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Entretien avec un vampire [Interview with the Vampire - fr]

Электронная книга - «Entretien avec un vampire [Interview with the Vampire - fr]». Краткое содержание книги:

De nos jours, à la Nouvelle-Orléans, un jeune homme a été convoqué dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Tandis que tourne le magnétophone, son mystérieux interlocuteur raconte sa vie, sa vie de vampire.Comme l’interviewer, nous nous laissons subjuguer, fasciner et entraîner à travers les siècles dans un monde sensuel et terrifiant où l’atroce le dispute au sublime.
Véritable livre culte, premier volet des désormais incontournables «Chroniques des vampires», Entretien avec un vampire renouvelle totalement l’un des mythes les plus riches et les plus ambigus du fantastique.
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« — Es-tu fou, Louis ? On ne peut pas le laisser ici! Et les enfants! Il faut que tu m’aides! L’autre aussi est mort, à cause de l’absinthe! Louis!

« Elle avait raison, évidemment ; et pourtant ce qu’elle me demandait me paraissait impossible.

« Il lui fallut me pousser, m’obliger pratiquement à faire chacun des pas nécessaires. Nous nous aperçûmes que le poêle de la cuisine était resté chargé des os des deux femmes, la mère et la fille, qu’elle avait tuées — dangereux et stupide oubli. Aussi nettoya-t-elle le poêle des ossements et les mit-elle dans un sac qu’elle traîna jusqu’à la voiture, de l’autre côté de la cour. J’attelai les chevaux moi-même, après avoir intimé le silence au cocher assommé de boisson, et dirigeai le convoi funèbre à grande vitesse dans la direction du bayou Saint-Jean, vers les sombres marécages qui s’étendaient jusqu’au lac Pontchartrain. Claudia, assise près de moi, restait silencieuse tandis qu’à force de cravacher je dépassais les derniers portails, éclairés de lampes à gaz, des quelques maisons disséminées dans la campagne. La route, plus étroite, était maintenant creusée d’ornières et le marais nous enserrait de deux murs de cyprès et de ronces à l’apparence impénétrable. L’air se chargeait de puanteurs de fange, des chuchotements des bêtes nocturnes.

« Claudia avait enveloppé le corps de Lestat dans un drap avant même que j’aie pu le toucher; puis, à ma grande horreur, elle y avait parsemé les longs chrysanthèmes du vase du piano. Ainsi avait-il pris le parfum doux des funérailles lorsque je le sortis finalement de la voiture. C’était une chose presque sans poids, flasque comme un objet composé de cordes et de nœuds. Je le mis sur mon épaule et descendis dans l’eau sombre, qui fut bientôt assez haute pour emplir mes bottes, alors que mes pieds cherchaient leur chemin dans la vase. M’écartant de l’endroit où j’avais déposé les corps des deux enfants, je m’enfonçai de plus en plus loin dans le marais avec les restes de Lestat, sans bien savoir pourquoi. Enfin, quand je ne pus plus qu’à grand-peine apercevoir le ruban pâle de la route et un morceau de ciel qui montrait les dangereuses prémices de l’aurore, je laissai glisser dans l’eau son cadavre. Je restai là un instant, immobile et tremblant, à contempler la masse amorphe de drap blanc immergée sous la surface fangeuse. L’espèce d’engourdissement qui avait été mon refuge depuis que la voiture avait quitté la rue Royale menaça de se dissiper, laissant mon âme écorchée à vif et mes pensées m’obséder : « Ceci, c’est Lestat, métamorphose et mystère incarnés, mort maintenant, enseveli dans d’éternelles ténèbres… » Je sentis tout à coup un appel, une sorte de force qui me pressait de le rejoindre, de m’engloutir dans l’eau noire pour n’en jamais revenir. C’était si distinct, si fort, que par comparaison le son de la voix articulée ne semblait que murmure. Cela parlait sans l’aide d’aucun langage, cela disait : « Tu sais ce que tu dois faire. Descends dans cette eau obscure, abandonne, renonce! »

« Mais, juste à ce moment, j’entendis la voix de Claudia. Elle m’appelait par mon nom. Je me retournai et, à travers le lacis des ronces, je l’aperçus, lointaine et minuscule, petite flamme blanche sur la faible luminescence de la route.

« Ce matin-là, elle m’entoura de ses bras, pressa sa tête contre ma poitrine dans l’intimité du cercueil et me murmura qu’elle m’aimait et que nous étions maintenant à jamais libérés de Lestat.

« Louis, je t’aime! répéta-t-elle encore et encore, jusqu’à ce qu’avec le couvercle du cercueil vînt finalement l’obscurité qui miséricordieuse oblitère toute conscience.

