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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la gr?ce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son p?re, Jeanne est bient?t oblig?e d'?pouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a ? son tour succomb? au charme de Jeanne et leur idylle ?clate au grand jour. Les intrigues s'?chafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le myst?rieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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M. Jacques paraissait environ cinquante ans. Il était de taille moyenne. Son visage eût semblé insignifiant de modestie bourgeoise à quiconque ne l’eût pas étudié avec la double vue de la philosophie humaine. Son regard, d’habitude terne et presque toujours voilé, par les paupières baissées, lançait parfois des éclairs contenus. Ses mains étaient fort belles… on eût dit des mains de prélat. Lorsqu’il était seul et qu’il ne se surveillait pas, il y avait dans ses attitudes une sorte de majesté dédaigneuse, un orgueil tranquille et puissant, un dédain d’homme très supérieur au reste de l’humanité. Cet homme-là devait sans doute se jouer de la gloire des monarques, déchaîner à son gré des guerres sanglantes, et, d’un signe, faire régner la paix sur le monde.

Tout cela, d’Assas ne le comprit pas, mais il le sentit confusément.

Il comprit du moins qu’il se trouvait en présence de quelque chose d’effrayant, d’inconnu, qui pouvait être excessif de force et de pouvoir.

Et comme il était brave, il éprouva non pas l’effroi qu’on avait peut-être voulu lui inspirer, mais cette sorte de joie sourde qui s’empare de l’homme jeune, chevaleresque et hardi, lorsqu’il se trouve devant la bataille.

– Qui êtes-vous, monsieur? demanda-t-il.

– Je m’appelle M. Jacques, dit lentement le visiteur; je suis un paisible bourgeois, allié lointain de la famille Poisson… si lointain d’ailleurs que je crois cette parenté parfaitement ignorée de mes cousins. Quoi qu’il en soit, j’ai pu voir de près Jeanne qui se trouve être ma nièce; sa beauté m’a intéressé; je crois qu’elle n’est pas heureuse et je cherche le moyen d’assurer son bonheur. Voilà qui je suis, jeune homme. Ces explications vous suffisent-elles?

– Non! répondit d’Assas froidement; car elles n’expliquent rien. Et surtout, elles ne me disent pas comment vous, bourgeois modeste, avez pu obtenir du roi ce qu’un ministre obtiendrait difficilement, c’est-à-dire un ordre de mise en liberté immédiate.

– Nous sommes bien près de nous entendre, mon cher enfant. Car vous êtes doué d’une rare intelligence et l’intelligence facilite les transactions. Donc vous ne croyez pas à mon invention du bourgeois?

– Non, monsieur, dit d’Assas qui se sentait gagné par un indéfinissable malaise.

– Et vous avez raison. Je vois que je suis obligé de parler net et franc.

– C’est le meilleur, monsieur.

– Et le plus court, jeune homme. Avez-vous entendu parler du cardinal Fleury?

– L’éducateur du roi? Certes!

– Eh bien! je suis son successeur, ou pour mieux dire son continuateur.

– C’est donc à un homme d’église que j’ai l’honneur de parler?

– Oui, monsieur: à un homme d’église! répondit M. Jacques. Et cette fois, il y eut un tel accent de vérité profonde dans sa voix, une telle majesté dans son attitude que d’Assas, un instant hésitant, s’inclina profondément.

M. Jacques reprit alors son masque de modestie et poursuivit:

– Je n’occupe pas le rang élevé et la haute situation que remplissait si noblement Monseigneur Fleury. Je n’en serais pas digne. Mais ce qui est sûr, c’est que je suis animé de la même foi profonde que mon illustre prédécesseur: je ne fais d’ailleurs que me conformer rigoureusement à la tradition qu’il m’a transmise; et si j’ai résolu de demeurer toujours dans la coulisse et de ne jamais me mêler des affaires de l’État, je n’en ai pas moins conquis une précieuse influence sur l’esprit du roi en ce qui concerne la direction de sa vie privée… Comprenez-moi bien, monsieur. En maintenant le roi de France dans la voie des vertus domestiques, je crois rendre au royaume un signalé service… Ce n’est pas seulement sur les champs de bataille ou dans les conseils de ministres qu’on peut utilement servir son pays. Mon rôle est modeste, l’histoire ne l’enregistrera pas, mais, en sauvant Louis XV des tentations de l’amour, n’est-il pas vrai que j’épargne à la France bien des misères et peut-être bien des catastrophes?

