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Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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Pardaillan, la tête baissée, paraissait réfléchir profondément.

– Songez-y, reprit le maréchal. Vous m’avez désarmé par votre fidélité à garder un secret que bien d’autres eussent vendu. Je suis donc disposé à vous être aussi agréable que je le pourrai. Vos insultes, je les oublie. Vos petites trahisons, je les efface. À vous comme au chevalier, je veux le plus grand bien possible. Je respecte vos idées particulières jusqu’à ne pas vous proposer de rentrer à mon service. Je ne veux même pas me souvenir que vous vous êtes introduit dans cet hôtel pour me tuer. Je vous dis: Pardaillan, ne soyons ni amis, ni ennemis, soyons neutres.

Pardaillan soupira…

– Vous êtes mon prisonnier de guerre, poursuivit Damville. Si fort et si brave que vous soyez, vous ne pouvez lutter contre ces arquebuses, ces hallebardes et ces bonnes épées qui vous cernent; il n’y a pas de fuite possible: vous êtes pris, mon cher. Eh bien, acceptez ce que je vous propose, et vous êtes libre.

– Et si j’acceptais, dit enfin le vieux Pardaillan, comment vous y prendriez-vous, monseigneur? Car je vous sais défiant; sur ma simple parole, vous ne m’ouvririez pas les portes de votre hôtel.

Un éclair de joie aussitôt éteint flamboya dans les yeux du maréchal, qui répondit:

– Je ne prendrai que les précautions indispensables; vous allez écrire une lettre au chevalier, assez pressante pour qu’il vienne vous retrouver ici. Un de ces gentilshommes portera cette lettre. Lorsque le chevalier sera ici, lorsque vous m’aurez tous deux donné votre parole de ne pas revenir à Paris avant trois mois, je vous escorterai moi-même avec quelques amis jusqu’à telle porte de Paris que vous me désignerez, et je vous souhaiterai un bon voyage.

– Honneur dont je vous serai éternellement reconnaissant, monseigneur!

– Vous acceptez, n’est-ce pas? fit Damville en frémissant.

– Certes, monseigneur! Avec joie! Avec gratitude! Et tant que je vivrai, je ne me lasserai pas d’admirer votre générosité!

– Écrivez donc, alors! gronda le maréchal qui se précipitant vers un meuble, en tira une écritoire et du papier.

Pardaillan ne bougea pas; un nouveau soupir gonfla sa poitrine.

– Un mot, dit-il. J’accepte. Mais malheureusement, je ne puis accepter que pour moi seul.

– Écrivez toujours! Je me charge de convaincre le chevalier! rugit le maréchal, incapable de contenir son impatience haineuse.

– Attendez donc, monseigneur. Je connais mon fils. Vous n’avez pas idée de sa méfiance. Je n’ai jamais vu pareil mépris pour les promesses des rois, des princes et des maréchaux. Il se méfie de moi. Il se méfie de lui-même. Il se méfie de l’ombre qui suit ses pas. Il se méfie du vent qui passe. Il se méfie de tous les hommes, de toutes les femmes… j’en suis honteux pour lui. Oui, monseigneur, plus d’une fois j’ai rougi de le voir si méfiant, alors que j’ai, moi, un respect sans bornes et une foi immense dans les paroles d’un personnage tel que vous.

– Que signifie? gronda le maréchal.

– Cela signifie, monseigneur, qu’en lisant ma lettre, mon fils se mettrait à rire et s’écrierait: «Comment! mon digne père est prisonnier du maréchal de Damville et il veut que je l’aille rejoindre, sous prétexte qu’il a fait la paix avec monseigneur! Allons donc! Vous êtes fou, mon père! Est-ce que vous ne savez pas que M. de Damville est un fourbe, un félon – c’est mon fils qui parle, monseigneur! – un être pétri de ruse qui voudrait nous tenir tous les deux et nous occire ensemble?… Mais sa ruse est par trop grossière. Je suis jeune et veux vivre. Quant à vous, mon père, qui avez assez vécu, mourez, mourez tout seul, puisque vous avez eu la sottise d’aller vous fourrer dans la gueule du loup!…» Voilà ce que dirait le chevalier en recevant ma lettre, il me semble l’entendre éclater de rire… Ah! la méfiance, monseigneur, c’est un bien triste défaut…

Et Pardaillan ponctua ce discours d’un troisième soupir plus profond et plus contrit que les deux premiers.

