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Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]

Электронная книга - «Les enfants de Dune [Children of Dune - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Dune, la planète des sables, les anciennes prophéties sont en train de s’accomplir. La transformation écologique s’accélère : l’eau, jadis plus coûteuse que l’or, coule à flots, et les jardins débordent sur le désert. Mais la prospérité nouvelle de Dune menace sa richesse, l’Epice de longévité et de prescience. Les durs Fremen, qui ont porté aux confins de l’univers humain la bannière et la parole de Muad’Dib, s’amollissent. Les vers géants se font rares. Et depuis que Paul est allé au désert pour y mourir selon la tradition Fremen parce qu’il a perdu la vue, ses prêtres ont construit sur son message de paix une théocratie autoritaire qui régit toute la galaxie.
C’est alors que se jouent les destins des enfants de Dune.
Leto et Ghanima, les jumeaux nés de Paul et de Chani, se sont éveillés à la conscience dans le ventre de leur mère et portent en eux les mémoires héréditaires d’innombrables générations. Il leur faut les dompter s’ils veulent échapper à l’Abomination redoutée par les Sœurs du Bene Gesserit à la possession par un spectre surgi de ce passé génétique.
Il leur faut aussi déjouer les complots s’ils veulent survivre, refondre l’univers humain ébranlé par le Jihad et régner à leur tour sur Dune.

Voici enfin le troisième volet de l’épopée la plus fascinante de toute la science-fiction moderne. Un grand roman historique situé dans l’avenir lointain.
Dans huit mille ans.
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« Vous êtes bien silencieuse, soudain, remarqua Ghanima. Quelque chose ne va pas ? »

Jessica secoua la tête. « C’est seulement ce que Leto m’a dit ce matin, c’est tout. »

« Quand vous êtes allés dans les plantations ? Qu’a-t-il dit ? »

Jessica revit l’étrange expression de sagesse adulte qui était sur le visage de son petit-fils ce matin même. Elle la retrouvait à présent sur le visage de Ghanima.

« Il se rappelait l’arrivée de Gurney, lorsqu’il revint de chez les contrebandiers pour rallier la bannière des Atréides », dit-elle.

« Alors vous parliez de Stilgar…»

Jessica ne s’interrogea pas sur cette nouvelle divination. Les jumeaux semblaient capables de se transmettre leurs pensées.

« Oui, c’est vrai. Stilgar n’aimait pas que Gurney appelle Paul… son Duc. Mais, à cause de Gurney, l’usage s’est répandu chez tous les Fremen. Gurney n’a jamais cessé de dire Mon Duc. »

« Je vois, dit Ghanima. Et, bien sûr, Leto a fait observer qu’il n’était pas encore, lui, le Duc de Stilgar. »

« C’est exact. »

« Bien entendu, vous savez ce qu’il visait. »

« Je n’en suis pas certaine », avoua Jessica, et elle en fut particulièrement troublée parce qu’il ne lui était pas apparu que Leto eût tenté de la manœuvrer.

« Il essayait de réveiller en vous les souvenirs de notre père, dit Ghanima. Il est toujours avide de connaître notre père du point de vue des autres, de ceux qui l’ont connu. »

« Mais… Leto ne peut-il…»

« Oui, il peut écouter sa vie intérieure. Mais ce n’est pas la même chose. Vous avez parlé de lui, bien sûr. De notre père, je veux dire. Vous en avez parlé comme de votre fils. »

« Oui », dit Jessica, et elle ne continua pas. Elle éprouvait un sentiment désagréable à l’idée que ces enfants pouvaient la faire réagir selon leur bon vouloir, lui extraire des souvenirs afin de les examiner, sonder toute émotion susceptible de les intéresser. C’était ce que Ghanima faisait en ce moment même !

« Leto a dit quelque chose afin de vous troubler. »

Jessica dut lutter pour réprimer sa colère et cela la bouleversa.

« Oui…» admit-elle.

« Le fait qu’il connaisse notre père tel que notre mère l’a connu ne vous plaît guère, de même qu’il connaisse notre mère telle que notre père l’a connue… Ce que vous n’aimez pas, ce sont les implications – ce que nous pourrions apprendre sur vous, par exemple…»

« Je n’ai jamais envisagé cela ainsi », dit Jessica, d’une voix crispée.

« Habituellement, dit Ghanima, c’est la connaissance des choses sensuelles qui est la plus troublante. C’est votre conditionnement. Vous vous êtes aperçue qu’il est extrêmement difficile pour vous de nous considérer autrement que comme des enfants. Mais il n’est pas un geste de nos parents, privé ou public, qui échappe à notre connaissance. »

Pour un bref instant, Jessica se surprit à réagir ainsi qu’elle l’avait fait au bord du qanat mais, à présent, sa réaction était dirigée contre Ghanima.