– Vous avez raison, monsieur, dit le chevalier avec un respect qu’il ne songea pas à dissimuler. Vous faites là de bonne et profonde politique. Un roi désordonné, vicieux, c’est le malheur d’un royaume, ce sont les folles dépenses, ce sont les levées d’impôts, ce sont les émeutes, ce sont les guerres pour conquérir l’or nécessaire à satisfaire les insatiables maîtresses qui…

Le chevalier s’arrêta soudain, livide et frissonnant.

– Oh! murmura-t-il. Et elle! elle! elle qu’il aime!… Oui! le roi l’aime!… Malheureuse!…

M. Jacques saisit la main de d’Assas et dit sourdement:

– Vous venez de prononcer de terribles paroles, jeune homme! C’est de Jeanne-Antoinette Poisson que vous parlez, n’est-ce pas? De celle que vous aimez!… Eh bien, oui! le roi l’aime! Et c’est ce qui m’amène ici!… Écoutez-moi!…

D’Assas passa sur son front ses mains tremblantes. Cet amour du roi, il l’avait presque oublié!… qu’allait-il apprendre?

– Le roi, reprit M. Jacques, s’est épris de cette belle enfant…

– Mais elle est mariée, maintenant! s’écria d’Assas. Son mari…

– Elle n’aime pas son mari! Elle ne l’aimera jamais! Comment cet ange de beauté pourrait-il aimer ce monstre de hideur qu’est M. Henri Le Normant d’Étioles?…

– Oui! oui! murmura ardemment le chevalier, vous avez raison… elle ne peut aimer cet homme… mais alors! ajouta-t-il avec une plainte déchirante… elle aime le roi!…

– Pas encore! dit M. Jacques.

D’Assas était pantelant. Il ne pouvait plus douter maintenant de la loyauté absolue de l’homme qui lui parlait. L’accumulation des détails exacts correspondant à tout ce qu’il savait eût suffi pour lui enlever ses derniers doutes.

Mais comme il souffrait, le pauvre enfant! Sous la main de fer de cet homme, sous cette parole habile à le faire passer brusquement par tous les degrés de l’espérance et du désespoir, son cœur se tordait en d’affreuses angoisses.

M. Jacques ne le perdait pas de vue un instant.

– Mme d’Étioles, reprit-il, n’aime pas encore le roi. Mais elle ne tardera pas à l’aimer…

– Oh! rugit d’Assas.

– Est-ce improbable? Je la connais. Je l’ai étudiée. C’est un cœur d’or. Elle ignore tout de la vie. Elle exècre son mari. Le roi est encore jeune, encore beau, et surtout auréolé de son élégance, de son prestige royal. Comment voulez-vous que cette pauvre enfant ne succombe pas bientôt?…

– Oui! oh! oui!… Ah! que je souffre!…

– Il ne faut pas que cela soit! Pour le repos de la France et surtout pour le repos de cette pauvre reine qui a déjà tant souffert, à laquelle je suis, moi, profondément dévoué, il ne faut pas que Louis commette cette nouvelle faute! Il ne faut pas que la misérable duchesse de Châteauroux, qui a tant fait pleurer la reine, qui a mis le royaume à deux doigts de sa perte, soit remplacée par une nouvelle maîtresse d’autant plus redoutable qu’elle serait plus jeune et plus belle!…

D’Assas étouffa un sanglot que M. Jacques recueillit avec une joie soigneusement dissimulée sous un masque de pitié profonde.

– Vous me plaignez? fit le chevalier.

– De tout mon cœur. Qui ne vous plaindrait? Si jeune et si sincère dans votre amour!

– Mais, reprit tout à coup d’Assas, qui vous a donné l’idée…

– De venir vous trouver? interrompit M. Jacques. C’est elle-même! C’est Jeanne!

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