Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– Assurément.
– Eh bien, vous avez dû apprendre à dire la messe.
– Je la dis comme un archevêque.
– Oh mon cher et bon ami, continue Gabriel en se jetant au col de Rodin, pour Dieu, revêtez mes habits, attendez que onze heures frappent, il en est dix, à cette époque dites ma messe, je vous en conjure; notre frère sacristain est un bon diable qui ne nous trahira jamais; à ceux qui auront cru ne pas me reconnaître, on leur dira que c’est un nouveau moine, on laissera les autres dans l’erreur; je vais courir chez ce coquin de Renoult, le tuer ou ravoir mon argent, et je suis ici dans deux heures. Vous m’attendrez, vous ferez griller les soles, fricasser les œufs, vous ferez tirer le vin; au retour nous déjeunerons, et la chasse… oui, mon ami, la chasse, et je crois qu’elle sera bonne cette fois-ci: on a, dit-on, vu dernièrement une bête à cornes dans ces environs, je veux parbleu que nous la pincions, dussions-nous nous faire vingt procès avec le seigneur du pays!
– Votre projet est bon, dit Rodin, et pour vous rendre service, il n’est assurément rien que je ne fasse, mais n’y a-t-il pas de péché à cela?
– De péché, mon ami, pas un mot, il y en aurait peut-être à faire la chose et à la faire mal, mais la faisant dépourvu de pouvoirs, tout ce que vous direz et rien sera la même chose. Croyez-moi, je suis casuiste, il n’y a pas dans cette démarche ce qui se nomme un péché véniel.
– Mais faudra-t-il dire les paroles?
– Et pourquoi pas? ces mots-là n’ont de vertu que dans notre bouche, mais aussi elle est telle en nous… voyez-vous, mon ami, je dirais ces mots-là sur le bas-ventre de votre femme que je métamorphoserais en dieu le temple où vous sacrifiez… Non, non, mon cher, il n’y a que nous qui ayons la vertu de la transsubstantiation; vous en prononceriez vingt mille fois les mots que vous ne feriez jamais rien descendre; et encore bien souvent avec nous l’opération manque-t-elle tout à plat; c’est la foi qui fait tout ici, avec un grain de foi on transporterait des montagnes, vous le savez, Jésus-Christ l’a dit, mais qui n’a pas de foi ne fait rien… Moi par exemple, qui quelquefois en opérant pense plutôt aux filles ou aux femmes de l’assemblée qu’à ce diable de morceau de pâte que je remue dans mes doigts, croyez-vous que je fasse venir quelque chose alors… je croirais plutôt à l’alcoran que de me fourrer cela dans la cervelle. Votre messe sera donc à fort peu de chose près tout aussi bonne que la mienne; ainsi, mon cher, agissez sans scrupule, et surtout bon courage.
– Jerenidieu, dit Rodin, c’est que j’ai un appétit dévorant, encore deux heures sans déjeuner!
– Et qui vous empêche de manger un morceau, tenez, voilà de quoi.
– Et cette messe qu’il faut dire?
– Eh ventrebleu, qu’est-ce que ça fait, croyez-vous que Dieu soit plus souillé en tombant dans un estomac plein que dans un ventre vide? que la nourriture soit dessus ou qu’elle soit dessous, que le diable m’emporte si ça n’est pas égal; allez, mon cher, si j’allais dire à Rome toutes les fois que je déjeune avant que de dire ma messe, je passerais ma vie dans les chemins. Et puis vous n’êtes pas prêtre, nos règles ne peuvent vous asservir, vous n’allez donner qu’une image de la messe, vous n’allez pas la dire; par conséquent vous pouvez faire tout ce que vous voudrez avant ou après, baiser votre femme même si elle était là, il ne s’agit que de faire comme moi, il ne s’agit pas de célébrer, ni de consommer le sacrifice.
– Allons, dit Rodin, j’agirai, soyez tranquille.
– Bon, dit Gabriel s’enfuyant, et laissant son ami bien recommandé au sacristain… comptez sur moi, mon cher, avant deux heures je suis à vous; et le moine enchanté s’échappe.
On imagine bien qu’il arrive en hâte chez madame la viguière; surprise de le voir, le croyant avec son mari, elle lui demande raison d’une visite aussi imprévue.
– Dépêchons, ma chère, dit le moine essoufflé, dépêchons, nous n’avons qu’un instant à nous… un verre de vin et à l’ouvrage.
