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Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:

L'Etoile Bleue [fr]
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– Décidément... hic !... on ne peut pas faire... un pas sans tomber sur vous, prince... machin ? On vous trouve... dans le train... près d’la portière quand ma... sœur décide d’en finir. On vous r’trouve à la gare et maintenant ici... J’ commence à trouver qu’vous... t’nez un peu trop d’place !

– C’est vous qui semblez avoir le plus grand mal à tenir la vôtre, fit Morosini avec dédain. Quand on ne veut pas rencontrer les gens, on reste chez soi.

– J’vais où j’veux... et...

– Moi aussi.

– Et j’fais c’que j’veux... et c’ que j’veux... c’est vous tuer parce que j’trouve qu’ vous vous occupez un peu trop... hic... d’ma sœur !

– Monsieur Vidal-Pellicorne, intervint Vauxbrun, voulez-vous que je vous aide à sortir cet olibrius... au cas où vous n’y arriveriez pas ?

– Je devrais pouvoir m’en tirer ! Allons, Solmanski, venez ! Vous êtes en train de vous donner en spectacle et vous avez trop bu. Je vous ramène chez vous...

– Pas... pas question ! Nous d’vons... aller jouer... au Cercle.

– Ça m’étonnerait qu’on vous accepte dans cet état-là, fit Aldo en riant.

– Je le pense aussi. Venez, Sigismond, nous rentrons ! Bonsoir, messieurs !

– J’ai dit que j’voulais... tuer cet homme ! En duel ! s’entêta le Polonais...

– Plus tard ! D’abord il faut vous remettre d’aplomb et ensuite nous ressortirons...

Avec l’assistance du maître d’hôtel accouru à la rescousse, Adalbert réussit à faire sortir Solmanski de chez Cubat, suivi par le regard songeur de Morosini qui cherchait à comprendre pour quelle raison Vidal-Pellicorne s’était mis à entretenir de si étroites relations avec le frère d’Anielka. Quant à son attitude envers lui-même, elle avait été parfaite : celle d’un homme qui rencontre une vague relation. Il valait beaucoup mieux que leur amitié naissante demeurât ignorée le plus longtemps possible.

Un instant plus tard, la pétarade de l’Amilcar se faisait entendre à nouveau et Gilles Vauxbrun haussait les épaules :

– Je n’aimerais pas avoir ce genre de passager. Mais, dis-moi un peu, pourquoi ce Polonais... Je ne me trompe pas ? C’en est bien un ?

– Tu ne te trompes pas.

– Pourquoi ce Polonais tient-il à te trucider ? Qu’est-ce que tu as fait à sa sœur ?

– Rien ! Nous nous sommes rencontrés à une ou deux reprises et... elle a été aimable avec moi. Sans plus, mais il est possible qu’aux yeux d’un ivrogne...

– Sans doute, fit l’antiquaire d’un air méditatif, mais le fameux In vino veritas s’est souvent vérifié. Ce jeune homme te hait, mon vieux, et tu ferais bien de prendre garde.

– Que veux-tu qu’il fasse ? On ne se bat plus en duel...

– Il y a d’autres moyens, mais au moins te voilà prévenu...

En termes à peine différents, ce fut à peu près ce qu’Adalbert répéta quand il appela Aldo au téléphone le lendemain matin.

– Je ne pensais pas que le jeune Sigismond soit à ce point monté contre vous ! Dès qu’il vous a reconnu, votre personne et vos agissements ont été son unique sujet de conversation et il s’est mis à boire comme une éponge.

– J’avais remarqué, mais comment se fait-il que vous soyez en si bons termes avec lui ?

– Pure stratégie, mon cher. Il est bon, pour la suite de nos projets, d’être implanté dans la place. Cela a été facile, il m’a suffi de l’emmener au cercle de la rue Royale. Comme il y a eu un peu de chance, il m’adore. Et vous ? Où en êtes-vous ?

– J’ai vu Ferrais hier, mais comme j’ai un autre rendez-vous important cet après-midi, je vous raconterai ça plus tard. Où pourrions-nous nous rencontrer puisque, si j’ai bien compris votre attitude d’hier soir, nous ne sommes pas censés nous connaître ?

