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Justine Ou Les Malheurs De La Vertu

Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:

Rejetant la douce nature rousseauiste, Sade d?voile le mal qui est en nous et dans la vie. La vertueuse Justine fait la confidence de ses malheurs et demeure jusque dans les plus scabreux d?tails l'incarnation de la vertu. Apologie du crime, de la libert? des corps comme des esprits, de la cruaut? 'extr?me sensibilit? des organes connue seulement des ?tres d?licats', l'oeuvre du marquis de Sade ?tonne ou scandalise. C'est aussi une oeuvre d'une po?sie d?lirante et pleine d'humour noir.
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– Voilà où vous périrez, Thérèse, me dit Roland, si vous concevez jamais la fatale idée de quitter ma maison; oui, c'est ici que je viendrai moi-même vous donner la mort, que je vous en ferai sentir les angoisses par tout ce qu'il me sera possible d'inventer de plus dur.

En prononçant cette menace, Roland s'enflamma; son agitation, son désordre le rendaient semblable au tigre prêt à dévorer sa proie: ce fut alors qu'il mit au jour le redoutable membre dont il était pourvu; il me le fit toucher, me demanda si j'en avais vu de semblable.

– Tel que le voilà, catin, me dit-il en fureur, il faudra pourtant bien qu'il s'introduise dans la partie la plus étroite de ton corps, dussé-je te fendre en deux; ma sœur, bien plus jeune que toi, le soutient dans cette même partie; jamais je ne jouis différemment des femmes: il faudra donc qu'il te pourfende aussi.

Et pour ne pas me laisser de doute sur le local qu'il voulait dire, il y introduisait trois doigts armés d'ongles fort longs, en me disant:

– Oui, c'est là, Thérèse, c'est là que j'enfoncerai tout à l'heure ce membre qui t'effraie; il y entrera de toute sa longueur, il te déchirera, il te mettra en sang, et je serai dans l'ivresse.

Il écumait en disant ces mots, entremêlés de jurements et de blasphèmes odieux. La main dont il effleurait le temple qu'il paraissait vouloir attaquer s'égara alors sur toutes les parties adjacentes, il les égratignait; il en fit autant à ma gorge, il me la meurtrit tellement que j'en souffris quinze jours des douleurs horribles. Ensuite il me plaça sur le bord du canapé, frotta d'esprit-de-vin cette mousse dont la nature orna l'autel où notre espèce se régénère; il y mit le feu et la brûla. Ses doigts saisirent l'excroissance de chair qui couronne ce même autel, il le froissa rudement; il introduisit de là ses doigts dans l'intérieur, et ses ongles molestaient la membrane qui le tapisse. Ne se contenant plus, il me dit que puisqu'il me tenait dans son repaire, il valait tout autant que je n'en sortisse plus, que cela lui éviterait la peine de m'y redescendre. Je me précipitai à ses genoux, j'osai lui rappeler encore les services que je lui avais rendus… Je m'aperçus que je l'irritais davantage en reparlant des droits que je supposais à sa pitié; il me dit de me taire, en me renversant sur le carreau d'un coup de genou appuyé de toutes ses forces dans le creux de mon estomac.

– Allons! me dit-il, en me relevant par les cheveux, allons! prépare-toi; il est certain que je vais t'immoler…

– Oh, monsieur!

– Non, non, il faut que tu périsses; je ne veux plus m'entendre reprocher tes petits bienfaits; j'aime à ne rien devoir à personne, c'est aux autres à tenir tout de moi… Tu vas mourir, te dis-je, place-toi dans ce cercueil, que je voie si tu pourras y tenir.

Il m'y porte, il m'y enferme, puis sort du caveau, et fait semblant de me laisser là. Je ne m'étais jamais crue si près de la mort; hélas! elle allait pourtant s'offrir à moi sous un aspect encore plus réel. Roland revient, il me sort du cercueil.

– Tu seras au mieux là-dedans, me dit-il; on dirait qu'il est fait pour toi; mais t'y laisser finir tranquillement, ce serait une trop belle mort; je vais t'en faire sentir une d'un genre différent et qui ne laisse pas que d'avoir aussi ses douceurs. Allons! implore ton Dieu, catin, prie-le d'accourir te venger, s'il en a vraiment la puissance…

Je me jette sur le prie-Dieu et pendant que j'ouvre à haute voir mon cœur à l'Éternel, Roland redouble sur les parties postérieures que je lui expose ses vexations et ses supplices d'une manière plus cruelle encore; il flagellait ces parties de toute sa force avec un martinet armé de pointes d'acier, dont chaque coup faisait jaillir mon sang jusqu'à la voûte.