« Il vous a probablement parlé de la “sensualité en rut” de votre Duc, dit Ghanima. Quelquefois, je pense que Leto mériterait d’être bâillonné. »

N’y a-t-il donc rien que ces jumeaux ne puissent profaner ? se demanda Jessica, passant du choc à l’outrage, puis à la révulsion. Comment osaient-ils faire allusion à la sensualité de son Leto ? L’homme et la femme qui s’aimaient d’amour partageaient le plaisir de leurs corps ! C’était une chose aussi privée que belle et que l’on ne pouvait galvauder dans n’importe quelle conversation entre une enfant et une adulte…

Une enfant et une adulte !

Brutalement, Jessica comprit que Leto pas plus que Ghani n’avaient parlé à la légère.

Voyant que sa grand-mère demeurait silencieuse, Ghanima déclara : « Nous vous avons choquée. Je vous présente nos excuses. Connaissant Leto, je sais bien qu’il ne songerait même pas à s’excuser. Parfois, lorsqu’il suit un sentier précis, il en vient à oublier à quel point nous sommes différents… de vous, par exemple…»

Jessica pensa : Et c’est pour cette raison que vous faites cela, l’un et l’autre. Vous m’enseignez ! Mais qui d’autre enseignez-vous encore ? Stilgar ? Duncan ?

« Leto essaie de voir les choses telles que vous les voyez, dit Ghanima. Les souvenirs ne suffisent pas. Même lorsque vous vous y essayez de toutes vos forces, vous échouez le plus souvent. »

Jessica soupira.

La main de Ghanima se posa sur son bras.

« Bien des choses que votre fils n’a pas dites doivent pourtant l’être, et même à vous. Pardonnez-nous, mais… il vous aimait. Ne le savez-vous pas ? »

Jessica se détourna pour cacher les larmes dans ses yeux.

« Il connaissait vos peurs, continua Ghanima. Tout autant que celles de Stilgar. Cher Stil… Notre père était son “Docteur des Bêtes” et Stil n’était rien de plus que l’escargot vert replié dans sa coquille. »

Et elle fredonna la musique de la chanson dont elle venait de citer quelques paroles. Et la chanson tout entière, fit irruption dans l’esprit de Jessica :

« Ô, Docteur des Bêtes, Vers cette coquille d’escargot verte Et son timide miracle, Cachée dans l’attente de la fin, Tu viens comme le divin ! Les escargots eux-mêmes n’ignorent point Que les dieux oblitèrent Et que les remèdes sont sévères, Que le paradis n’est entrevu Qu’à travers une porte de flamme Ô, Docteur des Bêtes, Je suis l’homme-escargot, Et je vois ton œil unique Qui transperce ma coquille ! Pourquoi, Muad’Dib ? Pourquoi ?

« Malheureusement, déclara Ghanima, notre père a laissé bien des hommes-escargots dans notre univers. »

21

Le postulat selon lequel les humains vivent dans un univers fondamentalement impermanent, s’il est considéré comme un précepte opératoire, exige que l’intellect devienne un instrument d’équilibration totalement conscient. Mais l’intellect ne peut réagir de la sorte sans impliquer l’organisme entier. Un tel organisme pourrait être décelé à son comportement ardent et tendu vers une fin. Ainsi en est-il avec une société considérée comme un organisme. Mais nous affrontons ici une vieille inertie. Les sociétés sont mues par des impulsions anciennes, réactionnelles. Elles demandent la permanence. Toute tentative pour révéler l’univers de l’impermanence éveille des schèmes de rejet, de peur, de colère et de désespoir. Comment, dès lors, expliquer l’acceptation de la prescience ? Simplement ainsi : celui qui livre ses visions prescientes, parce qu’il évoque un futur absolu (permanent), peut être accueilli avec allégresse par l’humanité même quand il prédit les plus funestes événements.

Le Livre de Leto,
d’après Harq al-Ada.

« C’est comme si je me battais dans l’obscurité », dit Alia.

Elle arpentait furieusement la Chambre du Conseil, allant sans cesse des hautes draperies argentées qui adoucissaient le soleil du matin aux fenêtres d’Orient jusqu’aux divans qui avaient été rassemblés sous les grands panneaux décoratifs, à l’autre extrémité de la salle. Sans cesse, elle foulait de ses sandales les rêches tapis de fibre d’épice, les lattes du parquet, puis les dalles de grenat, et les tapis, à nouveau. Enfin, elle s’arrêta devant Irulan et Idaho, qui étaient assis face à face sur les divans tendus de fourrure de baleine grise.

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