– C’est préférable pour le moment. Le mieux est que vous veniez chez moi assez tard dans la soirée quand la nuit est bien installée...

– Dois-je me munir d’un sombrero et d’un manteau couleur de muraille ? dit Morosini amusé. Ou alors d’un masque à la mode de chez nous ?

– Vous autres Vénitiens êtes les derniers romantiques. Venez vers neuf heures ! On grignotera quelque chose et on fera le point.

Situé dans l’enceinte du bois de Boulogne entre la porte des Sablons et celle de Madrid, le Jardin d’Acclimation avait été créé en 1860 pour « réunir les espèces animales qui peuvent donner avec avantage leur force, leur chair, leur laine, leurs produits de tous genres à l’industrie et au commerce ou servir à nos délassements ». On y trouvait divers départements séduisants : une magnanerie, une grande volière, une poulerie, une singerie, un aquarium, un bassin pour les phoques, une immense serre et cent autres « merveilles » qui attiraient journellement le peuple enfantin des alentours et même de beaucoup plus loin. Pour petits et grands, un charmant salon de thé-restaurant de plein air offrait à la gourmandise de tous des éclairs, des babas, des glaces et aussi des « sultanes », délicieuses pâtisseries fourrées à la crème de vanille. On s’y régalait en écoutant la musique du kiosque voisin où, durant la belle saison, un orchestre de soixante musiciens donnait des concerts très suivis entre trois et cinq heures. Enfin – divine distraction pour les enfants ! – il était possible de faire le tour de la grande pelouse monté sur un âne, un poney, un zèbre, un chameau, un éléphant ou même une autruche... Cet éden était desservi par un petit train qui faisait la navette avec la porte Maillot, mais ce fut en taxi que Morosini s’y fit conduire.

Tout de suite, en arrivant devant la terrasse du salon de thé, il vit Anielka assise à une table en compagnie de sa femme de chambre. Un rayon de soleil passant à travers les feuilles de marronnier jouait sur sa tête coiffée d’une petite toque en plumes de martin-pêcheur. D’une cuillère distraite, elle égratignait une glace à la fraise...

N’ayant rien d’autre à faire pour le moment, Aldo s’installa de façon à être vu, commanda du thé et un baba au rhum, mais savoura bien davantage le plaisir de contempler le teint de fleur et le délicat profil. Dans cet environnement de verdure et de gaieté, plein de cris et de rires d’enfants sur lesquels voltigeait la valse de La Veuve joyeuse jouée par l’orchestre, elle formait un tableau adorable. Elle était trop jolie pour ne pas susciter la passion, même chez un quasi-mysogyne comme Ferrais, et lui-même sentait une profonde amertume l’envahir à l’idée de l’incroyable bonheur qui attendait le marchand de canons au soir de son mariage.

Soudain, après avoir consulté la petite montre enrichie de diamants qu’elle portait au poignet, il la vit s’adosser à son siège et laisser son regard se poser sur ce qui l’entourait. Elle aperçut très vite Morosini, battit des paupières et esquissa un sourire puis se mit à contempler l’orchestre. Morosini comprit qu’il devait attendre. Au bout d’un moment, quand la musique se tut, la camériste appela le garçon, régla la dépense, après quoi les deux femmes se levèrent au milieu du léger brouhaha qui se produisait toujours à la fin du concert. Aldo jeta un billet sur la table et se prépara à les suivre.

Anielka se dirigea au pas de promenade vers le village des lamas puis franchit une petite oasis de verdure formée par une pépinière d’arbres nains et arriva près du bassin aux phoques surmonté d’un rocher artificiel. On s’y attardait volontiers pour regarder les tritons à moustaches plonger de ce perchoir pour reparaître, brillants comme du satin et crachant l’eau joyeusement ou encore happant un poisson. Comme il y avait du monde, Aldo put s’approcher d’Anielka, momentanément séparée de Wanda par une nurse anglaise nantie d’un encombrant landau où gazouillaient des jumeaux contre son dos.

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