– Eh bien! continuait-il en blasphémant, il ne te secourt pas, ton Dieu; il laisse ainsi souffrir la vertu malheureuse, il l'abandonne aux mains de la scélératesse; ah! quel Dieu, Thérèse, quel Dieu que ce Dieu-là! Viens, me dit-il ensuite, viens, catin, ta prière doit être faite (et en même temps il me place sur l'estomac, au bord du canapé qui faisait le fond de ce cabinet); je te l'ai dit, Thérèse, il faut que tu meures!

Il se saisit de mes bras, il les lie sur mes reins, puis il passe autour de mon cou un cordon de soie noire dont les deux extrémités, toujours tenues par lui, peuvent, en serrant à sa volonté, comprimer ma respiration et m'envoyer en l'autre monde, dans le plus ou le moins de temps qu'il lui plaira.

– Ce tourment est plus doux que tu ne penses, Thérèse, me dit Roland; tu ne sentiras la mort que par d'inexprimables sensations de plaisir; la compression que cette corde opérera sur la masse de tes nerfs va mettre en feu les organes de la volupté; c'est un effet certain. Si tous les gens condamnés à ce supplice savaient dans quelle ivresse il fait mourir, moins effrayés de cette punition de leurs crimes, ils les commettraient plus souvent et avec bien plus d'assurance; cette délicieuse opération, Thérèse, comprimant de même le local où je vais me placer, ajoute-t-il en se présentant à une route criminelle, si digne d'un tel scélérat, va doubler aussi mes plaisirs.

Mais c'est en vain qu'il cherche à la frayer; il a beau préparer les voies, trop monstrueusement proportionné pour réussir, ses entreprises sont toujours repoussées. C'est alors que sa fureur n'a plus de bornes; ses ongles, ses mains, ses pieds servent à le venger des résistances que lui oppose la nature. Il se présente de nouveau, le glaive en feu glisse aux bords du canal voisin, et de la vigueur de la secousse y pénètre de près de moitié; je jette un cri; Roland, furieux de l'erreur, se retire avec rage, et pour cette fois frappe l'autre porte avec tant de vigueur, que le dard humecté s'y plonge en me déchirant. Roland profite des succès de cette première secousse; ses efforts deviennent plus violents; il gagne du terrain; à mesure qu'il avance, le fatal cordon qu'il m'a passé autour du cou se resserre, je pousse des hurlements épouvantables; le féroce Roland, qu'ils amusent, m'engage à les redoubler, trop sûr de leur insuffisance, trop maître de les arrêter quand il voudra; il s'enflamme à leurs sons aigus. Cependant l'ivresse est prête à s'emparer de lui, les compressions du cordon se modulent sur les degrés de son plaisir; peu à peu mon organe s'éteint; les serrements alors deviennent si vifs que mes sens s'affaiblissent sans perdre néanmoins la sensibilité; rudement secouée par le membre énorme dont Roland déchire mes entrailles, malgré l'affreux état dans lequel je suis, je me sens inondée des jets de sa luxure; j'entends encore les cris qu'il pousse en les versant. Un instant de stupidité succéda, je ne sais ce que je devins, mais bientôt mes yeux se rouvrent à la lumière, je me retrouve libre, dégagée, et mes organes semblent renaître.

– Eh bien! Thérèse, me dit mon bourreau, je gage que si tu veux être vraie, tu n'as senti que du plaisir?

– Que de l'horreur, monsieur, que des dégoûts, que des angoisses et du désespoir!

– Tu me trompes, je connais les effets que tu viens d'éprouver; mais quels qu'ils aient été, que m'importe! tu dois, je l'imagine, me connaître assez pour être bien sûre que ta volupté m'inquiète infiniment moins que la mienne dans ce que j'entreprends avec toi, et cette volupté que je cherche a été si vive, que je vais m'en procurer encore les instants. C'est de toi, maintenant, Thérèse, me dit cet insigne libertin, c'est de toi seule que tes jours vont dépendre.

Il passe alors autour de mon cou cette corde qui pendait au plafond; dès qu'elle y est fortement arrêtée, il lie au tabouret sur lequel je posais les pieds et qui m'avait élevée jusque-là, une ficelle dont il tient le bout, et va se placer sur un fauteuil en face de moi: dans mes mains est une serpe tranchante dont je dois me servir pour couper la corde au moment où, par le moyen de la ficelle qu'il tient, il fera trébucher le tabouret sous mes pieds.

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