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Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade d?voile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux d?tails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la libert? des corps comme des esprits, de la cruaut? 'extr?me sensibilit? des organes connue seulement des ?tres d?licats', l'oeuvre du marquis de Sade ?tonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une po?sie d?lirante et pleine d'humour noir.
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Roland sortit en disant ces mots, et me laissa dans des réflexions qui, comme vous croyez bien, n'étaient pas à son avantage.

Il y avait six mois que j'étais dans cette maison, servant de temps en temps aux insignes débauches de ce scélérat, lorsque je le vis entrer un soir dans ma prison avec Suzanne.

– Viens, Thérèse, me dit-il, il y a longtemps, ce me semble, que je ne t'ai fait descendre dans ce caveau qui t'a tant effrayée. Suivez-y-moi toutes les deux, mais ne vous attendez pas à remonter de même, il faut absolument que j'en laisse une, nous verrons sur laquelle tombera le sort.

Je me lève, je jette des yeux alarmés sur ma compagne, je vois des pleurs rouler dans les siens… nous marchons.

Dès que nous fûmes enfermées dans le souterrain, Roland nous examina toutes deux avec des yeux féroces; il se plaisait à nous redire notre arrêt et à nous bien convaincre l'une et l'autre qu'il en resterait assurément une des deux.

– Allons, dit-il en s'asseyant et nous faisant tenir droites devant lui, travaillez chacune à votre tour au désenchantement de ce perclus, et malheur à celle qui lui rendra son énergie.

– C'est une injustice, dit Suzanne; celle qui vous irritera le mieux doit être celle qui doit obtenir sa grâce.

– Point du tout, dit Roland; dès qu'il sera prouvé que c'est elle qui m'enflamme le mieux, il devient constant que c'est elle dont la mort me donnera le plus de plaisir… et je ne vise qu'au plaisir. D'ailleurs, en accordant la grâce à celle qui va m'enflammer le plus tôt, vous y procéderiez l'une et l'autre avec une telle ardeur, que vous plongeriez peut-être mes sens dans l'extase avant que le sacrifice ne fût consommé, et c'est ce qu'il ne faut pas.

– C'est vouloir le mal pour le mal, monsieur, dis-je à Roland; le complément de votre extase doit être la seule chose que vous deviez désirer, et si vous y arrivez sans crime, pourquoi voulez-vous en commettre?

– Parce que je n'y parviendrai délicieusement qu'ainsi, et parce que je ne descends dans ce caveau que pour en commettre un. Je sais parfaitement bien que j'y réussirais sana cela, mais je veux ça pour y réussir.

Et, pendant ce dialogue, m'ayant choisie pour commencer, je l'excite d'une main par-devant, de l'autre par-derrière, tandis qu'il touche à loisir toutes les parties de mon corps qui lui sont offertes au moyen de ma nudité.

– Il s'en faut encore de beaucoup, Thérèse, me dit-il en touchant mes fesses, que ces belles chairs-là soient dans l'état de callosité, de mortification où voilà celles de Suzanne; on brûlerait celles de cette chère fille, qu'elle ne le sentirait pas; mais toi, Thérèse, mais toi… ce sont encore des roses qu'entrelacent des lys: nous y viendrons, nous y viendrons.

Vous n'imaginez pas, madame, combien cette menace me tranquillisa: Roland ne se doutait pas sans doute, en la faisant, du calme qu'il répandait dans moi, mais n'était-il pas clair que puisqu'il projetait de me soumettre à de nouvelles cruautés, il n'avait pas envie de m'immoler encore? Je vous l'ai dit, madame, tout frappe dans le malheur, et dès lors je me rassurai. Autre surcroît de bonheur! Je n'opérais rien, et cette masse énorme, mollement repliée sous elle-même, résistait à toutes mes secousses; Suzanne, dans la même attitude, était palpée dans les mêmes endroits; mais comme les chairs étaient bien autrement endurcies, Roland ménageait beaucoup moins; Suzanne était pourtant plus jeune.

– Je suis persuadé, disait notre persécuteur, que les fouets les plus effrayants ne parviendraient pas maintenant à tirer une goutte de sang de ce cul-là.

Il nous fit courber l'une et l'autre, et s'offrant par notre inclination les quatre routes du plaisir, sa langue frétilla dans les deux plus étroites; le vilain cracha dans les autres. Il nous reprit par-devant, nous fit mettre à genoux entre ses cuisses, de façon que nos deux gorges se trouvassent à hauteur de ce que nous excitions en lui.

