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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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Car cette jeune femme était une fille galante!…

M. Jacques, ayant achevé son double examen, tendit le bras vers le clavecin et demanda:

– Vous faites de la musique?

– Oui… assez bien pour être entendue sans ennui. Voulez-vous…

Déjà elle se levait, docile, prête à contenter la musicale envie qu’elle supposait au visiteur que lui envoyait le hasard, – pensait-elle.

– Merci, dit M. Jacques en la contenant d’un geste. Simple curiosité. Excusez-moi. Mais dites-moi, je vois à ces murs des toiles non signées…

– Elles sont de moi, monsieur. Je m’exerce à la peinture, et vous voyez, je ne réussis pas plus mal qu’un autre. Voici une copie du Voyage à Cythère qu’on a bien voulu…

– Je vois, je vois… Demeurez assise, mon enfant. Ainsi, peintre et musicien… tant mieux…

– Pourquoi tant mieux? se demanda la jeune femme étonnée.

– Dites-moi, reprit M. Jacques, c’est bien vous qui vous appelez Mlle Juliette Bécu?…

– Oui, monsieur… mais j’ai changé mon nom que je trouvais un peu… vulgaire.

– Oui, je sais… vous vous faites appeler mademoiselle Lange?

– L’Ange! dit Juliette Bécu en riant. C’est bien cela. Ange un peu déchu, par exemple! mais que voulez-vous… il faut vivre!…

– Je sais… je sais… dit M. Jacques en hochant la tête. Vous menez une triste existence, mon enfant, et ce doit être bien pénible pour vous, intelligente, belle comme vous êtes.

– Seriez-vous prêtre? fit Juliette Bécu non sans quelque inquiétude.

– Je ne dis pas non, répondit M. Jacques. Croyez de moi ce que vous voudrez. Peu importe. C’est de vous qu’il s’agit, et ce qui importe, c’est…

À ce moment, d’une pièce voisine, partirent des cris d’enfant qui se réveille et appelle.

Juliette Bécu se leva précipitamment en disant:

– Excusez-moi une minute, monsieur, c’est l’enfant qui demande à boire, la pauvre chérie!… Me voici! me voici! Ne pleure pas, mignonne!…

En même temps, elle entra vivement dans la pièce voisine et alla se pencher sur un berceau où une fillette de trois ans environ, un joli petit ange aux yeux mordorés, aux cheveux bouclés, était couchée dans de la dentelle.

Car si tout était triste d’usure en ce logis, le berceau était au contraire une merveille de riche élégance.

L’enfant tendit ses petites mains, et voyant Juliette, s’apaisa aussitôt et se mit à sourire. Juliette lui offrit à boire un peu de lait tiède dans une tasse de porcelaine qu’elle prit sur une veilleuse. L’enfant but, embrassa Juliette, laissa retomber sa tête sur l’oreiller, et presque aussitôt se rendormit, toute souriante.

La fille galante, devenue soudain très grave, se pencha alors, déposa un baiser léger comme un souffle sur le front de ce pauvre petit ange, et se reculant de deux pas, la contempla avec une indicible expression de tendresse.

– Votre fille? interrogea une voix qui fit tressaillir Juliette.

Elle se retourna, vit son visiteur qui, curieusement, était entré et avait assisté à toute cette scène intime.

– Non, fit-elle à voix basse, ce n’est pas ma fille.

Et lorsqu’ils furent revenus dans la première pièce, elle continua:

– C’est Anne… ma petite sœur…

Oui! Cette enfant s’appelait Anne Bécu!… Elle devait plus tard s’appeler, elle aussi, Mlle Lange, comme sa sœur Juliette dont elle devait hériter… Et plus tard encore, le 8 décembre 1793, elle devait porter sa tête sur l’échafaud!…

Mais demeurons dans le cadre de notre récit.

– Une bien jolie enfant, reprit M. Jacques, et que vous semblez aimer de tout votre cœur?…

– C’est vrai, monsieur!… Tenez, je vois bien que vous avez quelque chose à me dire… que vous ne venez pas pour… comme les autres, enfin! Cela m’inspire confiance, et je puis vous le dire: cette enfant, c’est toute ma joie dans ce monde. Lorsque ma pauvre mère est morte, il y a deux ans, elle m’a montré d’un regard la pauvre petite qui allait se trouver sans mère… Alors, que voulez-vous, je me suis mise à être sa mère! Et moi qui dois jouer la comédie de l’amour si je veux vivre, eh bien, j’en suis arrivée à me figurer que j’ai aimé réellement, moi aussi! Que moi aussi, j’ai été aimée! Que j’ai eu une petite fille! Quand je suis seule, près du berceau de ma petite Anne, ces idées me passent par la tête, et alors, je pleure… tenez, comme en ce moment!…

Juliette Bécu – ou Mlle Lange, ou encore mademoiselle L’Ange, comme ou voudra l’appeler – essuya ses yeux où brillaient quelques larmes.

– Me suis-je trompé? gronda M. Jacques entre ses dents. Suis-je tombé sur une fille qui a du cœur? Ce serait jouer de malheur!

– Que dites-vous, monsieur?

– Rien. Je réfléchissais à la singulière destinée qui pousse hors de leur route naturelle certains hommes et certaines femmes. Vous, par exemple, d’après votre attitude, d’après tout ce que je vois et entends, depuis que je suis ici, vous étiez née pour être une bonne femme de ménage, heureuse et fière d’être fidèle à votre époux, élevant avec amour vos enfants…

Juliette eut un éclat de rire qui découvrit l’éblouissante rangée de perles qui brillait entre le double corail de ses lèvres.

Ce rire soudain, cette mobilité dans les idées parurent rassurer le digne M. Jacques.

– Vous êtes étonné? s’écria Juliette en riant toujours. Je ris… excusez-moi. Mais c’est si étrange, ce que vous me dites!… Pour les enfants, je ne dis pas non. Je crois que je les eusse aimés. Et encore, ma petite Anne… ce n’est pas la même chose!… Mais quant à la fidélité… quant à l’époux… ah! non, c’est trop drôle!… Le pauvre malheureux! Je le plains!… Tenez, je suis en veine de confession, ce soir…

– Parlez, parlez tout à votre aise, ma chère enfant… je parlerai ensuite, moi!

– Soit! Vous n’avez pas l’air de vous douter de ce qui nous entraîne, nous autres, créatures de joie, à une existence que vous jugez sans doute très immorale. Pour les unes, c’est la misère… c’est vrai pour le plus grand nombre. Pour d’autres… et c’est mon cas, c’est la soif des plaisirs, l’amour de tout ce qui brille, les belles toilettes, les brillants…

– Ah! ah! interrompit M. Jacques avec une parfaite tranquillité. Permettez-moi donc de vous offrir ceux-ci!

En même temps, il tira de sa poche une petite boîte de chagrin qu’il ouvrit et fit briller aux yeux éblouis de Juliette une paire de boucles… deux solitaires d’une eau magnifique et gros comme des petites noisettes.

Elle saisit la boîte en tremblant, et murmura:

– Oh! monsieur… vous voulez vous moquer d’une pauvre fille!…

– Pas le moins du monde: ces diamants sont à vous!

– À moi! À moi!… Mais ces deux boucles valent au moins trente mille livres!…

– Quarante mille chacune, mon enfant: cela fait quatre-vingt mille…

Juliette demeura suffoquée, toute pâle. Puis elle devint pourpre, et courant vers une haute glace qui occupait tout un panneau, elle essaya d’accrocher les boucles à ses oreilles. Mais ses mains tremblaient trop.

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