– Ainsi, fit Damville, les dents serrées, vous n’écrivez pas?…

– Cela ne servirait à rien, monseigneur. Et puis, tenez, admettons que par impossible, mon fils se décide à me rejoindre. Savez-vous ce qui arriverait?

– Voyons!

– Le chevalier n’est pas seulement l’homme le plus méfiant de la terre, il est têtu, monseigneur, à tel point qu’il l’est presque autant que vous. Il s’est logé dans la tête d’arracher de vos griffes la dame de Piennes, sa fille et monseigneur votre frère. Rien ne l’en fera démordre. Moi, vous comprenez, j’accepte avec reconnaissance votre honorable proposition. Mais lui… Ah! j’en frémis. Il me semble entendre sa voix qui égratigne, qui mord sans avoir l’air de le faire exprès. Et savez-vous ce qu’il me dirait?…

– Voyons! répéta le maréchal qui devenait livide.

Pardaillan se campa devant Damville, la main à la garde de sa rapière, le buste droit.

– Il nous dirait ceci, monseigneur: «Ainsi, donc, mon père, et vous, monsieur le duc, vous osez me proposer cette vilenie! Fi donc, messieurs! Pour quatre mille écus et deux chevaux tout harnachés, vous me voulez déshonorer! Eussiez-vous mille chevaux tout harnachés d’or, eussiez-vous à m’offrir quatre mille sacs contenant chacun quatre mille écus, que l’insulte n’en serait que plus forte. Quoi! Il y a donc deux hommes au monde qui ont pu croire que le chevalier de Pardaillan pouvait vendre l’épée qu’il tient de son père et, abandonnant deux malheureuses femmes qu’il a juré de sauver, se mettre soi-même au rang des lâches et des félons! Ah! mon père, je ne me relèverai pas de l’offense que vous me faites. Revenez à une plus haute et plus digne estime de ce que vous devez à vous-même et laissez la honte de ces propositions à M. le duc de Damville qui, lui, a l’habitude de la félonie et de la trahison.»

Le vieux routier, plus droit que jamais, étendit le doigt vers le maréchal jusqu’à le toucher presque.

– Misérable! rugit Damville.

– Un dernier mot, monseigneur! Un seul! Outre les défauts que je viens de vous signaler, le chevalier a encore celui de m’aimer tel que je suis, au point de m’aimer même plus que son honneur. Il me sait ici! S’il ne me revoit pas au petit jour, il est capable d’aller raconter au roi que vous le trahissez pour Guise… oui, dans son désespoir, il est capable de cela! Quitte à se tuer ensuite pour se punir d’avoir fait acte de dénonciateur!

Le maréchal qui déjà s’élançait, s’arrêta comme frappé de la foudre, blême, écumant, terrible. Pardaillan sourit dans sa moustache et murmura:

– Pare celle-là, si tu peux!…

Mais dans l’esprit du maréchal, affolé par les paroles du vieux routier comme le taureau peut l’être par les banderilles, la fureur et la haine l’emportèrent sur l’épouvante.

– Eh bien, soit! hurla-t-il. J’en courrai le risque! À moi! À moi, tous!…

Pardaillan, d’un geste foudroyant, tira sa dague et bondit sur le maréchal.

– C’est donc toi qui mourras le premier! rugit-il.

Mais Damville avait vu venir le coup. Au moment où le poignard s’abattait sur lui, il se laissa tomber à plat sur le tapis. Pardaillan, emporté par l’élan, trébucha; au même instant la pièce se remplissait de monde, se hérissait de hallebardes et d’épées.

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