Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
Hagard, le vieux routier voulut alors tirer sa rapière pour mourir au moins en se défendant: vaine tentative! saisi de tous les côtés à la fois, maintenu par vingt bras, il fut en un instant bâillonné, désarmé, ligoté.
Alors, il ferma les yeux et se raidit dans une immobilité farouche.
– Monseigneur, dit Orthès, où faut-il pendre ce truand?
– Le pendre! fit Damville d’une voix qui tremblait encore de rage. Y pensez-vous? Ce truand possède des secrets qu’il est utile de lui arracher dans l’intérêt de Sa Majesté notre roi…
– On va donc lui appliquer la question? reprit Orthès.
Pardaillan frissonna longuement.
– Oui-da! répondit Damville. Le tourmenteur juré sera prévenu par mes soins, et je veux assister moi-même à la besogne.
– Où faut-il le conduire?
– Au Temple, dit le maréchal.
XII LE COUVENT DU MIRACLE
En l’année 1290, il y eut à Paris un miracle que nous devons rapporter ici pour faire comprendre les lignes qui vont suivre. À cette époque habitait non loin de Notre-Dame parmi tant d’autres mécréants, un juif du nom de Jonathas.
Il faut dire que maître Jonathas possédait une fort belle maison entourée de grands, beaux et vastes jardins. Ajoutons que pour son malheur, il se trouvait le voisin d’un certain couvent qui, justement, convoitait fort lesdits jardins.
Or, ce juif – toujours d’après les affirmations de ses voisins les bons moines – avait juré de commettre contre la religion un épouvantable méfait.
Que fit-il? Le dimanche de Pâques de l’an 1290, il envoya une femme qu’il avait endoctrinée faire ses pâques à Notre-Dame. La femme reçut l’hostie et, au lieu de l’absorber, la rapporta intacte au juif Jonathas.
Celui-ci, dans sa rage hérétique, commença par percer l’hostie d’un coup de la pointe de sa dague. Or, qu’arriva-t-il?… L’hostie se mit à saigner! Oui, sous le coup de dague, du sang vermeil sortit de l’hostie.
La femme, voyant ce miracle, fut saisie d’épouvante et de remords, et elle alla se jeter aux pieds des bons moines, ainsi qu’en témoignèrent tous les pères et frères de cette communauté.
Quant au juif, la vue du sang, loin d’apaiser sa frénésie, ne fit que l’exaspérer.
Il prit un marteau et un clou, comme on avait fait jadis pour crucifier Jésus. Il enfonça le clou dans l’hostie: nouveau miracle, nouvelle effusion de sang rouge!…
Furieux, le juif jeta l’hostie au feu… et l’hostie se mit à voltiger au-dessus des flammes sans brûler.
Devant ces signes évidents de la puissance céleste, Jonathas désespérant d’avoir raison de l’hostie, plaça sur le feu une grande chaudière qu’il remplit d’eau. Lorsque l’eau se mit à bouillir, il y précipita l’hostie; mais loin de se dissoudre, elle demeura intacte, blanche et pure. Seulement, comme l’hostie avait saigné, toute l’eau de la chaudière se métamorphosa en sang qui bouillait!
On ne sait trop à quels nouveaux sacrilèges se fût porté Jonathas si, juste à ce moment, il n’eût été arrêté. Il ne voulut jamais avouer ses crimes, ce qui mettait vraiment le comble à sa méchanceté. Les moines, indignés, le firent placer tout vif sur un beau tas de fagots auxquels ils mirent le feu.
Lorsque le juif eut été réduit en cendres, les dignes pères purifièrent ses propriétés, en les annexant à leur couvent. Pour achever l’expiation, un bourgeois, nommé Régnier-Flaming, fit bâtir une chapelle qu’on appela Maison des Miracles. Ce lieu s’appela: couvent où Dieu fut bouilli.
