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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Le nouveau bateau avait une ligne beaucoup plus élancée que la barge qui les avait amenés du Labyrinthe ; étroit et bas sur l’eau, il était effilé à la poupe comme à la proue et portait trois mats, des espars peints de couleurs vives et couverts de signes magiques criards. Il était plus petit et moins luxueusement aménagé que les navires sur lesquels les princes du Château faisaient le voyage entre le Mont et le Labyrinthe, mais il ferait l’affaire. Son nom, Termagant, s’affichait en flamboyantes lettres rouges de style baroque sur le revêtement jaune citron de la coque ; son capitaine. Dimithair Vort, était une femme d’Ambleborn au corps dur et au visage ingrat, avec des muscles de débardeur et une toison ébouriffée de cheveux noirs Irisés, au bout desquels elle avait attaché une multitude cliquetante de charmes et d’amulettes.

— Prestimion, fit-elle, en parcourant la liste des passagers sur le manifeste. Lequel d’entre vous est Prestimion ?

— Moi.

— Prestimion de Muldemar ?

— Lui-même.

— Mon frère vous a emmené un jour à la chasse au gharvole, dans la région de Thazgarth, au-delà du mont Baskolo. Vous étiez avec quelques autres grands seigneurs. Mon frère est guide là-bas, il s’appelle Vervis Aktin. Je vous voyais beaucoup plus grand, ajouta-t-elle en le toisant des pieds à la tête.

— Moi aussi. Le Divin en a décidé autrement.

— Mon frère m’a dit que vous étiez le meilleur tireur à l’arc qu’il ait jamais rencontré. À part lui, naturellement… Il est le meilleur archer au monde. Vervis Aktin : vous souvenez-vous de lui ?

— Très clairement, répondit Prestimion.

Cela remontait à sept ans. Korsibar, avec qui il entretenait à l’époque des relations plus amicales, l’avait invité à une partie de chasse dans la réserve de Thazgarth, une forêt dense au nord-est d’Alhanroel, large de près de deux mille cinq cents kilomètres, où les plus dangereux prédateurs vivaient en liberté. Septach Melayn les accompagnait, ainsi que le jeune comte Belzyn de Bibiroon, une tête brûlée qui devait trouver la mort l’année suivante dans un accident de montagne.

Vervis Aktin, Prestimion s’en souvenait maintenant, avait les mêmes cheveux frisés que sa sœur, le même corps sec et musclé, et la même indifférence marquée au prestige de l’aristocratie. Le soir, autour du feu de camp, il se vantait en toute liberté de ses exploits amoureux, de ses bonnes fortunes avec quantité de chasseresses de la haute société au cours de ses expéditions de chasse ; Korsibar avait été obligé de lui demander de se taire avant qu’il commence à citer des noms. Prestimion avait gardé le souvenir d’un guide infatigable et, il devait le reconnaître, d’un excellent archer, mais peut-être pas aussi suprêmement doué que l’affirmait sa sœur.

Elle les conduisit à leurs chambres, de simples petites cabines sous le pont, où ils dormiraient tout le temps du voyage. Prestimion partageait la sienne avec Gialaurys, le duc Svor avec Septach Melayn.

— Que fait votre frère aujourd’hui ? demanda Prestimion au capitaine qui restait sur le seuil en l’observant avec désinvolture.

— Il est toujours guide à Thazgarth. Il a perdu une jambe en se faisant prendre entre une mère gharvole et son petit, mais il n’a pas ralenti ses activités pour autant. Vous l’avez beaucoup impressionné, vous savez. Pas seulement par ce que vous saviez faire avec un arc. Il a dit que vous seriez Coronal un jour.

— Peut-être, fit Prestimion.

— Mais nous ne sommes pas déjà prêts à en avoir un autre. Le nouveau, lord Korsibar, vient de prendre ses fonctions. Vous le connaissez, j’imagine ?

— Très bien. Il était avec votre frère et moi à Thazgarth, pendant cette expédition de chasse.

