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La nuit des longs couteaux

Электронная книга - «La nuit des longs couteaux». Краткое содержание книги:

La nuit des Longs Couteaux est l'expression généralement utilisée pour faire référence aux assassinats perpétrés par les nazis en Allemagne, au sein même de leur mouvement, entre les 29 juin et 2 juillet 1934, et plus spécifiquement pendant la nuit du 29 au 30 juin 1934.
Cette purge permit au chancelier Adolf Hitler de briser définitivement toute velléité d'indépendance de la SA, débarrassant ainsi le mouvement nazi de son aile populiste qui souhaitait que la révolution politique soit suivie par une révolution sociale. De ce fait, elle rassura la Reichswehr, les milieux conservateurs traditionnels, les grands financiers et industriels, principalement issus de la bourgeoisie prussienne et hostiles à des réformes sociales de grande ampleur, tout en créant un climat de terreur vis-à-vis de tous les opposants au régime.
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Les deux ministres portent une casquette, Goebbels, sur sa veste, arbore un brassard à croix gammée et assis à côté de Ley, Ley corpulent et massif, le ministre de la Propagande ressemble à un être inachevé, rabougri, grimaçant. Les deux ministres vont faire appel à la discipline. «  Le pouvoir atteint son apogée, lorsque la violence n'est pas nécessaire » dit Ley. Pourtant Goebbels après avoir répété une formule voisine, lance, le poing serré, des attaques contre les ennemis du régime : «  Ils se manifestent sous bien des masques, tantôt ils apparaissent comme des officiers de réserve ou comme des intellectuels ou comme des journalistes ou encore comme des prêtres », dit-il. Les S.A. présents hurlent à tout rompre. Karl Kuhder se souvient, il était au fond du hall, près de la porte avec d'autres S.A. Quand Goebbels a ajouté :     «  En fait, c'est toujours la même clique... Elle n'a rien appris. Elle ferait aujourd'hui ce qu'elle a fait hier », lui et ses camarades ont « reconnu leur Goebbels et leur Reich». Enfin, à nouveau dur aux Junkers, aux officiers, aux intellectuels. Karl Kuhder et ses camarades ont acclamé Goebbels. « Nous avions tellement crié, dit-il, que nous étions totalement sans voix. » Ils n'ont pas écouté Goebbels répéter :            « Notre révolution s'est développée sous le signe de la discipline et de la loyauté », mais ils ont hurlé de joie quand il a lancé : « Je suis persuadé que nous avons le pouvoir de faire tout ce que nous jugeons utile. Notre pouvoir est illimité. »

« Notre pouvoir est illimité » reprennent les S.A. et les jeunes de la Hitler-Jugend. Ils courent le long de l'allée, accompagnant Goebbels jusqu'à sa voiture. Une ovation salue son départ. « Nous croyions que l'on nous avait enfin donné raison, nous en étions sûrs », dit encore Karl Kuhder. Goebbels ne venait-il pas de condamner tous les Papen d'Allemagne, ceux que Rœhm et les siens dénonçaient depuis des mois et des mois ? Karl Kuhder ajoute : « C'est vers 12 heures que Goebbels a quitté le hall d'Essen. On disait qu'il partait en avion pour Hambourg, qu'il devait assister au Derby allemand. »

LE DERBY DE HAMBOURG

Le ciel, au-dessus de Hambourg, est gris, des nuages légers mais tenaces s'effilochent en bandes parallèles. Il tombe une petite pluie fine : la foule est considérable. Le Derby, créé en 1869, attire toutes les catégories sociales. Sur la pelouse, de nombreux ouvriers de Hambourg, des employés se pressent malgré la pluie. Un train spécial a amené, de Berlin, de nombreux diplomates qui doivent aussi assister à la Kieler-Woche — les régates de Kiel. Les personnalités, la plupart en uniforme, se saluent dans les tribunes. On reconnaît des membres du gouvernement du Reich, du gouvernement de Prusse, le Reichssportführer Tschammer von Osten. Sur la route qui vient de Hambourg, s'étire une file de voitures longue de plus de 5 kilomètres. Brusquement, une automobile officielle, escortée par deux motocyclistes double la file et on reconnaît Franz von Papen qui assiste au Derby. Il gagne la tribune centrale. De toutes parts, on accourt vers lui, les applaudissements éclatent. Le vice-chancelier raconte : « Je me rendis à Hambourg, pour assister au Derby d'Allemagne. A peine eus-je atteint les tribunes que des milliers de gens accoururent vers moi en criant « Heil Marburg, Marburg ! » Une manifestation vraiment inattendue de la part des Hambourgeois d'habitude plutôt flegmatiques, d'autant plus qu'il s'agissait d'une fête purement sportive ». Au fur et à mesure que la foule apprend la raison de ces applaudissements ils redoublent, on s'avance vers les tribunes. « Je pouvais à peine faire un pas sans me trouver bloqué par des centaines d'hommes enthousiastes, si bien que je commençais à me sentir quelque peu gêné », dit encore Franz von Papen.

