Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Романы для взрослых » Historiettes, Contes Et Fabliaux

Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:

Historiettes, Contes Et Fabliaux
1 ... 41 42 43 44 45 46 47 48 49 ... 51
Перейти на страницу:

Mme de Longeville n’ignorait nullement la petite conduite incongrue de son mari, mais comme elle était bien aise de se divertir aussi de son côté, elle ne disait mot; il n’y a rien de si doux que les femmes infidèles, elles ont tant d’intérêt à cacher leurs démarches qu’elles examinent celles des autres infiniment moins que les prudes. Un meunier des environs nommé Colas, jeune drôle de dix-huit à vingt ans, blanc comme sa farine, musclé comme son mulet et joli comme la rose qui croissait dans son petit jardin, s’introduisait chaque soir comme Louison dans un cabinet voisin de l’appartement de madame, et bien promptement au fond du lit quand tout était tranquille dans le château. On ne pouvait rien voir de plus tranquille que ces deux petits ménages; sans le démon qui s’en mêla, je suis sûr qu’on les aurait cités comme des exemples à toute la Champagne.

Ne riez point, lecteur, non, ne riez point de ce mot exemple; au défaut de la vertu, le vice bien décent et bien caché peut servir de modèle: n’est-il pas aussi heureux qu’adroit de pécher sans scandaliser son prochain, et dans le fait de quel danger peut être le mal quand il n’est pas su? Voyons – décidez – cette petite conduite tout irrégulière qu’elle était, ne se trouve-t-elle pourtant pas préférable au tableau que les mœurs actuelles peuvent nous offrir; n’aimez-vous pas mieux le sire de Longeville dûment étendu sans bruit dans les deux jolis bras de sa jolie fermière, et sa respectable épouse au sein d’un beau meunier dont personne ne sait le bonheur, qu’une de nos duchesses parisiennes changeant publiquement de sigisbées tous les mois, ou se livrant à ses valets, pendant que monsieur mange deux cent mille écus par an avec une de ces méprisables créatures que déguise le luxe, qu’avilit la naissance et que la vie corrompt? Je le dis donc, sans la discorde dont les poisons distillèrent bientôt sur ces quatre favoris de l’amour, rien de plus doux et de plus sage que leur joli petit arrangement.

Mais le sire de Longeville qui avait comme beaucoup d’époux injustes la cruelle prétention d’être heureux et de ne pas vouloir que sa femme le fût, le sire de Longeville qui s’imaginait comme les perdrix que personne ne le voyait parce qu’il avait la tête à couvert, découvrit l’intrigue de sa femme, et la trouva mauvaise, comme si sa conduite à lui n’autorisait pas pleinement celle qu’il s’avisait de blâmer.

De la découverte à la vengeance il n’y a pas loin dans un esprit jaloux. M. de Longeville se résolut donc de ne rien dire, et de se débarrasser du drôle qui flétrissait son front; être cocu, se disait-il tout seul, par un homme de mon rang, soit… mais par un meunier, oh! M. Colas, vous aurez la bonté s’il vous plaît d’aller moudre à d’autre moulin, il ne sera pas dit que celui de ma femme s’ouvre davantage à votre semence. Et comme la haine de ces petits despotes suzerains était toujours fort cruelle, comme ils abusaient souvent du droit de vie et de mort que les lois féodales leur accordaient sur leurs vassaux, M. de Longeville ne se résolut à rien moins qu’à faire jeter le pauvre Colas dans les fossés pleins d’eau qui environnaient son habitation.

– Clodomir, dit-il un jour à son maître queulx, il faut que tes garçons et toi me débarrassiez d’un vilain qui souille le lit de madame.

– Soit fait, monseigneur, répondit Clodomir, nous l’égorgerons si vous voulez, et vous le servirons troussé comme un cochon de lait.

– Non, mon ami, répondit M. de Longeville, il suffit de le mettre dans un sac avec des pierres dedans, et de le descendre en cet équipage au fond des fossés du château.

– Cela sera.

– Oui, mais avant tout il faut le prendre et nous ne le tenons pas.

– Nous l’aurons, monseigneur, il sera bien fin s’il se sauve de nous, nous l’aurons, vous dis-je.

– Il viendra ce soir à neuf heures, dit l’époux offensé, il passera par le jardin, arrivera de plain-pied dans les salles basses, ira se cacher dans le cabinet qui est auprès de la chapelle et se tiendra blotti là jusqu’à ce que madame me croyant endormi, vienne le délivrer pour le conduire en son appartement; il faut lui laisser faire toutes ses manœuvres, nous contenter de le guetter, et dès qu’il se croira à l’abri nous mettrons la main dessus et nous l’enverrons boire afin de tempérer ses feux.

Rien de mieux conduit que ce plan et le pauvre Colas allait certainement être mangé des poissons si tout le monde eût été discret; mais le baron s’était confié à trop de monde, il fut trahi: un jeune garçon de cuisine qui chérissait beaucoup sa patronne et qui peut-être aspirait à partager un jour ses faveurs avec le meunier, se livrant plutôt au sentiment que lui inspirait sa maîtresse qu’à la jalousie qui eût dû le rendre enchanté du malheur de son rival, courut donner avis de tout ce qui venait de se tramer, et en fut récompensé d’un baiser et de deux beaux écus d’or qui valaient moins pour lui que le baiser.

– Assurément, dit Mme de Longeville dès qu’elle fut seule avec celle de ses femmes qui servait son intrigue, c’est un homme bien injuste que monseigneur… eh quoi, il fait ce qu’il veut, je ne dis mot, et il trouve mauvais que je me dédommage de tous les jours de jeûne qu’il me fait faire. Ah! je ne le souffrirai pas, ma mie, je ne le souffrirai pas. Écoute, Jeannette, es-tu fille à me servir dans le projet que j’invente et pour sauver Colas, et pour attraper monseigneur?

– Assurément, madame n’a qu’à ordonner, je ferai tout: c’est un si brave enfant que ce pauvre Colas, je n’ai vu à nul autre garçon des reins si doubles et des couleurs si fraîches. Oh oui, madame, oh oui, je vous servirai, que faut-il faire?

– Il faut dès ce moment même, dit la dame, que tu ailles avertir Colas de ne point paraître au château que je ne le fasse avertir, et le prier de ma part de me prêter l’habillement complet qu’il a coutume de mettre quand il vient ici; dès que tu tiendras ce vêtement, Jeannette, tu iras trouver Louison la bien-aimée de mon perfide, et tu lui diras que tu viens à elle de la part de monseigneur qui lui fait enjoindre de se vêtir des habits que tu auras dans ton tablier, de ne plus venir par son chemin ordinaire, mais par celui du jardin, de la cour et des salles basses, et d’aller aussitôt qu’elle sera dans la maison, se cacher dans le cabinet qui est à côté de la chapelle [6] jusqu’à ce que monsieur vienne la chercher, et aux questions qu’elle te fera sans doute sur ces changements, tu lui diras que cela vient de la jalousie de madame qui a tout su et qui la fait guetter par le chemin qu’elle a coutume de prendre ordinairement. Si elle s’effraye tu la rassureras, tu lui feras quelque présent et tu lui recommanderas bien surtout de ne pas manquer de venir parce que monseigneur a ce soir des choses de la plus haute conséquence à lui dire relativement à tout ce qui a suivi la scène de jalousie de madame.

1 ... 41 42 43 44 45 46 47 48 49 ... 51
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)