Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
– Finissons-en ! dit le comte de Loménie. L'Aubignière, attrapez votre neveu de gré ou de force, et emmenez-le rapidement à l'écart. Qu'on n'entende plus ses cris, sinon tout le monde finira par tomber en transes.
Le Canadien marcha vers les Iroquois afin de saisir énergiquement l'objet du conflit, mais à peine avait-il avancé la main que les guerriers farouches se portèrent vers lui d'un air menaçant.
– N'y touchez pas !
– Ça se gâte, on dirait, monologua Eloi Macollet. Dame ! Fallait s'y attendre ! Fallait s'y attendre !... Ils disent qu'on sait bien que les Français sont des brutes avec leurs enfants, mais qu'on ne touchera pas un cheveu de celui-là devant eux... Faut s'y prendre avec patience, qu'y disent. Ça promet. Si le gamin est aussi obstiné que son oncle L'Aubignière, on sera encore là demain. D'ailleurs, tous ces L'Aubignière, c'est des têtes de mule !...
Angélique se glissa un peu en avant et se rapprocha de son mari.
– Que pensez-vous de cet incident ? lui chuchota-t-elle.
– Que ça peut tourner au pire.
– Qu'allons-nous faire ?
– Nous, rien pour le moment. Prendre patience ! C'est ce que nous recommandent ces messieurs les Iroquois.
Il demeurait calme, affichait de se tenir à l'écart de ces négociations qui ne le concernaient pas encore directement. Angélique, comme lui, comprenait qu'il était essentiel de ne pas s'énerver, mais la fièvre montait.
Cramoisi, l'enfant braillait de plus belle, les yeux clos, comme s'il refusait à jamais le sort affreux qu'on lui réservait : quitter les sauvages, revenir parmi ces monstres aux visages pâles !
Ses joues ruisselaient de larmes.
Angélique se sentait prise de pitié pour ce désespoir enfantin. Il fallait faire quelque chose... Elle regagna le fort et vola jusqu'au magasin de vivres. En tâtonnant, elle trouva ce qu'elle cherchait : un pain de sucre blanc dont elle cassa promptement quelques morceaux : puis elle plongea la main dans une caisse de pruneaux, en prit une poignée et revint en toute hâte sur les lieux du drame.
Loménie avait attiré ses lieutenants à l'écart.
– Laissons-les s'éloigner avec cet insupportable moutard et ensuite entrons en campagne pour le reprendre et les réduire à merci.
– Et s'ils le tuaient pour se venger, dit Maudreuil.
– Non, ils y sont trop attachés.
Peyrac intervint.
– Au point où nous en sommes, la rupture des négociations amènerait non seulement les ennuis que nous avons voulu éviter, mais de bien pires encore. Je vous demande de demeurer calmes et de prendre patience.
Angélique se pencha vers Honorine.
– Regarde ce pauvre petit garçon là-bas, qui pleure ; il a peur de toutes ces grandes personnes qu'il ne connaît pas. Va lui porter un morceau de sucre et des pruneaux et ensuite prends-le par la main et amène-le-moi.
On ne faisait jamais appel en vain au bon cœur d'Honorine. Sans aucune crainte, la petite fille s'avança toute droite devant les Iroquois qu'elle considéra avec familiarité. Elle avait l'air d'une petite poupée sortie d'un cadre avec sa robe à gros plis et son tablier de toile verte. Son bonnet vert, d'où s'échappaient ses boucles cuivrées, brillait au soleil. Les pieds étaient chaussés de mocassins, aux revers brodés de perles. D'un grand geste spontané, elle tendit les présents au garçonnet. Swanissit et Outtaké entrèrent aussitôt dans le jeu et s'empressèrent de vanter à leur pupille les merveilles que lui offrait Honorine. Le désespéré consentit à ouvrir les yeux. Il reniflait spasmodiquement en considérant les offrandes. Connaissait-il le sucre blanc ? Il préféra se saisir des pruneaux qui lui étaient plus familiers, mais son regard demeurait fixé sur ce morceau de matière blanche qu'on lui disait comestible. Honorine alors prit l'enfant-sauvage par une main et l'amena à petits pas vers Angélique.