Des officiers S.S. affichent leur mépris. Des S.A. bardés de décorations quittent les tribunes : la manifestation spontanée a un sens politique clair. On approuve Papen d'avoir su clamer quelques vérités sur le fonctionnement du IIIeme Reich.

Cependant les chevaux se sont présentés et l'attention se détourne de Papen. C'est la première course : Orchauf, à l'extérieur, une magnifique bête nerveuse, tendue, piaffe, alors que les jockeys tiennent bien en main Agalire qui est à l'intérieur, Palander au deuxième rang. Très vite, Graf Almaviva prend la tête du peloton qui court sous le ciel bas, dans le silence entrecoupé d'acclamations lointaines qui déferlent brutalement quand Athanasius, l'un des favoris, démarre, talonné par Blintzen. Course magnifique que ne trouble même pas le temps puisque la pluie a cessé : on voit simplement jaillir sous les sabots rageurs des chevaux des éclats de boue. A la fin de la première course, on entend à l'entrée du champ de course des acclamations, des mouvements agitent la foule, des officiers courent : le ministre Joseph Goebbels arrive d'Essen où il vient de prononcer un discours. On l'aperçoit qui gesticule, paraît s'indigner. Des informateurs lui racontent la manifestation en faveur de Papen. Il proteste, refuse de se trouver assis, à la tribune d'honneur, aux côtés de l'homme qu'il vient d'attaquer à Essen et qui symbolise cette «  clique qui n'a rien appris ». Il se rend donc sur la pelouse parmi « les travailleurs du poing », le peuple des ouvriers allemands. On le reconnaît, on l'acclame. Papen note seulement : « Il obtint quelques applaudissements isolés — les Hambourgeois sont des gens polis — mais ce fut tout. »

Papen hésite un instant puis sentant que la foule lui est favorable, il prend la décision d'affronter Goebbels. « Je résolus, raconte-t-il, de profiter au maximum des bonnes dispositions du public. C'était au fond une excellente occasion de me rendre compte si mon discours de Marburg avait plu aux seules classes supérieures ou s'il avait rencontré l'approbation des masses laborieuses. Je suivis donc Goebbels aux places à bon marché. Là, ma réception fut encore plus chaleureuse. Débardeurs, étudiants, ouvriers me firent une ovation délirante. Cette fois, c'en fut trop pour Goebbels. Vert de rage, il décida de ne pas assister au banquet officiel ».

Le ministre de la Propagande quitte donc le champ de courses. Il regagne la capitale allemande. A Gœrlitzer, Gauleiter adjoint de Berlin, il déclare : « Cet animal de Papen est beaucoup trop populaire. Essayez donc, dans vos journaux, de le rendre ridicule. » Heydrich et Himmler sont immédiatement avertis de la manifestation du Derby. Hitler, dans son chalet de Berchtesgaden reçoit aussi de Goebbels un récit détaillé. Il y a les clameurs enthousiastes d'Essen, la Jeunesse hitlérienne qui a hurlé sa joie, les fêtes du Solstice durant lesquelles ont brûlé les torches et les feux de la ferveur germanique où communient le nazisme et les mythes païens. Mais, il y a aussi tous les Papen, les Klausener ; cette constellation imprécise d'opposants plus ou moins déterminés, et aussi ces S.A. qui, autour de Rœhm, à Bad Wiessee attendent, espèrent tirer parti des agitations de la « clique » réactionnaire dénoncée par Goebbels.

Le Führer écoute, médite, se repose. Il regarde les sommets glacés. Il lui faut choisir : de part et d'autre il sent l'impatience monter. Papen pousse ses avantages, Roehm rassemble ses troupes, Himmler et Heydrich lancent déjà leurs tueurs sur les routes du Reich et les soldats de l'Ordre noir n'attendent plus qu'un signe pour traquer leurs victimes. Heure après heure, alors que l'Allemagne se passionne pour les résultats du Championnat national de football, que les joueurs enregistent que, dans le pari couplé du Derby de Hambourg, lors des deuxième et troisième courses, Tilly et Mitternach sont dans les rapports gagnant 204 et placé 10, que les Munichois, après la journée du dimanche passée à Bad Wiessee, regagnent la capitale bavaroise, que dans la pension Hanselbauer les chefs S.A. somnolent, heure après heure, alors que l'Allemagne vit dans l'ignorance et la quiétude de ce dernier dimanche de juin, le moment du choix et de l'action s'est encore rapproché pour le Führer.

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