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Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
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"Voyons ce qu'il fait ainsi rouler sous ses sabots," dit le noir Docteur, et il se baissa pour prendre un des grands parchemins. Et, lisant tout bas les premières paroles qui s'y trouvèrent:»Plaisanterie sanglante du hasard!» dit l'éternel Contempteur.

L'INCENDIE DE LA BIBLIOTHEQUE D'ALEXANDRIE PAR OMAR

"En voici un, dit l'ouvrier en ricanant, dont j'ai déjà déchiré la moitié, voulez-vous le reste? cela vient de l'Archevêché."

Le Docteur Noir fut un instant sans répondre, parce qu'il cherchait dans les traits de cet homme s'il avait dans les veines le sang des Arabes ou celui des Huns. Puis sortant de sa distraction, tout d'un coup:

"C'est encore trop gros, dit-il, vous pouvez en déchirer encore un peu pour rallumer les lampions qui s'éteignent.

– Oui? dit l'homme, vous faites l'indifférent pour l'avoir tout entier, mais, non pas! Encore une poignée de paroles, dit-il; à la rivière!»

Et il fit sauter les lettres grecques de la main la plus vigoureuse qui jamais ait découpé en pièces les feuilles d'un livre méprisé et sublime.

"A nous deux, dit le noir Docteur avec un sang-froid plus hardi que jamais. Il croit nous faire peine, poursuivait-il en regardant Stello, comme si personne pouvait savoir mieux que nous l'inutilité des idées dites ou écrites. – A nous deux, l'ami! déchirons et noyons les livres, ces ennemis de la liberté de chacun de nous, ces ennemis du loisir qui prétendent nous forcer de penser, chose odieuse, fatigante et maudite! nous forcer de savoir ce que l'on a senti avant nous, et nous faire croire que l'on gagne quelque chose à se connaître! Fi donc! nous sommes bien au-dessus du passé à présent!»

Ici l'homme ne comprit plus et, quand il vit le Docteur arracher lui-même des feuilles et les jeter à l'eau, il resta stupéfait.

"Prenez le reste si vous voulez", dit-il, et pour quelques pièces d'argent il lâcha les manuscrits ses ennemis, comme un os sur lequel il n'avait plus de joie à mordre.

"Après tout, dit-il en haussant les épaules et regardant ses trois enfants, qu'est-ce que ça nous fait à nous? Nous ne savons pas ce qu'on veut, mais nous savons bien ce qu'on nous ôte. Tiens, Paul, voilà l'argent, va jouer avec ça. Ne t'inquiète pas de demain, va. Tous les jours j'ai à recommencer, j'y suis habitué; va jouer, va avec tes frères, va, Paul. Messieurs, je me nomme Jean Loir, ouvrier tourneur."

Et il s'en alla sans saluer.

Les trois enfants laissèrent s'éloigner leur père et vinrent apporter à Stello le reste des parchemins qui volaient sur les pavés; ils coururent à lui, dès qu'ils le virent, les bras ouverts et le coeur en confiance, sans savoir pourquoi; et sans le savoir non plus, ils firent le tour du Docteur Noir à quelques pieds de distance, comme on s'éloigne d'un feu trop ardent. Puis ils retournèrent au bord de l'eau, pour rattraper les livres qui nageaient et que depuis deux jours charriait la rivière. C'était un des divertissements les plus grands, dans ces jours-là, parmi cette partie du Peuple, que de voir les livres venus du côté de l'île Saint-Louis se heurter contre les arches des ponts et flotter à côté des radeaux. Rien n'eût pu remplacer ces joies de la destruction, et le sourire de la victoire, sur le visage de la plupart des spectateurs, semblait poursuivre les ombres des immortels qui avaient passé les courtes heures de leur vie à léguer leurs pensées et leurs adieux aux ingrats qui les faisaient périr une seconde fois.

Stello et le Docteur Noir marchaient de front au milieu de cette multitude et suivaient, aussi vite qu'ils le pouvaient faire, la jeune soeur grise qui passait, les yeux baissés, et à qui les plus gais ou les plus irrités faisaient place. Des deux rêveurs, l'un voyait avec commisération, l'autre avec mépris cette masse confuse. La nuit devenait plus sombre et la pluie ne cessait de laver les quais et d'éteindre les lampions, mais des groupes se formaient autour des lanternes des boutiques ambulantes, sous les arcades des palais et les portes des grandes maisons. Les femmes mettaient leurs robes sur leurs têtes ou se cachaient sous des parapluies rouges, larges à couvrir une famille, mais leur curiosité ardente les tenait amassées autour de l'accident inespéré, qui retenait les hommes dans les chemins. L'essentiel était de ne pas rentrer chez soi. Le mobile de la plupart des actions de la rue est l'ennui de la maison. L'occasion était rare et avidement saisie. On n'a pas tous les soirs de ces émotions; chaque homme voulant voir agir les autres, personne ne s'en allait. Ces spectateurs de rien étaient spectacle l'un à l'autre. Les seules victimes de cette nuit étaient des victimes muettes, des feuilles éparses et dédaignées qui roulaient, dans l'ombre, vers la mer, entre les hautes murailles du fleuve. On les voyait passer par entassements énormes quelquefois, et figurer de larges radeaux, sur lesquels un homme aurait pu s'embarquer. Elles voyageaient ainsi de concert entre les quais, et puis elles se séparaient comme désespérant de leur salut. Quelques agrafes dorées se décrochaient, et tout s'enfonçait dans l'eau paisible et se perdait aux yeux parmi les nuances pâles des lames de la rivière. Parfois de longues pages des manuscrits antiques se déroulaient lentement sur les vagues et traînaient comme les voiles d'une Vestale; leur plis paraissaient se gonfler en nageant et faire des efforts pour montrer les trésors que l'esprit du temps allait perdre pour toujours. Quelques enfants alors se jetaient à la nage, mais il y avait des hommes qui les suivaient et leur défendaient de secourir les feuilles à demi submergées; pauvres restes du passé qui avaient glorieusement traversé l'océan des siècles barbares et qui devaient ainsi faire naufrage dans la cité des lumières.

Chapitre III. Le Pays latin

A mesure que les silencieux observateurs s'éloignaient des quais, la foule devenait moins épaisse, les groupes plus rares, les rues plus étroites et plus sombres. Les maisons hautes et sans lumières, avec leurs toits aigus, n'avaient d'éveillé que quelques mansardes où brillait de loin en loin un flambeau mélancolique, isolé, ouvert comme un oeil, s'éteignant et se rallumant comme sous les efforts d'une paupière fatiguée, dans une veille pénible. Les vieux murs allongeaient partout leurs angles tout usés et leurs hautes bornes où se plaçaient en embuscade autrefois les tumultueux étudiants de vieilles universités. Les gouttières prolongeaient leurs longs museaux et faisaient tomber leurs ruisseaux sur les petits pavés aigus; et les petites portes, ornées de quelques rares sculptures, s'enfonçaient sous de arcades basses et noires.

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