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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Ces maisons lacustres étaient en partie des structures naturelles, à l’instar d’autres habitations encore plus fameuses, les maisons-arbres de Treymone, sur la côte occidentale d’Alhanroel. Mais, contrairement aux habitants de Treymone qui vivaient réellement à l’intérieur de leur arbre, formant les pièces qu’ils occupaient à l’aide de branches flexibles liées les unes aux autres, ceux de Gorghoiz s’en servaient seulement de plate-forme pour leurs constructions. Dans le fertile limon orange de la rive méridionale du lac – et nulle part ailleurs sur Majipoor – se plaisait en effet le dyumbataro, dont les branches et les rameaux poussaient non pas sur un tronc central, mais au faîte d’une masse énorme de denses racines aériennes roses qui se dressaient dans le limon comme des pilotis. Ces racines dénudées, aux fibres ligneuses, des dizaines pour chaque arbre, atteignaient des hauteurs de quatre à six mètres, parfois neuf ; chaque fois qu’un arbre formait son feuillage, les racines s’élargissaient en une profusion de pousses semblables à des lianes, couvertes de feuilles vernissées de la taille d’une soucoupe et de tiges en fleur projetant des hampes écarlates à des angles aigus.

Les habitants des villages lacustres avaient découvert depuis longtemps que, si la croissance verticale d’un jeune dyumbataro était interrompue par étêtage, si on coupait sa partie supérieure juste au moment où les jeunes pousses commençaient à apparaître, l’arbre continuerait à pousser latéralement et finirait par former une plate-forme végétale de cinq à six mètres de large, la fondation idéale pour une habitation. Ils utilisaient pour les construire des feuilles translucides d’un minéral brillant détachées des flancs de falaises distantes de quelques kilomètres à l’est ; courbées en forme de dôme, elles étaient fixées sur la plate-forme à l’aide d’arceaux et de piquets de bois. Ces logements étaient la plupart du temps de simples et grossières cabanes de trois ou quatre pièces au plus. Mais, au coucher du soleil, quand les rayons bronze doré donnaient à flots sur la façade ouest de ces habitations en dôme, la réflexion de la lumière produisait un rutilement rouge sang d’une extraordinaire beauté.

Prestimion et ses compagnons prirent pension dans une modeste auberge pour marchands ambulants, à Daumry Thike, le premier des villages sur pilotis où ils arrivèrent et où on leur assura qu’ils pourraient trouver un nouveau moyen de transport. Comme il paraissait plus prudent à Prestimion de ne pas divulguer son identité, ils se présentèrent simplement à l’intérieur et à l’extérieur de l’auberge comme un groupe anonyme de jeunes aristocrates du Château regagnant le Mont après un séjour au Labyrinthe.

Le village était situé à moins de cent mètres de la rive du lac. À cet endroit, le sol limoneux était perpétuellement humide. Quand arrivaient les orages de la saison des pluies – en automne dans cette région –, le lac, si l’année était particulièrement pluvieuse, pouvait s’étendre bien au-delà de ses limites habituelles, de sorte que ses eaux montaient jusqu’au village et venaient lécher les pilotis roses, rendant un canot nécessaire pour tout déplacement à Daumry Thike. Quand les précipitations étaient exceptionnellement fortes – ce qui n’arrivait pas plus d’une fois tous les trois ou quatre siècles –, l’eau pouvait presque atteindre le rez-de-chaussée des maisons, s’il fallait en croire la femme de chambre qui apportait des repas simples, composés de poissons du lac grillés et de vin jeune aigrelet.

Elle leur raconta qu’il y avait eu une crue de ce genre à l’époque de Setiphon et lord Stanidar, une autre au temps de Dushtar et lord Vaisha. Sous le règne du Coronal lord Mavestoi, un tel déluge s’était abattu sur le village qu’il avait été submergé jusqu’aux toits, trois jours durant, juste au moment où le Coronal effectuait le Grand Périple dans la région.

