La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Allons! fit M. Jacques d’un ton soudain grave et presque menaçant, je vous en ai fait voir assez pour vous prouver que je ne parle pas en vain, que je dispose de richesses royales, et que je puis à mon gré vous hausser jusqu’à ce paradis que vous avez entrevu ou vous laisser sinon dans l’enfer, du moins dans le triste purgatoire qu’est votre existence actuelle. Écoutez-moi donc avec toute votre attention. De vous, de vous seule en ce moment dépend votre fortune.
– Parlez, monsieur, dit Juliette d’une voix tremblante.
Le chef suprême de la puissance Compagnie se recueillit un instant. Puis il dit:
– Vous êtes pauvre; vous êtes misérable; vous êtes méprisée; vous habitez dans une maison sordide un triste appartement dont tout votre bon goût et votre propreté ne parviennent pas à déguiser la misère; vous avez une petite sœur que vous aimez comme si elle était votre enfant, et cette petite fille est destinée aux mêmes hontes que vous-même. Tout cela est-il vrai?
– Hélas! oui… en ce qui me concerne… mais quant à ma petite Annette, je vous jure bien que je saurai la préserver!…
– Voulez-vous, reprit le mystérieux personnage, comme s’il n’eût pas entendu, voulez-vous devenir riche, considérée, adulée? Voulez-vous habiter un hôtel princier? Voulez-vous assurer à la petite innocente un avenir heureux, paisible, facile, et à vous-même un avenir éblouissant de fêtes?
Juliette, frémissante, joignit les mains.
– Votre petite sœur, je m’en charge, reprit-il; je la ferai élever à la campagne près de Paris, dans un village où vous pourrez la voir tant que vous voudrez. Et plus tard, je lui ferai donner une brillante éducation dans quelque pension. Acceptez-vous?…
Juliette, trop émue pour répondre, fit oui de la tête.
– Bien. Quant à vous, voici quelle sera désormais votre vie. Vous irez habiter un hôtel que je vais vous désigner. Cet hôtel, un des plus vieux et des plus beaux de Paris, est situé en l’île Saint-Louis, quai d’Anjou… J’avais d’abord acquis pour vous l’hôtel même de la duchesse de Châteauroux, sur le quai des Augustins, mais, ajouta-t-il avec un sourire livide, j’ai dû le céder dès le lendemain à un de mes amis… M. d’Étioles… et tout est mieux ainsi…
M. Jacques demeura quelques instants sombre et pensif, les yeux perdus dans le vague. Juliette le considérait avec une secrète épouvante. Qu’était-ce donc que cet homme formidable qui surgissait tout à coup dans sa vie de pauvre fille, allongeait sur elle sa main puissante, l’arrachait à sa misère et lui faisait entrevoir une existence de reine?
Vers quelles grandes ou terribles destinées allait-elle être entraînée?
Quel rôle mystérieux et redoutable lui était donc destiné?
Elle se rendait parfaitement compte que si cet inconnu l’avait choisie entre mille, – sans doute qu’il avait dû étudier, – c’est que sa beauté et peut-être ses appétits pouvaient lui être utiles…
À quoi?… Sans aucun doute à l’accomplissement de quelque œuvre géante!…
– Donc, reprit M. Jacques, vous irez habiter l’hôtel qui vous sera expressément désigné sous deux jours. Vous le trouverez tout installé, avec chaise peinte par Watteau, carrosse, chevaux, robes et bijoux pareils à ceux que je viens de vous montrer… Acceptez-vous?…
– J’accepte! dit la fille galante d’une voix que l’émotion faisait trembler.
– Une fois là, continua M. Jacques, vous vivrez la vie des grandes dames. Une comédienne du théâtre de Sa Majesté viendra vous donner des leçons de maintien et vous enseignera les révérences. D’ailleurs, pour vous, ce sera chose facile que d’apprendre ces fadaises. Vous recevrez, vous donnerez à souper et à danser. Vous regarderez beaucoup, et parlerez le moins possible… Enfin, dans quelques jours, quand vous serez installée, vous recevrez, ainsi que votre mari, une invitation pour le bal de l’Hôtel de Ville…
– Mon mari!… s’exclama sourdement Juliette.
– Oui: un galant parfait gentilhomme que vous avez épousé secrètement, il y a deux ans, dont de puissantes raisons de famille vous ont tenue éloignée, à votre grand chagrin, et que vous rejoignez enfin dans la capitale avec toute la joie possible… car ce mari, vous l’aimez, vous l’adorez…
– Je comprends, balbutia Juliette.
– Ne craignez rien, d’ailleurs. Vous trouverez dans une cassette sur la cheminée de votre chambre tous les papiers de famille qui vous seront nécessaires… Poursuivons… Donc, avec votre mari, vous vous rendrez à la fête que Paris donne à son roi dans le vieil Hôtel de Ville…
Et M. Jacques s’arrêta encore.
Juliette comprit que le point capital de cet étrange entretien était atteint.
– Et que faut-il que je fasse au bal de l’Hôtel de Ville? demanda-t-elle.
M. Jacques jeta un regard d’inquiétude sur la fille galante.
– Est-ce qu’elle serait trop intelligente? gronda-t-il en lui même. Au fait… cela vaut mieux ainsi!…
Et il répondit:
– Ce que vous devrez faire?
– Oui! je vous demande ce que je devrai faire à ce bal.
– Vous faire aimer! dit le général d’une voix sourde.
– De qui? haleta Juliette.
– De l’homme qui vous sera désigné… par…
– Par…?
– Par votre mari!…
Il y eut entre ces deux personnages une minute de silence sinistre. C’était pourtant bien simple en apparence: se faire aimer!… Mais Juliette comprenait que cet amour qu’elle devait imposer n’était que le commencement des besognes redoutables qu’on attendait d’elle.
Quant au puissant et sombre personnage dont nous essayons d’esquisser ici la formidable silhouette, il réfléchissait profondément.
Hésitait-il?…
Ou plutôt, s’irritait-il des moyens qu’il était obligé d’employer pour assurer sa puissance et combattre le roi?
Qui sait!…
– Tout cela est bien compris et bien convenu, n’est-ce pas? reprit-il tout à coup.
– Disposez de moi corps et âme, dit Juliette.
– Quant à votre discrétion… votre fortune à venir m’en répond. Maintenant, mon enfant, maintenant que nous sommes d’accord, faisons comme tous les bons commerçants, qui ne se contentent pas de vaines paroles. Comme arrhes, je viens de vous donner quatre-vingt mille livres représentées par ces deux brillants, et cela sans savoir si vous étiez bien celle qui me convenait. À votre tour…
– Que puis-je donc vous donner? bégaya Juliette.
– Votre signature. Verba volant, scripta manent. Entendez-vous le latin?
– Non… on a oublié de me l’apprendre.
– Tant pis!… Mme d’Étioles le sait, elle!… Et elle sait bien d’autres choses…
– Mme d’Étioles?…
– Ai-je dit Mme d’Étioles?… Peu importe. En tout cas, verba volant signifie que les paroles s’envolent, tandis que les écrits restent: scripta manent… Voici donc un papier en bonne et due forme que je vous prie de vouloir bien signer en le datant d’aujourd’hui, et en le certifiant de tous points conforme à la vérité.
Juliette prit le papier que lui tendait M. Jacques, et alors elle pâlit.
Ce papier dépassait toutes les violentes surprises qu’elle avait éprouvées en cette soirée.
Voici en effet comment il était libellé: