L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-650-2
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]». Краткое содержание книги:
Mais contrairement aux apparences, Bran, le jeune fils du défunt maître de Winterfell, n’est pas mort, pas plus que n’est anéantie l’indomptable forteresse, prête à renaître de ses cendres…
Theon s’éveilla sur un cri tellement strident que, pris de panique, Wex détala de la chambre nu comme un ver, tandis que les gardes y faisaient irruption, l’épée au clair. Il ordonna d’aller quérir le mestre. Le temps que survienne celui-ci, chiffonné, pâteux, une coupe de vin lui avait raffermi les mains, et il rougissait de son affolement. « Un rêve, maugréa-t-il, ce n’était qu’un rêve. D’une absurdité totale.
— Totale », acquiesça Luwin, avant de lui laisser un somnifère que Theon s’empressa de flanquer aux tinettes après son départ. Tout mestre qu’il était, Luwin n’en était pas moins homme et, en tant qu’homme, ne le portait pas dans son cœur. Il souhaite me voir dormir, oui oui…, dormir pour toujours. Il en serait aussi ravi qu’Asha.
Il manda Kyra et, après avoir refermé la porte d’un coup de pied, grimpa sur elle et se mit à la foutre avec une brutalité qu’il ne se connaissait pas jusqu’alors et qui, quand il eut joui, s’exaspéra de voir la gueuse en larmes, les seins et le cou meurtris de morsures et marbrés de gnons. Il l’expulsa du pieu, lui balança une couverture « Dehors ! »
Malgré quoi il lui fut ensuite impossible de fermer l’œil.
A l’aube, il s’habilla et sortit arpenter l’enceinte extérieure. Un vent d’automne frisquet mugissait aux créneaux, qui lui rougit les joues, lui brûla les paupières. En contrebas, le petit jour qui s’infiltrait parmi les arbres muets fit peu à peu passer la forêt du grisâtre au vert. A gauche pointait, par-dessus l’enceinte intérieure, le faîte des tours doré par le soleil levant. Parmi la verdure du bois sacré flamboyaient les frondaisons rouges du barral. L’arbre de Ned Stark, songea-t-il, et le bois des Stark, le château des Stark, l’épée des Stark, les dieux des Stark. Ces lieux sont à eux, pas à moi. Je suis un Greyjoy de Pyk, appelé par ma naissance à peindre une seiche sur mon bouclier et à faire voile sur l’immensité de la mer salée. J’aurais dû partir avec Asha.
Fichées sur leurs piques de fer en haut de la porterie, les têtes attendaient.
Theon les contempla silencieusement, tandis que les menottes fantomatiques du vent tiraillaient en tous sens son manteau. Du même âge à peu près que Bran et Rickon, les gamins du meunier en avaient eu la taille et la carnation. Une fois leurs bouilles écorchées par Schlingue et marinées dans le goudron, rien n’empêchait de trouver un air familier à ces masses informes de barbaque en décomposition. Les gens étaient tellement cons. Nous aurions dit : « Voilà des têtes de bélier », sûr et certain qu’ils leur auraient vu des cornes.
SANSA
Il avait suffi qu’on annonce l’apparition des voiles ennemies pour que le septuaire s’emplit de chants. Durant toute la matinée, piaffements de chevaux, cliquetis d’acier, fracas des énormes portes de bronze couinant sur leurs gonds s’étaient enchevêtrés au concert des voix pour composer une musique aussi bizarre qu’effrayante. Pendant qu’on chante au septuaire afin d’obtenir de la Mère miséricorde, c’est vers le Guerrier que, sur les remparts, montent les prières, et toutes en silence. Des leçons de septa Mordane ressortait que Mère et Guerrier n’étaient rien d’autre que deux des facettes d’un même et unique dieu tout-puissant. Mais s’il n’y en a qu’un, de qui seront exaucées les suppliques ?
Ser Meryn Trant maintenait le bai sang qu’allait enfourcher Joffrey. Pareillement revêtus de plate émaillée d’écarlate et de maille dorée, cheval et cavalier étaient tous deux coiffés d’un lion d’or. Au moindre mouvement de Joff, le pâle soleil faisait étinceler ses rouges et ses ors. Brillant, rutilant et vide, songea Sansa.
