Paris vaut bien une messe
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Paris vaut bien une messe». Краткое содержание книги:
Peuple dévot de Paris
Éjouis toi de courage
Par gais chants et joyeux ris
II est mort ce traître roi
Il est mort, ô l’hypocrite !
La sœur des Guises, Mme de Montpensier, a fait distribuer au peuple des écharpes vertes afin que chacun arbore ce signe d’espérance. Elle a parcouru les rues en carrosse, accompagnée de sa mère, Mme de Nemours, et ces deux princesses de Guise ont crié au peuple assemblé :
— Bonne nouvelle, les amis ! Bonne nouvelle ! Le tyran est mort ! Il n’y a plus de Henri de Valois en France !
Illustrissimes Seigneuries,
Je ne puis dire aujourd’hui si Henri de Bourbon-Navarre, qu’on nomme désormais Henri IV, pourra conquérir ce trône qu’en mourant Henri III vient de lui léguer.
Le peuple dévôt de Paris et tous les catholiques du royaume le haïssent, et les prêcheurs vont exhorter les bons moines à tuer ce “renard béarnais”, ce “loup”.
Michel de Polin m’assure que les Écossais de la Garde royale lui ont prêté serment, et qu’il est le plus fort. Les soldats, prétend-il, se rallieront à lui. Et certains nobles ne renieront pas le serment qu’ils ont prêté devant le monarque mourant en faveur du nouveau souverain.
Mais qu’en sera-t-il des provinces du royaume ?
Bernard de Thorenc a quitté Saint-Cloud pour regagner la Provence car sa demeure, le Castellaras de la Tour, serait menacée par des bandes de catholiques zélés ou de pillards qui se prétendent tels.
Leonello Terraccini a appris que les chefs de la Sainte Ligue ont demandé aux prédicateurs de louer l’acte de Jacques Clément. Ce moine, disent-ils, est un vrai martyr qui a enduré la mort pour délivrer la France de la tyrannie de ce chien de Henri de Valois. Pour eux, Dieu le voulait, Jacques Clément l’a accompli. C’est une grande œuvre de Dieu, un miracle, un pur exploit de Sa Providence, que l’on peut comparer aux mystères de Son incarnation et de Sa résurrection.
Ces prêches, qui sont un appel au tyrannicide, seront-ils entendus et Henri IV pourra-t-il esquiver les poignards, le poison ou le plomb des arquebuses, maintenant qu’il est devenu gibier ?
Les machiavélistes, les politiques – comme Michel de Polin et Bernard de Thorenc – lui ont prodigué maints conseils.
J’ai vu Thorenc avant son départ pour le Castellaras de la Tour. Il ne pouvait dissimuler sa fureur et son accablement.
Il dit que c’est manœuvre diabolique d’invoquer le nom de Dieu et la religion pour mener des batailles d’ambition. Les vrais hérétiques, les ennemis de la foi sont ceux qui pervertissent ainsi les principes sacrés.
Mais Thorenc craint aussi que ces mauvais bergers n’entraînent le peuple dans une guerre sans fin qui ne verra que l’abaissement du royaume et le triomphe de la mort après d’infinies souffrances et de grands massacres, le sang faisant jaillir le sang. Les tueries de la Saint-Barthélemy ont conduit au meurtre des Guises, et celui-ci a provoqué l’assassinat du roi, Clément ripostant aux tueurs de Blois !
— J’ai peur pour mon fils et ma femme, a conclu Thorenc avant de me quitter.
Beaucoup d’autres gentilshommes protestants ou papistes partagent de semblables inquiétudes. Ils craignent un regain de haine. Ils ne croient pas que le peuple catholique pourra accepter un roi qui ne le serait pas.
Henri IV a-t-il écouté Michel de Polin et Bernard de Thorenc ?
Dans une déclaration solennelle, il vient d’affirmer qu’il veut “maintenir et conserver en notre royaume la religion catholique apostolique et romaine dans son entier, sans y innover et changer aucune chose… Nous sommes prêt et ne désirons rien davantage, dit-il, que d’être instruit par un bon et légitime concile général et national pour en suivre et observer ce qui y sera conclu et arrêté”.
