L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-650-2
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'Invincible forteresse [A Clash of Kings (part 3) - fr]». Краткое содержание книги:
Mais contrairement aux apparences, Bran, le jeune fils du défunt maître de Winterfell, n’est pas mort, pas plus que n’est anéantie l’indomptable forteresse, prête à renaître de ses cendres…
— Encule Motte ! râla-t-il. C’est un pot de pisse en bois sur une colline. Winterfell est le cœur du pays, mais comment le tiendrais-je sans garnison ?
— Que n’y as-tu réfléchi avant de t’en emparer. Oh, c’était une idée magistrale, ma foi. Mais si seulement tu avais eu le bon sens de raser le château et d’emmener les deux petits princes en otages à Pyk, tu gagnais la guerre d’un coup.
— Te ferait plaisir, hein, de voir ma prise réduite en ruine et en cendres ?
— Ta prise sera ta perte. Les seiches surgissent de la mer, Theon, l’aurais-tu oublié durant ton séjour chez les loups ? Notre force, ce sont nos boutres. Mon pot de pisse en bois se trouve assez près de la mer pour que m’y parviennent dès que de besoin troupes fraîches et ravitaillement. Winterfell, lui, se situe à des centaines de lieues de la côte, entouré de bois, de collines, de forts et de châteaux amis. A présent, tu t’es fait un ennemi de chaque homme, et sur mille lieues, ne t’y méprends pas. Tu l’as rendu irrémédiable quand tu as fiché ces deux têtes sur ta porterie. » Elle secoua la tête. « Mais comment as-tu pu commettre une aussi sanglante bévue ? Des gosses…
— Ils m’avaient outragé ! lui cria-t-il à la figure. Et c’était sang pour sang, en plus, deux fils d’Eddard Stark pour Rodrik et Moron. » Les mots lui sortaient de la bouche au hasard, mais il sut d’emblée que Père approuverait. « J’ai apaisé les mânes de mes frères.
— Nos frères », rappela-t-elle, avec un demi-sourire qui sous-entendait qu’elle trouvait un rien salé ce joli couplet de vengeance. « Avais-tu emporté leurs mânes de Pyk, frérot ? Je pensais jusqu’ici qu’ils ne hantaient que Père.
— Une vierge a-t-elle jamais compris la soif de vengeance d’un homme ? » Même si Père n’appréciait pas le cadeau de Winterfell, il était tenu d’approuver Theon pour sa vindicte fraternelle.
Asha répondit par un rire de nez. « Ce ser Rodrik pourrait bien éprouver la même soif virile, y as-tu songé ? Tu es le sang de mon sang, Theon, quoi que tu puisses être d’autre par ailleurs. Pour l’amour de la mère qui nous a portés, retournons ensemble à Motte-la-Forêt. Incendie Winterfell, et rebrousse chemin tant qu’il en est temps.
— Non. » Il rajusta sa couronne. « J’ai pris ce château, j’entends le tenir. »
Sa sœur le dévisagea longuement. « Eh bien, tu le tiendras, dit-elle, autant de jours qu’il te reste à vivre. » Elle soupira. « Ç’a un goût d’idiotie, je maintiens, mais, des sujets pareils, qu’y pourrait bien comprendre une timide vierge ? » Arrivée à la porte, elle lui dédia un dernier sourire narquois. « Autant que tu le saches, au fait…, jamais je n’ai posé les yeux sur une couronne si moche. Tu l’as bricolée toi-même ? »
Elle le laissa fou de rage et s’attarda juste le temps nécessaire pour nourrir ses chevaux et les abreuver. Elle emmena, comme annoncé, la moitié de ses hommes et emprunta pour quitter Winterfell la porte du Veneur par où s’étaient enfuis Bran et Rickon.
Theon la regarda partir du haut du rempart et se surprit à se demander, comme elle s’évanouissait dans les brumes du Bois-aux-Loups, pourquoi il ne l’avait pas écoutée et accompagnée.
« Partie, ça y est ? » Schlingue le coudoyait.
Theon ne l’avait pas entendu approcher, senti non plus d’ailleurs. Aucune présence ne pouvait lui être plus importune. Voir déambuler, respirer ce type qui en savait trop lui était pénible. J’aurais dû le faire liquider, dès qu’il a eu liquidé les trois autres, réfléchit-il, mais l’idée le rendit nerveux. Si invraisemblable qu’il y parût, Schlingue savait lire et écrire, et il était suffisamment vil et retors pour avoir planqué un exposé circonstancié de leurs exploits communs.
