitlérienne, le S.A. Standarte 58, le corps de gendarmerie arrivant au pas de l'oie, d'autres régiments S.A. et puis, unité d'élite vers qui tous les regards se tournent le Sturmbann S.S. n° 1 séparé du reste du défilé par un grand espace et qui dans ses uniformes noirs, avec ses gants blancs, paraît sortir d'une création mythologique et maléfique, les voici ces milliers d'hommes qui passent devant l'estrade.