– Oh! pour la gorge, dit Roland, il faut que tu le cèdes à Suzanne; jamais tu n'eus d'aussi beaux tétons; tiens, vois comme c'est fourni!

Et il pressait, en disant cela, le sein de cette malheureuse jusqu'à le meurtrir dans ses doigts. Ici, ce n'était plus moi qui l'excitait, Suzanne m'avait remplacée; à peine s'était-il trouvé dans ses mains, que le dard, s'élançant du carquois, menaçait déjà vivement tout ce qui l'entourait.

– Suzanne, dit Roland, voilà d'effrayants succès… C'est ton arrêt, Suzanne, je le crains, continuait cet homme féroce en lui pinçant, en lui égratignant les mamelles.

Quant aux miennes, il les suçait et les mordillait seulement. Il place enfin Suzanne à genoux sur le bord du sofa. Il lui fait courber la tête, et jouit d'elle en cette attitude, de la manière affreuse qui lui est naturelle: réveillée par de nouvelles douleurs, Suzanne se débat, et Roland, qui ne veut qu'escarmoucher, content de quelques courses, vient se réfugier dans moi au même temple où il a sacrifié chez ma compagne, qu'il ne cesse de vexer, de molester pendant ce temps-là.

– Voilà une catin qui m'excite cruellement, me dit-il, je ne sais ce que je voudrais lui faire.

– Oh! monsieur, dis-je, ayez pitié d'elle; il est impossible que ses douleurs soient plus vives.

– Oh! que si! dit le scélérat. On pourrait… Ah! si j'avais ici ce fameux empereur Kié, l'un des plus grands scélérats que la Chine ait vus sur son trône [6], nous ferions bien autre chose vraiment. Entre sa femme et lui, immolant chaque jour des victimes, tous deux, dit-on, les faisaient vivre vingt-quatre heures dans les plus cruelles angoisses de la mort, et dans un tel état de douleur qu'elles étaient toujours prêtes à rendre l'âme sans pouvoir y réussir, par les soins cruels de ces monstres qui, les faisant flotter de secours en tourments, ne les rappelaient cette minute-ci à la lumière que pour leur offrir la mort celle d'après… Moi, je suis trop doux, Thérèse, je n'entends rien à tout cela, je ne suis qu'un écolier.

Roland se retire sans terminer le sacrifice, et me fait presque autant de mal par cette retraite précipitée qu'il n'en avait fait en s'introduisant. Il se jette dans les bras de Suzanne, et joignant le sarcasme à l'outrage

– Aimable créature, lui dit-il, comme je me rappelle avec délices les premiers instants de notre union! Jamais femme ne me donna des plaisirs plus vifs; jamais je n'en aimai comme toi!… Embrassons-nous, Suzanne, nous allons nous quitter, pour bien longtemps peut-être.

– Monstre, lui dit ma compagne en le repoussant avec horreur, éloigne-toi; ne joins pas aux tourments que tu m'infliges le désespoir d'entendre tes horribles propos; tigre, assouvis ta rage, mais respecte au moins mes malheurs.

Roland la prit, il la coucha sur le canapé, les cuisses très ouvertes, et l'atelier de la génération absolument à sa portée.

– Temple de mes anciens plaisirs, s'écria cet infâme, vous qui m'en procurâtes de si doux quand je cueillis vos premières roses, il faut bien que je vous fasse aussi mes adieux…

Le scélérat! il y introduisit ses ongles, et farfouillant avec, plusieurs minutes, dans l'intérieur, pendant lesquelles Suzanne jetait les hauts cris, il ne les retira que couverts de sang. Rassasié de ces horreurs, et sentant bien qu'il ne lui était plus possible de se contenir:

– Allons, Thérèse, me dit-il, allons, chère fille, dénouons tout ceci par une petite scène du jeu de coupe-corde [7].

Tel était le nom de cette funeste plaisanterie dont je vous ai fait la description, la première fois que je vous parlai du caveau de Roland. Je monte sur le trépied, le vilain homme m'attache la corde au col, il se place en face de moi; Suzanne, quoique dans un état affreux, l'excite de ses mains; au bout d'un instant, il tire le tabouret sur lequel mes pieds posent, mais armée de la serpe, la corde est aussitôt coupée et je tombe à terre sans nul mal.