— Pas possible ! J’ai entendu dire que c’était le fils du vieux Confalume. C’est bien vrai ? Comme ça, le trône reste dans la famille. Le Divin m’est témoin que je ferais la même chose ! Vous savez prendre soin de vos intérêts, vous, les grands seigneurs.

Son sourire découvrit de belles dents pointues.

— Mon frère me disait toujours…

Ils furent interrompus par Septach Melayn qui ne supportait pas que s’installe une familiarité déplacée entre cette femme et Prestimion, et que la conversation avait depuis longtemps cessé d’amuser. Il invita Dimithair Vort à se retirer et les voyageurs entreprirent de s’installer dans leur cabine.

Au bout d’un moment, des incantations leur parvinrent. Prestimion sortit et vit une demi-douzaine de membres de l’équipage, le capitaine et quelques autres, réunis sur le pont, qui se passaient de main en main en psalmodiant de petites pierres, selon un ordre préétabli. Il avait déjà assisté à cette scène. C’était une sorte de cérémonie destinée à garantir la sécurité du voyage. Une invocation de routine. Les pierres étaient des objets sacrés, bénits par quelque chaman aux pouvoirs duquel le capitaine croyait.

Prestimion observa les marins avec une manière de tendresse. Son moi rationnel se hérissait comme à l’accoutumée devant cette nouvelle manifestation de superstition, cette croyance naïve en des corps minéraux, mais il n’en était pas moins impressionné par la pureté et l’intensité de la foi qu’elle suggérait, une foi en des esprits bienveillants et attentifs, sous la protection de qui on pouvait se placer. Ils étaient capables de croire à l’invisible ; pas lui. Cette différence était comme une muraille qui se dressait entre eux. Prestimion se prit à aspirer à partager cette foi qu’il n’avait jamais, fût-ce un instant, été capable d’éprouver ; il ressentit d’autant plus ce manque que les honneurs suprêmes venaient de lui être arrachés et qu’aucun moyen visible du monde de la raison et des phénomènes naturels ne lui permettait de les reconquérir. Les esprits apportaient la consolation lorsque les objectifs matériels échappaient à l’homme. À condition de croire à l’existence des esprits.

Svor apparut à ses côtés. Prestimion indiqua la cérémonie qui se déroulait et posa le doigt sur les lèvres. Svor hocha la tête.

Les incantations s’achevèrent et les marins se dispersèrent en silence.

— Comme tout cela est réel pour eux, fit Prestimion. Comme ils prennent au sérieux le pouvoir de ces pierres.

— Avec juste raison, répondit Svor. Tu peux croire ou ne pas croire, Prestimion, il existe des forces puissantes auxquelles on peut commander, si on sait s’y prendre. « Je peux déplacer le ciel, commença-t-il à déclamer, élever les terres, fondre les montagnes, geler les fontaines. Je peux faire apparaître les fantômes et contraindre les dieux à marcher parmi nous. Je peux éteindre les étoiles et illuminer l’abîme insondable. »

— Tu peux vraiment le faire, Svor ? demanda Prestimion en le regardant bizarrement. J’ignorais que tu étais un si puissant sorcier.

— Je ne fais que citer un poème, répondit Svor. Un poème très célèbre.

— Bien sûr, fit Prestimion.

Tout lui revenait, maintenant que Svor l’avait mis sur la voie.

— C’est Furvain, n’est-ce pas ? Bien sûr, Furvain. J’aurais dû m’en rendre compte plus tôt.

— Le Livre des Changements, cinquième chant, quand la prêtresse Métamorphe apparaît devant lord Stiamot.

— Oui, reprit Prestimion, confus. Bien sûr.

Quel enfant n’avait lu ce récit épique, plusieurs fois millénaire, qui relatait en vers exaltants les batailles héroïques de l’aube de Majipoor ? Mais éteindre les étoiles et illuminer l’insondable abîme relevaient de la fable. Il n’avait jamais pris le majestueux poème de Furvain pour des faits historiques.

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