– Mais mon mari?
– Il dit la messe.
– Il dit la messe?
– Eh oui morbleu, eh oui, mignonne, répond le carme, en culbutant Mme Rodin sur son lit, oui, chère âme, j’ai fait un prêtre de votre mari et pendant que le coquin célèbre un mystère divin, hâtons-nous d’en consommer un profane…
Le moine était vigoureux, il était difficile de lui résister quand il empoignait une femme: ses raisons d’ailleurs étaient si démonstratives, il persuade Mme Rodin, et comme il ne s’ennuyait pas de convaincre une petite friponne de vingt-huit ans à tempérament provençal, il renouvelle plus d’une fois ses démonstrations.
– Mais, mon cher ange, dit enfin la belle parfaitement convaincue, sais-tu que le temps presse… il faut nous séparer: si nos plaisirs ne doivent durer qu’une messe, il y a longtemps qu’il en doit être à l’ite missa est.
– Non, non, ma bonne, dit le carme ayant encore un argument à offrir à Mme Rodin, va, mon cœur, nous avons tout le temps, encore une fois, ma chère amie, encore une fois, ces novices-là n’y vont pas si vite que nous… encore une fois, te dis-je, je parierais que le cocu n’a pas encore levé son dieu.
Il fallut pourtant se quitter non sans promesse de se revoir, on convint de quelques nouvelles ruses, et Gabriel fut retrouver Rodin; celui-ci avait célébré aussi bien qu’un évêque.
– Il n’y a, dit-il, que le quod aures qui m’a un peu embarrassé, je voulais manger au lieu de boire, mais le sacristain m’a remis; et les cent écus, mon père?
– Je les tiens, mon fils; le drôle a voulu résister, je me suis saisi d’une fourche, il en a eu, ma foi, sur la tête et partout.
Cependant la partie s’achève, nos deux amis vont à la chasse et au retour Rodin conte à sa femme le service qu’il a rendu à Gabriel.
– Je célébrais la messe, disait le gros benêt en riant de tout son cœur, oui corbleu, je célébrais la messe comme un vrai curé, pendant que notre ami mesurait les épaules de Renoult avec une fourche… Il lui donnait ses armes, qu’en dis-tu, ma vie, il les lui plaçait sur le front; ah! bonne petite chère mère, comme cette histoire est drôle et comme les cocus me font rire! Et toi, ma mie, que faisais-tu pendant que je célébrais?
– Ah! mon ami, répond la viguière, il semblait que le ciel nous inspirât, regarde comme les choses célestes nous remplissaient l’un et l’autre sans nous en douter: pendant que tu disais la messe, moi je récitais cette belle prière que la Vierge répond à Gabriel quand celui-ci vient lui annoncer qu’elle sera grosse par l’intervention du Saint-Esprit. Va, mon ami, nous serons sauvés à coup sûr, tant que d’aussi bonnes actions nous occuperont à la fois tous les deux.
LA CHÂTELAINE DE LONGEVILLE ou la femme vengée
Au temps où les seigneurs vivaient despotiquement dans leurs terres, dans ces temps glorieux où la France comptait dans son enceinte une foule de souverains, au lieu de trente mille esclaves bas rampants devant un seul, vivait au milieu de ses domaines le seigneur de Longeville, possesseur d’un assez grand fief auprès de Fimes en Champagne. Il avait avec lui une petite femme brune, espiègle, fort vive, peu jolie, mais friponne et aimant passionnément le plaisir: la dame châtelaine pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans et monseigneur trente au plus; tous deux mariés depuis dix ans, et tous deux très en âge de chercher un peu de distractions aux ennuis de l’hymen, tâchaient à se pourvoir dans le voisinage du mieux qu’il leur était possible. Le bourg ou plutôt le hameau de Longeville offrait peu de ressources: cependant une petite fermière de dix-huit ans, bien appétissante et bien fraîche, avait trouvé le secret de plaire à monseigneur, et depuis deux ans il s’en arrangeait le plus commodément du monde. Louison, c’était le nom de la tourterelle chérie, venait tous les soirs coucher avec son maître par un escalier dérobé, ménagé dans une des tours qui avoisinait l’appartement du patron, et le matin elle décampait avant que madame n’entrât chez son époux, comme elle avait coutume de faire pour le déjeuner.