« ’vec vot’ permission, m’sire prince, c’ pas bien à elle, v’s abandonner. Et dix hommes, c’ pas trop guère assez.
— J’en suis bien conscient », dit Theon. Pas moins qu’Asha.
« Ben, j’ pourrais v’s aider, ’t-êt’ ben, reprit Schlingue. ’vec un ch’val et des picaillons, j’ pourrais v’ trouver quèqu’ bons gars. »
Theon plissa les yeux. « Combien ?
— Un cent, ’t-êt’, ou deux, ’t-êt’ pus. » Il sourit, une lueur passa dans ses prunelles pâles. « Chuis né pus au nord d’ici. J’ connais du monde, et du monde qui connaît Schlingue. »
Si deux cents hommes ne faisaient pas une armée, il n’en fallait pas des milliers non plus pour tenir une place aussi forte que Winterfell. Dans la mesure où ceux-là sauraient apprendre par quel bout d’une pique on tue, ils pourraient donner l’avantage. « Fais comme tu dis, et tu ne me trouveras pas ingrat. Choisis toi-même ta récompense.
— Eh ben, m’sire, y a qu’j’ pas eu d’ femme d’puis tant qu’ j’étais ’vec lord Ramsay, répondit-il. C’te Palla m’a tapé dans l’œil, et comm’ al’ s’est déjà fait eu, paraît, ben… »
Il s’était déjà trop avancé avec Schlingue pour faire machine arrière, à présent. « Deux cents hommes, et tu l’as. Mais un de moins, et tu retournes baiser tes porcs. »
Le soleil n’était pas couché que s’en allait Schlingue, avec un sac d’argent conquis sur les Stark, et les derniers espoirs de Theon Greyjoy. Plus que probable que je ne le reverrai jamais, ce salaud,…, songea-t-il avec amertume, mais tant pis, il fallait en courir le risque.
Il rêva, cette nuit-là, du banquet donné par Ned Stark en l’honneur du roi Robert. En dépit des vents froids qui se levaient au-dehors, la grande salle croulait sous les rires et les flonflons. Il n’était d’abord question que de viandes rôties et de vin, Theon blaguait et lançait des œillades aux servantes et prenait du bon temps…, quand il s’aperçut que les ténèbres envahissaient les lieux, que la musique cessait d’être si pimpante, avec des silences bizarres et des dissonances, des notes sanguinolentes en suspens. Soudain, le vin prit une saveur amère, et, relevant les yeux, Theon vit qu’il avait les morts pour convives.
Le roi Robert, le ventre ouvert d’une ignoble plaie, déballait ses tripes sur la table, et lord Eddard, à ses côtés, n’avait plus de tête. Des cadavres, au bas de l’estrade, occupaient les rangées de bancs, chacun des toasts qu’ils portaient détachait de leurs carcasses un pan de bidoche gris-brun, des asticots leur grouillaient aux orbites. Et il les connaissait, tous. Jory Cassel comme Gros Tom, et Porther et Cayn, Hullen, le maître d’écurie, et tous ceux qui étaient partis vers Port-Réal pour n’en pas revenir. Mikken et septon Chayle se trouvaient côte à côte, l’un pissant l’eau, l’autre le sang. Benfred Tallhart et ses Bouquins sauvages encombraient presque une table entière. La meunière aussi était là, et Farlen, et même le sauvageon tué d’une flèche pour sauver Bran, dans le Bois-aux-Loups.
Et d’autres, une multitude d’autres qu’il n’avait pas connus de leur vivant, dont il avait seulement vu les effigies en pierre. La fille svelte et triste qui portait une couronne de roses bleu pâle et une robe blanche éclaboussée de caillots ne pouvait être que Lyanna. Près d’elle se tenait son frère, Brandon, et, juste derrière eux, lord Rickard, leur père. Le long des murs se glissaient, à demi visibles dans l’ombre, des silhouettes blêmes aux longues et austères physionomies. Leur vue lancinait Theon de frissons affreux comme autant de coups de couteau. Là-dessus s’ouvrirent à grand fracas les hautes portes, une bise glaciale balaya la salle, et Robb émergea de la nuit. Vent-Gris trottait à ses côtés, l’œil flamboyant. Et, constellés de plaies monstrueuses, l’un comme l’autre ruisselaient de sang.