Les sentinelles de la nuit
- Автор: Лукьяненко Сергей Васильевич
- Серия: Les sentinelles #1
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- Переводчик: Christine Zeytounian-Beloüs
- Жанр: Городское фэнтези
Электронная книга - «Les sentinelles de la nuit». Краткое содержание книги:
À qui allait-elle s’en prendre ? Au chef? C’était une idée saugrenue. Tigron, Ours, Semion ? Certainement pas. Egor ? Mais qu’allait-elle lui suggérer à un niveau aussi modeste ?
— Ouvre-toi, a dit la sorcière. Ouvre-toi à moi, Anton. C’est une intervention de septième classe. Le chef du Contrôle de la Nuit en sera témoin, je ne dépasserai pas la limite autorisée.
Semion a gémi, me comprimant l’épaule à me faire mal.
— Elle en a le droit, ai-je reconnu.
— Agis comme tu l’entends, a dit le chef. Je vais observer.
J’ai soupiré en m’ouvrant à la sorcière. Elle ne pourrait rien faire ! Rien du tout ! Une simple intervention de septième classe ne pourrait jamais me tourner vers l’Obscurité ! C’était tout bonnement ridicule.
— Anton, a prononcé doucement Alissa, dis à ton chef ce que tu voulais lui dire. Dis-lui la vérité. Agis de manière honnête et juste. Comme il se doit.
— Une action minimale, a approuvé le chef.
S’il y avait de la douleur dans sa voix, elle demeurait si profondément enfouie qu’il ne m’était pas donné de l’entendre.
— Chacun a élaboré sa propre combinaison, ai-je dit en regardant Boris Ignatievitch. Le Contrôle du Jour a sacrifié ses pions et le Contrôle de la Nuit a sacrifié les siens. Au nom d’une grande cause. Pour attirer de son côté une magicienne d’une force exceptionnelle. Un jeune vampire qui a tellement envie d’aimer peut périr. Un gamin doté d’un faible potentiel peut disparaître dans la Pénombre. Des agents des Contrôle peuvent être blessés ou tués. La fin justifie les moyens. Deux Grands mages qui s’opposent depuis des siècles ont décidé d’organiser une petite guerre. C’est plus difficile pour le mage blanc, il mise tout sur ce coup. Et l’échec pour lui ne se limite pas à un simple désagrément, c’est un pas de plus vers la Pénombre. La Pénombre éternelle. Mais malgré cela, il mise tout. Il mise ses amis et ses adversaires. C’est exact, Boris Ignatievitch ?
— C’est exact, a répondu le chef.
Alissa a ri doucement avant de se diriger vers la trappe. Elle n’était certainement pas en état de voler. Tigron l’avait salement amochée. Ce qui ne l’empêchait pas de se sentir d’excellente humeur.
J’ai regardé Semion qui a détourné les yeux. Tigron se retransformait lentement en jeune fille ; elle aussi évitait de me regarder en face. Ours a poussé un bref rugissement et, sans changer de forme, s’est dirigé vers la trappe. C’est lui qui avait certainement le plus de mal à encaisser le coup, il avait un caractère trop direct. Un parfait combattant, ennemi des compromis…
— Vous êtes tous des salauds, a dit Egor.
Il s’est levé et il est sorti de la Pénombre par à-coups, pas seulement à cause de la fatigue – le chef lui fournissait la force nécessaire : un fil lumineux traversait l’air ; au début, c’est toujours difficile de s’arracher à son ombre.
Je suis sorti après lui. Facilement, durant le dernier quart d’heure, la Pénombre avait reçu une telle dose d’énergie qu’elle avait perdu son insistance collante et agressive.
Presque aussitôt, j’ai entendu un choc mou particulièrement déplaisant : le sorcier tombé du toit venait de toucher le sol.
Les autres sont apparus derrière nous. Une petite brune sympathique avec l’œil gauche au beurre noir et une pommette tuméfiée, un type trapu à l’air imperturbable, un imposant homme d’affaires en costume oriental… Ours était déjà parti. J’avais deviné ce qu’il allait faire dans la tanière de son appartement : boire de l’alcool non dilué et lire de la poésie. Probablement à haute voix. L’œil rivé au petit écran dont le balbutiement joyeux lui servirait de fond.