Il paraît donc disposé à abandonner sa foi huguenote.
Mais la promesse de sa conversion suffira-t-elle à désarmer les tueurs ?
Les soldats l’ont acclamé, mais les plus entêtés parmi les gentilshommes huguenots murmurent et renâclent devant ce qu’ils appellent une “trahison”, une “abomination”, l’abandon du rêve d’un royaume protestant. Plusieurs ont déjà quitté son armée.
La tâche de Henri IV, roi de France et de Navarre, sera donc difficile.
J’ose pourtant conseiller à vos Illustrissimes Seigneuries de l’accepter comme souverain légitime. C’est un homme vigoureux et résolu, au corps et à la volonté de montagnard, et qui ne renoncera pas. Il a montré son courage, plus homme de guerre que de cabinet, aimé de ses soldats, paillard comme eux, mais esprit raisonnable qui semble prêt à l’abjuration de sa foi s’il peut ainsi rallier ses sujets à son trône.
Il est entouré d’hommes de qualité tels Michel de Polin et Bernard de Thorenc.
Il sera victorieux s’il échappe aux poignards des régicides.
Si Votre Illustrissime République le reconnaît au moment où il est en péril, il se souviendra d’elle quand il régnera sur un royaume apaisé.
Je suis prêt, dès que vous le jugerez bon, à me présenter à lui en audience solennelle.
Votre dévoué serviteur, Vico Montanari. »
35.
Seigneur, lorsque j’ai vu ces longues traînées noires qui maculaient les murs du Castellaras de la Tour, j’ai cru que Vous ne m’aviez pas épargné.
J’ai sauté à terre, j’ai pris mon cheval par la bride et ai marché lentement.
J’avais éperonné mes montures tout au long de la chevauchée depuis mon départ de Saint-Cloud. Mais, à présent, je n’avais plus aucune hâte.
J’ai pensé : « Les choses sont faites. Tu n’y peux plus rien. »
Je me suis arrêté sous la poterne. La cour était devant moi. Et un instant j’ai craint, en levant les yeux, de voir, couchés sur les pavés, les corps de mon fils Jean et d’Anne de Buisson, mon épouse, comme deux sangliers tués après la battue.
Mais il n’y avait aucun cadavre devant la porte du Castellaras de la Tour.
Je me suis avancé.
Jamais quelqu’un n’avait pu traverser cette cour sans que la meute entière hurle, se ruant contre les portes du chenil, les faisant trembler, et nos visiteurs se hâtaient comme s’ils avaient eu tous ces chiens à leurs trousses.
Mais plus un aboiement pour couvrir mes pas qui résonnaient dans la cour vide.
J’ai eu la tentation de m’agenouiller, de Vous prier, Seigneur, de me faire mourir là, d’un coup de lame ou d’une décharge d’arquebuse, voire tout simplement de désespoir.
Mais je suis resté debout, lâchant la bride de mon cheval qui demeurait immobile près de moi, tête baissée.
J’ai caressé son encolure et répété : « Les choses sont faites. »
Je suis entré dans la grand-salle, puis je me suis dirigé vers notre chapelle avec, dans la gorge, ces cris et ces appels que j’aurais voulu lancer, tant ce vide et ce silence autour de moi étaient comme une mer nue pour un galérien jeté par-dessus bord, abandonné sans un bout de bois pour le soutenir.
Rien pourtant n’avait été saccagé.
Les statues étaient en place dans leurs niches. Le tombeau de Michele Spriano n’avait pas été profané. Sur l’autel, la tête du christ aux yeux clos reposait sur la bannière de damas rouge.
J’ai eu un mouvement d’espoir. Je suis tombé à genoux devant Votre visage. Je Vous ai imploré. Mais Vos yeux sont restés clos et Vos traits exprimaient l’accablement et la tristesse.
Les choses étaient faites.
Je ne me suis pas révolté contre Vous, Seigneur. Je n’ai pas blasphémé. J’ai commencé à prier.
Peu après, Denis, que les années avaient comme écrasé, lui courbant le dos, enfonçant sa tête dans ses épaules, est venu s’agenouiller près de moi.