L’aide de camp de Prestimion, Nilgir Sumanand, s’apprêtait à aller au village pour s’occuper d’affréter un bateau. Comme les femmes de chambre de l’endroit semblaient versées dans l’histoire ancienne, Prestimion lui demanda d’essayer de découvrir si la population était aussi au courant des événements récents. Quand il revint, à la tombée du soir, Nilgir Sumanand rapporta que les villageois de Daumry Thike paraissaient effectivement informés du récent changement de régime. Des portraits de feu le Pontife Prankipin, portant les rubans jaunes de deuil, étaient exposés devant un certain nombre d’habitations.

— Et le nouveau Coronal ? Que dit-on de lui ?

— Ils savent que Korsibar a pris le trône. Mais je n’ai vu aucun portrait de lui.

— Bien sûr, fit Prestimion. Où en auraient-ils trouvé, en si peu de temps ? Mais tu as souvent entendu prononcer son nom, n’est-ce pas ?

— Oui.

Nilgir Sumanand détourna les yeux, confus. C’était un homme de taille moyenne, aux cheveux et à la barbe grisonnants qui était déjà au service du père de Prestimion, à Muldemar.

— Ils parlaient de lui quelques-uns. Pas tous, quelques-uns. Disons qu’ils étaient assez nombreux.

— Lui donnaient-ils le titre de lord Korsibar en parlant de lui ?

— Oui, souffla Nilgir Sumanand d’une voix rauque, en tressaillant comme si Prestimion venait de proférer une terrible obscénité. Oui, ils lui donnaient ce titre.

— Et ont-ils exprimé, disons de la surprise, que Korsibar soit devenu Coronal et non quelqu’un d’autre ? De la consternation ou même un certain désarroi ?

Nilgir Sumanand fut long à répondre.

— Non, fit-il après un interminable silence gêné, en s’humectant les lèvres. À vrai dire, je n’ai remarqué aucune réaction de surprise. Il y a un nouveau Coronal, c’est le prince Korsibar ; à part ce simple fait, ils n’avaient rien à dire sur ce qui s’est passé.

— Même si Korsibar est le fils de l’ancien Coronal ?

— Je n’ai remarqué aucune réaction de surprise, répéta Nilgir Sumanand, d’une voix presque trop faible pour être perceptible et toujours sans regarder Prestimion dans les yeux.

— Il n’y a guère lieu de s’en étonner, glissa Septach Melayn. Ce sont des pêcheurs, non des juristes. Que savent-ils des règles de succession ? Qu’en ont-ils à faire, tant que le poisson continue de mordre à leur appât ?

— Ils savent qu’il n’est pas habituel de voir le fils d’un Coronal succéder à son père, lança Gialaurys d’une voix vibrante de colère.

— Ils savent aussi, ajouta Svor, s’ils connaissent tant soit peu la noblesse du Château, que le prince Korsibar est un grand et illustre personnage, qu’il ressemble beaucoup à l’image qu’ils se font d’un monarque, qu’il a de la prestance, qu’il parle d’une voix claire et autoritaire, qui a de la puissance et de l’ampleur. Quelle autre raison peut-il exister, aux veux de ces humbles villageois, pour faire de lui un Coronal ? Ils savent aussi que si lord Confalume a choisi son propre fils comme successeur, ce ne peut-être qu’en songeant au bien-être des petites gens, car lord Confalume est universellement aimé pour sa sagesse et sa bienveillance.

— Restons-en là, je te prie, fit Prestimion, qui sentait des idées noires l’envahir, ce qu’il avait en horreur. Il en ira peut-être différemment quand nous serons plus près du Mont.

Il leur fallut attendre encore deux jours avant qu’un bateau capable de leur faire remonter le fleuve passe par le village. Prestimion, Svor, Gialaurys et Septach Melayn tuèrent le temps à Daumry Thike, passant de longues heures à observer de la véranda de leur maison sur pilotis les crabes aux yeux bleus et aux grosses pattes qui couraient sur le limon orange et à parier sur le premier qui franchirait une ligne qu’ils avaient tracée sur leur chemin. Le bateau affrété par Nilgir Sumanand arriva enfin et jeta l’ancre à deux encablures de la rive, là où l’eau était assez profonde. Un petit bac grinçant transporta Prestimion et ses compagnons à bord.

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