Toutes les nations retinrent leur souffle.
La faible distance parcourue par les pieds enfantins décidait de la paix ou de la guerre. Angélique s'était agenouillée et le regardait s'approcher en retenant tous mouvements qui pût l'effaroucher.
Lorsqu'il fut devant elle, elle lui parla avec douceur.
– C est du sucre ! Pose ta langue dessus. Tu verras.
Il ne comprenait pas, mais le son de cette voix parut lui plaire. Il leva vers elle ses grands yeux d'azur et comme fasciné parut oublier sa peur et jusqu'à l'endroit où il se trouvait. Ce visage de femme blanche, aux cheveux clairs retenus par une coiffe, évoquait-il pour lui celui de la jeune Française qui avait été sa mère et qui était morte scalpée, par une nuit infernale ? On aurait dit qu'il essayait de se souvenir.
Elle continuait de lui parler de façon rassurante. Le vieux Macollet vint à la rescousse. Adoucissant sa voix bourrue, il répéta en iroquois les paroles d'Angélique.
– C'est du sucre. Goûte...
L'enfant alors se décida à poser sa langue sur le morceau de sucre, puis il mordit à pleines dents. Un sourire illumina sa petite frimousse barbouillée et soudain, émerveillé, il éclata d'un rire clair.
Le soulagement fut immense.
La délégation iroquoise se détendit. Tout le monde se rapprocha, coude à coude, et l'on fit cercle autour d'Angélique et des deux enfants.
Angélique avait fait appeler près d'elle les garçons d'Elvire.
– N'avez-vous pas dans vos poches quelque chose qui pourrait l'intéresser ?
Elle avait deviné juste. Toute poche de garçon de sept à dix ans qui se respecte recèle des trésors. Barthélémy y trouva deux billes d'agate, vestige d'une dernière partie disputée sur les pavés de La Rochelle.
Il n'en fallait pas plus pour séduire définitivement le petit. L'encadrant étroitement, le groupe formé par les femmes et les enfants l'entraîna sans heurts vers la cour, puis vers la maison. Enfin ils se trouvèrent à l'abri derrière une porte close, avec leur capture.
Angélique redoutait que, se voyant enfermé, il ne se remette à pousser des cris perçants. Mais, après avoir jeté un regard sur les murs alentour et marqué un imperceptible recul, il parut se résigner et d'une façon assez inattendue il alla s'asseoir sur la pierre de l'âtre devant le feu flambant. Elle fut persuadée que le décor lui avait rappelé d'anciennes joies dans sa ferme canadienne. Il subissait l'ascendant du « déjà vu ». Il grignota son sucre en regardant Barthélémy faire rouler ses billes sur le sol. De temps en temps, il prononçait quelques mots en iroquois. Pour achever de l'apprivoiser, Angélique envoya chercher le vieux Canadien à la « toque rouge ». Elle l'installa, lui aussi, devant la cheminée avec un verre de vieux marc.
– Soyez gentil, monsieur Macollet, servez-nous de « truchement », comme on dit chez vous, avec ce jeune barbare. Je crains sans cesse qu'il ne s'impatiente s'il sent qu'on ne le comprend pas...
De plus, elle donna à chaque enfant un morceau du précieux sucre pour les récompenser de leur aide.
– Sans vous, mes enfants, nous aurions eu beau coup d'ennuis. Vous avez été de très utiles intermédiaires.
Ce fut aussi l'avis de M. de Loménie lorsqu'un peu plus tard il vint en personne remercier Mme de Peyrac. Il annonça que les Iroquois s'étaient retirés dans le calme, rassurés sur le sort de leur pupille.
– Nous vous devons mille civilités, madame. Sans vous et vos aimables enfants, nous nous trouvions dans une impasse. Nous oublions trop souvent, nous autres militaires, qu'il y a des situations où seul le tact d'une femme peut trouver la solution. Nous nous serions tous massacrés à cause de ce vermisseau, alors que par votre seul sourire...