Les sentinelles de la nuit
- Автор: Лукьяненко Сергей Васильевич
- Серия: Les sentinelles #1
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- Переводчик: Christine Zeytounian-Beloüs
- Жанр: Городское фэнтези
Электронная книга - «Les sentinelles de la nuit». Краткое содержание книги:
À mon apparition, Boris Ignatievitch a hoché la tête en déclarant :
— Merci, Vitali. Je suppose que tout est clair et que personne n’a aucune remarque à formuler sur votre activité. On peut voter l’approbation ? Merci. Et maintenant que tout le monde est là…
Sous son regard attentif, j’ai gagné un siège libre le plus discrètement que j’ai pu.
— Nous pouvons en venir à la question essentielle.
Semion, assis à côté de moi, a incliné la tête pour me souffler :
— La question essentielle, c’est le paiement des cotisations du mois de mars…
Je n’ai pu retenir un sourire. On observait parfois chez Boris Ignatievitch des résurgences bureaucratiques de son passé de fonctionnaire du parti. Ce qui me gênait bien moins que ses résurgences de potentat oriental ou de général en retraite, mais j’avais peut-être tort.
— La question essentielle, c’est la protestation du Contrôle du Jour que j’ai reçue il y a deux heures.
Sur le moment, je n’ai pas réagi. Le Contrôle du Jour et le Contrôle de la Nuit n’arrêtent pas de se marcher sur les pieds. Des protestations arrivent toutes les semaines, parfois le conflit se règle au niveau régional et parfois, il faut recourir au Tribunal de Berne…
Puis j’ai compris qu’une protestation qui donne lieu à une réunion élargie a forcément quelque chose d’exceptionnel.
— La protestation en question… est la suivante…
Le chef s’est frotté l’arête du nez avant de poursuivre :
— Ce matin, non loin de la rue Stolechnikov, une femme qui faisait partie des Sombres a été assassinée. Voici une brève description de l’événement.
Deux feuillets imprimés sont tombés sur mes genoux. J’ai parcouru le texte :
« Galina Rogova, vingt-quatre ans… Initiée à l’âge de sept ans, issue d’une famille d’humains ordinaires. A été élevée sous le patronage des Sombres. Mentor Anna Tchernogorova, magicienne noire de quatrième classe… A huit ans, Galina a été classée en tant que lycanthrope-panthère. Capacités moyennes…»
J’ai continué de lire le dossier en faisant la moue. D’ailleurs injustifiée. Rogova était une Sombre, mais elle ne travaillait pas pour le Contrôle du Jour. Elle n’avait commis aucune infraction au Traité. Et n’avait jamais fait la chasse à personne. Pas une seule fois. Elle n’avait même pas utilisé les deux licences offertes à l’occasion de sa majorité et de son mariage. Avec l’aide de la magie, elle avait obtenu un poste important dans l’entreprise de construction immobilière « Douce Maison » dont elle avait épousé le directeur-adjoint. Mère d’un petit garçon qui ne manifestait aucune capacité magique, elle avait plusieurs fois utilisé ses dons pour se défendre. Une fois, elle avait tué son agresseur. Mais même en cette occasion, elle ne s’était pas abaissée à le dévorer…
— On aimerait rencontrer davantage de lycanthropes dans son genre, pas vrai ? a remarqué Semion.
Tournant la page, il a émis un bruit de gorge. Intrigué, j’ai consulté la fin du document.
C’était le procès-verbal. Une déchirure sur le chemisier et la veste… sans doute un coup porté avec un poignard très fin. Envoûté, forcément : on ne saurait tuer un lycanthrope avec du métal ordinaire… Qu’est-ce qui avait donc étonné Semion ?
Ah, voilà !
Le corps ne portait pas de marques visibles. Aucune blessure. Cause du décès : perte totale de l’énergie vitale.
— Pas mal joué, a dit Semion. Je me souviens, durant la guerre civile, on m’a envoyé capturer un lycanthrope-tigre. Ce salaud travaillait pour la Tcheka, et il occupait un poste très…
— Vous avez tous lu le rapport ? a demandé le chef.