« Lorsque je m’éveillai, elle était en train de fouiller les possessions de Lestat. Elle vidait les commodes de tout leur contenu, renversait les tiroirs sur les tapis, sortait de leurs armoires un à un ses habits, en retournait les poches, jetant au loin les pièces de monnaie, billets de théâtre et bouts de papier divers qu’elle y trouvait. Je l’observai, étonné, depuis l’embrasure de la porte de sa chambre. Le cercueil de Lestat était enseveli sous une pile d’écharpes et de pièces de tapisserie. J’eus l’impulsion de l’ouvrir. Je souhaitais l’y trouver.

« — Rien! jeta-t-elle finalement, l’air dégoûté, en fourrant les vêtements dans l’âtre. Rien qui puisse indiquer l’endroit d’où il vient et qui l’a fait vampire! Pas un indice!

« Elle me regarda, comme pour quêter ma sympathie. Je me détournai, incapable de soutenir son regard, et m’en allai dans cette chambre que je m’étais réservée pour moi seul, cette pièce remplie de mes livres personnels et de ceux des objets appartenant à ma mère et ma sœur que j’avais pu récupérer. Je m’assis sur le lit. Je l’entendis s’approcher de la porte, mais ne voulus pas la regarder.

« — Il méritait de mourir! dit-elle.

« — Alors, nous le méritons aussi. Tout autant. Chaque nuit de notre vie, répliquai-je. Laisse-moi.

« Il me semblait que, mon esprit n’étant que confusion informe, les mots que je proférais me tenaient lieu de pensée.

« — Je m’occuperai de toi parce que tu ne peux pas prendre soin de toi toute seule. Mais je ne veux plus de toi près de moi. Dors dans cette boîte que tu t’es achetée. Ne viens pas près de moi.

« — Je te l’avais dit que je le ferais, je te l’avais dit…, répondit-elle.

« Jamais sa voix n’avait sonné aussi fragile, aussi semblable à une petite clochette d’argent. Je levai les yeux sur elle, avec un sursaut dénué d’émotion. Son visage n’était plus son visage, c’était le masque agité d’une poupée comme on n’en aurait jamais moulé.

« — Louis, je te l’avais dit! répéta-t-elle, les lèvres tremblantes. C’est pour nous que je l’ai fait, pour que nous soyons libres!

« Je ne pouvais supporter sa vue. Sa beauté, son apparente innocence et cette terrible agitation. Je sortis de la chambre, la bousculant peut-être au passage, je ne sais plus. J’étais presque arrivé à la balustrade de l’escalier lorsque j’entendis un bruit étrange.

« De toutes nos années de vie commune je n’avais jamais entendu pareil son. Jamais depuis cette nuit, si longtemps auparavant, où je l’avais trouvée, enfant mortelle qui s’accrochait au cadavre de sa mère. Elle pleurait!

« Cela me fit rebrousser chemin contre mon gré. C’est que cela rendait un son si désespéré, si involontaire…, comme si elle n’avait pas cherché à se faire entendre ou, au contraire, comme s’il lui était égal d’être entendue du monde entier. Je la trouvai étendue sur mon lit, là où je m’asseyais souvent pour lire, les genoux repliés, toute secouée de sanglots. Leur son était terrible, plus sincère et plus déchirant que ses pleurs de mortelle n’avaient jamais été. Je m’assis lentement, doucement auprès d’elle et posai la main sur son épaule. Elle leva la tête, sursautant, ouvrant de grands yeux, la bouche tremblante. Son visage était maculé de larmes, des larmes teintées de sang dont ses yeux débordaient. Une faible touche de rouge colorait ses petites mains. Elle ne semblait pas en être consciente. Elle dégagea son front de ses cheveux. Son corps frémit sous l’effet d’un long sanglot, grave et implorant.

« — Louis…, si je te perds, je n’ai plus rien, murmura-t-elle. Je voudrais défaire ce que j’ai fait, pour que tu me reviennes… Mais je ne peux le défaire.

« Elle m’enserra de ses bras, se redressa pour sangloter sur mon cœur. Mes mains hésitaient à la toucher; puis soudain elles s’agitèrent sans que je puisse les contrôler, l’enveloppèrent, la serrèrent, caressèrent ses cheveux.

« — Je ne peux pas vivre sans toi…, chuchota-t-elle. Je préférerais mourir plutôt que de vivre sans toi. Je préférerais mourir de la même façon qu’il est mort. Je ne peux supporter que tu me regardes comme tu l’as fait. Je ne peux supporter que tu ne m’aimes pas!

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