Le Lutin montait un étalon pourpre ; en dépit d’une armure beaucoup plus simple que celle du roi, cet accoutrement de bataille lui donnait l’air d’un garçonnet flottant dans les affiquets de papa. A ceci près que la hache de guerre qui pendouillait sous son écu n’avait, elle, rien de puéril. Miroitant d’acier blanc glacé, ser Mandon Moore caracolait à ses côtés. En l’apercevant, Tyrion fit volter son cheval vers elle. « Lady Sansa, l’interpella-t-il de sa selle, ma sœur vous a bien priée de rejoindre les autres dames de haut parage à la citadelle de Maegor, n’est-ce pas ?
— Oui, messire, mais Sa Majesté m’a mandée pour assister à son départ. Je compte aussi me rendre au septuaire pour y prier.
— Je m’abstiendrai de vous demander pour qui. » Sa bouche se tordit en une vilaine grimace. S’il s’agissait là d’un sourire, c’était alors le plus singulier qu’elle eût jamais vu. « Ce jour peut tout bouleverser. Pour vous-même aussi bien que pour la maison Lannister. J’aurais dû vous faire partir avec Tommen, maintenant que j’y pense. Encore devriez-vous être à peu près en sécurité, à Maegor, tant que…
— Sansa ! » Cet appel de moutard grincheux fit résonner toute la cour. « Ici, Sansa ! » Joffrey l’avait repérée.
Il me siffle comme il sifflerait un chien.
« Sa Majesté vous réclame, observa Tyrion Lannister. Nous reprendrons cet entretien après la bataille, avec la permission des dieux. »
Elle se faufila parmi les rangs de piques en manteaux d’or pour se rapprocher de Joffrey comme il l’en sommait. « La bataille aura lieu sous peu, nul n’en disconvient, lâcha-t-il.
— Puissent les dieux nous faire grâce à tous.
— Mon oncle Stannis est le seul qui en aura besoin, mais je me garderai de la lui accorder si peu que ce soit. » Il brandit son épée. Le pommeau était un rubis taillé en forme de cœur pris dans les mâchoires d’un lion. Trois onglets profonds échancraient la lame. « Ma nouvelle épée, Mangecœur. »
La précédente, se souvint-elle, s’appelait Dent-de-Lion. Il s’en était fait délester par Arya, qui l’avait balancée dans la rivière. J’espère que Stannis en fera autant de celle-ci. « Elle est d’un travail magnifique, Sire.
— Bénissez mon acier d’un baiser. » Il lui abaissa la lame sous le nez. « Allez, baisez-le ! »
Jamais ses intonations n’avaient avec autant d’éclat proclamé sa stupidité de marmot. Du bout des lèvres, Sansa fit mine d’effleurer le métal, tout en se jurant de baiser plutôt mille millions d’épées que celle de Joffrey. Il parut néanmoins trouver le simulacre à son gré, et rengaina pompeusement. « A mon retour, vous la baiserez derechef et y goûterez le sang de mon oncle. »
Uniquement si l’un des membres de ta Garde le tue à ta place. Trois d’entre eux l’accompagnaient : ser Meryn, ser Mandon et ce Potaunoir de ser Osmund. « Conduirez-vous en personne vos chevaliers au sein de la mêlée ? s’enquit-elle, éperdue d’espoir.
— Je le voudrais, mais mon Lutin d’oncle dit que mon Stannis d’oncle ne traversera jamais la Néra. Je commanderai toutefois les Trois Putes. Je veillerai à me charger personnellement des félons. » La perspective le fit sourire. Sa lippe rose et grassouillette n’aboutissait jamais qu’à une moue boudeuse. Le temps était loin où Sansa s’en montrait charmée. Elle en avait à présent des nausées.
« On prétend que mon frère, Robb, se jette toujours au plus épais de la bataille, décocha-t-elle imprudemment. Il est vrai qu’il est plus vieux que Votre Majesté. C’est un homme. »
La remarque le renfrogna. « Je réglerai son compte à votre frère quand j’en aurai fini avec mon traître d’oncle. Vous verrez comme Mangecœur saura l’étriper. » Il fit pivoter son cheval et l’éperonna pour gagner la porte. Ser Meryn et ser Osmund vinrent le flanquer à gauche et à droite, les manteaux d’or suivirent, quatre par quatre, ser Mandon Moore et le Lutin fermaient le ban. Les gardes saluèrent leur sortie d’ovations bruyantes. Après quoi s’abattit brusquement sur la cour un silence aussi impressionnant que celui qu’observe la nature à l’approche d’une tornade.