La vampire était là. Elle était au plus mal. Elle bafouillait des paroles indistinctes, secouait la tête et léchait son bras coupé en deux qui essayait lentement de se ressouder. Le toit autour d’elle était couvert de sang : pas le sien, mais celui de sa dernière victime.
— Disparais, ai-je dit en levant mon revolver.
Ma main a tremblé.
La balle a traversé sa chair morte, une blessure profonde est apparue au flanc de la vampire. Elle a gémi, la serrant de sa main encore valide. Son bras pendouillait au bout de quelques tendons.
— Ne fais pas ça, a dit doucement Semion. Ne fais pas ça, Anton.
Je l’ai tout de même visée à la tête. Mais à cet instant, une ombre immense a surgi du ciel pour piquer vers moi, une chauve-souris de la taille d’un condor. Elle s’est placée devant la vampire, ailes étendues, frémissante, elle a commencé à se transformer.
— Elle a droit à un procès !
Je ne pouvais pas tirer sur Kostia. J’ai regardé mon jeune voisin. Son regard était ferme et têtu. Depuis combien de temps me surveillais-tu en douce, mon ami et adversaire ? Et pourquoi : sauver une congénère ou prévenir un acte qui ferait définitivement de moi ton ennemi mortel ?
J’ai haussé les épaules et rangé mon arme dans ma ceinture. Tu avais raison, Olga. Les moyens techniques, c’est de la blague.
— Elle y a droit, a confirmé le chef. Semion, Tigron, escortez-la.
— D’accord, a dit Tigron.
Elle m’a adressé un regard de compréhension et s’est dirigée d’un pas souple vers les vampires.
— De toute façon, elle encourt la peine capitale, m’a soufflé Semion en lui emboîtant le pas.
Ils ont quitté le toit ensemble : Kostia, portant la vampire gémissante qui n’y comprenait plus rien, Semion et Tigron marchant à leur suite.
Nous sommes restés tous les trois.
— Tu as un potentiel, mon garçon, a dit doucement le chef, un potentiel modeste, mais dont la plupart des gens sont totalement dépourvus. Je serai heureux si tu acceptes de devenir mon élève.
— Allez vous faire…, a dit Egor.
La fin de sa phrase n’avait rien de poli. Le garçon pleurait silencieusement, il grimaçait, s’efforçant vainement de retenir ses larmes.
Une petite intervention de septième classe, et il se serait senti mieux. Il aurait compris que la Lumière ne peut combattre l’Obscurité qu’en utilisant tous les moyens à sa disposition.
J’ai levé la tête vers le ciel gris, j’ai ouvert la bouche pour attraper les flocons sur ma langue. Refroidir un peu. Refroidir totalement. Mais pas comme dans la Pénombre. Devenir glace, mais pas brouillard. Neige, mais pas boue. Se durcir au lieu de se liquéfier.
— Viens, Egor, je vais te raccompagner, ai-je proposé.
— Pas la peine, je ne vais pas loin.
Je suis resté là assez longtemps, à avaler de la neige et du vent. Je n’ai pas remarqué son départ. J’ai entendu la question du chef : « Egor, tu sauras réveiller tes parents sans aide ? », mais pas la réponse.
— Anton, si ça peut te consoler… l’aura du garçon n’a pas changé, a dit Boris Ignatievitch. Elle est toujours neutre…
Il a posé ses mains sur mes épaules. En cet instant, il paraissait petit et faible, il ne ressemblait pas du tout à un homme d’affaires soigné ni à un mage hors classe. Un vieil homme au physique trop jeune, qui avait gagné une brève bataille dans une guerre sans fin.
— J’en suis content.
J’aimerais être comme Egor. Posséder une aura neutre. Avoir mon propre destin.
— Anton, nous avons encore à faire.
— Je sais, Boris Ignatievitch.
— Tu pourras tout expliquer à Svetlana ?
— Oui, sans doute… Maintenant, je pourrai.
— Pardonne-moi. Mais j’utilise ce que j’ai. Les gens dont je dispose. Vous êtes liés. Un lien mystique comme on en rencontre parfois et qu’on ne saurait expliquer. Personne ne peut le faire à ta place.
— Je comprends.