– Bien, bien, dit Roland; à toi, Suzanne, tout est dit, et je te fais grâce si tu t'en tires avec autant d'adresse.

Suzanne est mise à ma place. Oh! madame, permettez que je vous déguise les détails de cette affreuse scène… La malheureuse n'en revint pas.

– Sortons, Thérèse, me dit Roland; tu ne rentreras plus dans ces lieux que ce ne soit ton tour.

– Quand vous voudrez, monsieur, quand vous voudrez, répondis-je; je préfère la mort à l'affreuse vie que vous me faites mener. Sont-ce des malheureuses comme nous à qui la vie peut encore être chère?…

Et Roland me renferma dans mon cachot. Mes compagnes me demandèrent le lendemain ce qu'était devenue Suzanne, je le leur appris; elles ne s'en étonnèrent pas; toutes s'attendaient au même sort, et toutes, à mon exemple, y voyant le terme de leurs maux, le désiraient avec empressement.

Deux ans se passèrent ainsi, Roland dans ses débauches ordinaires, moi dans l'horrible perspective d'une mort cruelle, lorsque la nouvelle se répandit enfin dans le château que non seulement les désirs de notre maître étaient satisfaits, que non seulement il recevait pour Venise la quantité immense de papier qu'il en avait désiré, mais qu'on lui redemandait même encore six millions de fausses espèces dont on lui ferait passer les fonds à sa volonté pour l'Italie; il était impossible que ce scélérat fît une plus belle fortune; il partait avec plus de deux millions de rentes, sans les espérances qu'il pouvait concevoir: tel était le nouvel exemple que la providence me préparait, telle était la nouvelle manière dont elle voulait encore me convaincre que la prospérité n'était que pour le crime et l'infortune pour la vertu.

Les choses étaient dans cet état, lorsque Roland vint me chercher pour descendre une troisième fois dans le caveau. Je frémis en me rappelant les menaces qu'il m'avait faites la dernière fois que nous y étions allés.

– Rassure-toi, me dit-il, tu n'as rien à craindre, il s'agit de quelque chose qui ne concerne que moi… une volupté singulière dont je veux jouir et qui ne te fera courir nul risque.

Je le suis. Dès que toutes les portes sont fermées:

– Thérèse, me dit Roland, il n'y a que toi dans la maison à qui j'ose me confier pour ce dont il s'agit; il me fallait une très honnête femme… Je n'ai vu que toi, je l'avoue, je te préfère même à ma sœur…

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[6] L'empereur chinois Kié avait une femme aussi cruelle et aussi débauchée que lui; le sang ne leur coûtait rien à répandre, et pour leur seul plaisir, ils en versaient journellement des flots; ils avaient, dans l'intérieur de leur palais, un cabinet secret où les victimes s'immolaient sous leurs yeux pendant qu'ils jouissaient. Théo, l'un des successeurs de ce prince, eut comme lui une femme très cruelle; ils avaient inventé une colonne d'airain que l'on faisait rougir, et sur laquelle on attachait des infortunés sous leurs yeux: «La princesse, dit l'historien dont nous empruntons ces traits, s'amusait infiniment des contorsions et des cris de ces tristes victimes; elle n'était pas contente si son mari ne lui donnait fréquemment ce spectacle.» (Hist. des Conj., tome VII, page 43.)

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[7] Ce jeu, qui a été décrit plus haut, était fort en usage chez les Celtes dont nous descendons (voyez l'Histoire des Celtes, par M. Peloutier); presque tous ces écarts de débauches, ces passions singulières du libertinage, en partie décrites dans ce livre et qui éveillent ridiculement aujourd'hui l'attention des lois, étaient jadis ou des jeux de nos ancêtres qui valaient mieux que nous, ou des coutumes légales, ou des cérémonies religieuses: maintenant nous en faisons des crimes. Dans combien de cérémonies pieuses des païens faisait-on usage de la fustigation! Plusieurs peuples employaient ces mêmes tourments ou passions pour installer leurs guerriers, cela s'appelait Huscanaver (voyez les cérémonies religieuses de tous les peuples de la terre). Ces plaisanteries, dont tout l'inconvénient peut être au plus la mort d'une catin, sont des crimes capitaux à présent! Vivent les progrès de la civilisation! Comme ils coopèrent au bonheur de l'homme, et comme nous sommes bien plus fortunés que nos aïeux!

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