Nous ignorons si réellement le juif Jonathas plongea l’hostie dans une chaudière, ce qui est absolument sûr, c’est que Jonathas fut rôti vivant et que ses beaux jardins passèrent aux moines.
Depuis l’an 1290 jusqu’à l’année 1572 et plus tard, des miracles furent constatés dans ce lieu. De temps à autre, la chaudière dans laquelle l’hostie avait été bouillie, changeait en sang vermeil l’eau qu’on y versait. Généralement, ces miracles étaient considérés comme un ordre du ciel donné aux Parisiens: ordre d’avoir à brûler vifs un certain nombre d’hérétiques.
Ce fut un de ces miracles qui se produisit le 17 août 1572. C’était un dimanche. Et ce jour était la veille de celui où fut célébré le mariage d’Henri de Béarn avec Marguerite de France. Ce jour-là, vers cinq heures de l’après-midi, comme il y avait beaucoup de peuple dans la rue, la porte s’ouvrit soudainement, et deux moines parurent, gesticulant et criant:
– Miracle! Noël à Jésus!
L’un de ces deux moines était une de nos vieilles connaissances: frère Thibaut, plus gras, plus majestueux et plus onctueux que jamais; l’autre était son inséparable: frère Lubin.
Lubin qui, on se le rappelle sans doute, avait eu permission, pendant quelque temps, de quitter son couvent pour aller servir à l’auberge de la Devinière en qualité de garçon. Lubin avait réintégré sa cellule depuis le matin même. En effet, on n’avait plus besoin de lui à la Devinière où les amis de Guise ne se réunissaient plus. Et le révérend prieur avait dit à Lubin:
– Mon frère, votre mission laïque est terminée. Dans cette longue expédition chez les Philistins, vous avez certainement gagné de la gloire, mais comme la chair est faible, il est probable que vous avez plus d’une fois succombé au démon de la gourmandise; en raison de la sainte gloire que vous avez acquise dans votre service laïque à la Devinière, nous vous préposons à la garde de la chaudière, ce qui est un immense honneur pour vous et pour frère Thibaut qui sera votre acolyte; mais, en raison des péchés que vous n’aurez pas manqué de commettre chez les Philistins, vous aurez soin de vous appliquer la discipline tous les soirs; en outre, vous vous abstiendrez de viande, de légumes et de vin pendant quinze jours.
– Deo gratias! murmura Lubin en se courbant; mais en même temps un profond soupir gonflait sa poitrine, et il gémit en lui-même:
– Quinze jours au pain et à l’eau… Ah! j’en mourrai!
Triste et l’âme gonflée d’amertume, frère Lubin regagna sa cellule où il retrouva frère Thibaut qui, prévenu sans doute, l’attendait et l’emmena dans une salle voisine de la porte d’entrée.
Cette salle, disposée un peu comme une chapelle, ne contenait que quelques chaises et des images de sainteté, mais au fond se dressait une sorte d’autel surmonté d’un grand crucifix. C’est sur cet autel qu’était placée la fameuse chaudière. En temps ordinaire, elle était recouverte d’une serge noire; mais quelquefois, les fidèles étaient admis à défiler devant elle, et alors, on la découvrait; c’était une vulgaire marmite de cuisine en cuivre battu. De temps à autre, on y jetait de l’eau pour voir si un miracle ne se ferait pas, c’est-à-dire si cette eau ne se changerait pas en sang.
Frère Thibaut donc, emmena frère Lubin jusqu’à la chaudière devant laquelle il plia les genoux.
– Qu’avez-vous donc à soupirer? demanda-t-il alors.
– Ah! mon frère, répondit le désespéré Lubin. Ah! les franches lippées de la Devinière! Ah! les petits pâtés que confectionnait dame Huguette et dont j’en attrapais bien un par-ci par-là!… Ah! les jambons que j’arrosais des fonds de bouteilles qui m’étaient laissés!… Il y avait surtout un certain vin de Bourgogne, pelure d’oignon, doux au palais, chaud au cœur…