— Je peux poser une question ?
Une petite main s’est levée à l’autre bout de la salle. Tout le monde a souri.
— Bien sûr, Iulia.
Le plus jeune agent du Contrôle s’est levée en rectifiant une mèche. Une brave petite, sauf qu’elle jouait parfois au bébé. Mais elle était parfaitement à sa place au service d’analyse.
— Si je comprends bien, il s’agit d’une intervention magique de deuxième classe ? Ou de première classe ?
— Probablement de deuxième classe, a confirmé le chef.
— Parmi ceux qui auraient pu le faire, il y a vous…
Iulia s’est tue un instant, gênée.
— … Semion, Ilya… ou Garik. J’ai raison ?
— Pas Garik, a dit le chef. Mais Ilya et Semion en sont capables.
Semion a grommelé quelque chose sous son nez, comme si ce compliment lui était désagréable.
— Il est également possible que le meurtre ait été commis par l’un des nôtres de passage à Moscou, a poursuivi Iulia. Mais un mage de cette force ne passe jamais inaperçu quand il voyage, le Contrôle du Jour aurait été averti de sa venue. Il faut donc vérifier trois personnes. Mais si elles ont toutes un alibi, ils ne pourront pas nous accuser ?
— Le problème est ailleurs, ma petite Iulia. Un mage blanc non enregistré et ignorant du Traité commet des meurtres en plein Moscou.
Voilà qui était sérieux…
— Oh…, alors excusez-moi, Boris Ignatievitch.
— Mais non, tu as eu raison d’intervenir. Pour aborder plus rapidement la question essentielle. Les amis, nous avons raté un mage important. Nous l’avons laissé passer entre les mailles du filet. Il n’est au courant de rien et il tue des Sombres.
— Parce qu’il en a tué plusieurs ? a demandé quelqu’un.
— Oui. J’ai consulté les archives. Des cas de ce type ont été répertoriés il y a trois ans, au printemps et en automne, et il y a deux ans en automne. Scénario identique à chaque fois : pas de blessures mais des vêtements déchirés. Les enquêtes du Contrôle du Jour n’ont rien donné. Et ils ont classé ces décès comme accidentels… Quelqu’un parmi les Sombres sera sanctionné pour ce manque de vigilance.
— Et parmi les nôtres ?
— Parmi les nôtres également.
Semion a toussoté.
— Une étrange périodicité, Boris…
— D’autres décès nous ont sans doute échappé. Qui que soit ce mage, il a toujours tué des Autres aux capacités médiocres, qui ont probablement commis des impairs au niveau de leur camouflage. On peut supposer que des Autres non initiés ou non répertoriés figurent également parmi les victimes. Voici ce que je propose…
Le chef nous a adressé un regard circulaire.
— Le service d’analyse va collecter les informations nécessaires et rechercher des cas analogues. N’oubliez pas que ces morts ne sont pas forcément répertoriées comme des meurtres, plutôt comme des décès aux causes indéterminées. Vérifiez les résultats des autopsies, interrogez les employés de la morgue… Réfléchissez vous-mêmes aux moyens de trouver les renseignements adéquats. Le service scientifique… va envoyer deux ou trois agents au Contrôle du Jour pour étudier le corps. Ils devront déterminer comment ce mage – appelons-le le Sauvage – s’y prend pour tuer. Le service des patrouilleurs… va renforcer sa surveillance dans les rues. Cherchez-le, les gars.
— Ces derniers temps, nous n’arrêtons pas de chercher des mages inconnus, a grogné Igor. Boris Ignatievitch, nous n’avons pas pu rater un mage de cette force !
— Il est possible qu’il n’ait jamais été initié et que ses capacités ne se manifestent que périodiquement.
— Au printemps et à l’automne, comme chez la plupart des cinglés.
— Oui, Igor, tu as parfaitement raison. Au printemps et à l’automne. Immédiatement après ce meurtre qu’il vient de commettre, il porte peut-être encore un relent de magie. Nous avons une petite chance de mettre la main dessus. Au travail.